Chirurgien suspecté d’avoir utilisé des patients comme cobayes : l’appel d’Alain Bernard pour sa mère

La mère du champion olympique, Eliane Bernard, fait partie de la centaine de patients opérés entre 2015 et 2017 à l’hôpital de Gap par un chirurgien soupçonné d’avoir testé un protocole sans prévenir ses patients. Le sportif lance un appel aux victimes à rejoindre le collectif qui mène une procédure judiciaire.

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 Le champion de natation Alain Bernard veut fédérer les patients concernés dans le Collectif des «victimes de la cimentoplastie discale».
Le champion de natation Alain Bernard veut fédérer les patients concernés dans le Collectif des «victimes de la cimentoplastie discale». LP/Matthieu de Martignac

Double champion olympique de natation, premier nageur français à avoir décroché l'or sur le 100 m nage libre aux JO de Pékin en 2008, Alain Bernard possède l'un des plus beaux palmarès du sport français. Mais aujourd'hui, cet ex-grand sportif qui a porté très haut les couleurs de la France, est un homme meurtri. Bouleversé de voir sa maman, Eliane, souffrir terriblement après avoir été opérée avec une technique chirurgicale qui suscite la polémique.

Alain Bernard a donc décidé de se battre, pour sa mère, mais aussi pour les nombreux patients qui ont subi le même sort qu'elle. « J'appelle toutes les victimes à se regrouper au sein d'un collectif. Pour témoigner de leurs souffrances et faire valoir leurs droits », explique l'ancien champion olympique, qui s'exprime pour la première fois sur ce délicat dossier.

Sa mère, Eliane Bernard, 71 ans, fait partie de la centaine de patients opérés entre 2015 et 2017 à l'hôpital de Gap par un chirurgien du dos soupçonné d'avoir utilisé ses patients comme cobayes. En expérimentant sur eux une nouvelle technique, la cimentoplastie discale, consistant à injecter du ciment dans les disques de la colonne. Des experts ont depuis jugé cette technique « non-conforme » et « non validée en France ». Des patients se plaignent en effet de fuites de ciment, entraînant des complications. Neuf ont déjà porté plainte. Le procureur de Gap a ouvert une enquête préliminaire et le docteur Gilles Norotte a été récemment suspendu par les autorités médicales.

Des douleurs quotidiennes

Eliane Bernard, qui réside à Châteauvieux (Hautes-Alpes), raconte son douloureux parcours. « Je souffrais d'une hernie discale. Je suis allée voir le docteur Norotte qui m'a dit qu'il fallait opérer pour éviter une cruralgie. A aucun moment, il ne m'a précisé qu'il allait utiliser une nouvelle technique chirurgicale. Je n'ai jamais signé aucun document en ce sens. Il a agi sans mon consentement », affirme la mère d'Alain Bernard, qui est opérée le 9 janvier 2017 par le chirurgien.

Eliane Bernard souffre de douleurs depuis l’opération de sa colonne vertébrale./LP/Serge Pueyo
Eliane Bernard souffre de douleurs depuis l’opération de sa colonne vertébrale./LP/Serge Pueyo  

« Il m'a cimenté cinq disques. Dès mars, des douleurs sont apparues. Sur les conseils de mon fils Alain, je suis allée voir un autre chirurgien à Béziers, qui a été obligé de me réopérer le 20 novembre 2017 car une fuite de ciment comprimait un nerf. Aujourd'hui, il doit y avoir d'autres fuites car j'ai toujours des problèmes, c'est une souffrance quotidienne. J'ai des douleurs la nuit, le matin au réveil. Pour me lever, c'est compliqué. Quand je marche, dès que ça monte, je suis obligée de m'arrêter. C'est un gros handicap. Et il est difficile de calmer mes douleurs car je ne supporte pas les anti-inflammatoires. J'ai le sentiment d'avoir été un cobaye pour ce chirurgien. C'est seulement en octobre dernier, dans la presse, que j'ai découvert qu'il avait utilisé cette technique. Je suis en colère. C'est pour cela que j'ai porté plainte. »

Recenser un maximum de patients

Alain Bernard, âgé de 37 ans, vit très mal les souffrances de sa mère : « Ma maman, je lui dois tout. C'est elle qui m'a accompagné tout petit pour apprendre à nager, pour disputer des compétitions. C'est grâce à elle que j'ai pu pratiquer mon sport et vivre de ma passion. Il est donc insoutenable pour moi de la voir souffrir comme ça. Et surtout de ne pas avoir de solutions pour la soulager à part une nouvelle opération. Mais à son âge, avec les risques du Covid dans les hôpitaux, les cliniques, c'est hyperanxiogène. Je m'inquiète vraiment pour l'avenir. Car elle a déjà dû se faire enlever des fragments de ciment qui se baladaient dans sa colonne. Comment vont évoluer les autres injections? Va-t-elle pouvoir garder une certaine autonomie avec ses douleurs, ses crises? C'est un gros stress. »

Le champion olympique souhaite maintenant fédérer toutes les victimes potentielles. « Si j'appelle tous les patients concernés à rejoindre ce Collectif des « victimes de la cimentoplastie discale », mais aussi leurs proches qui sont également impactés par cette situation, c'est pour dénoncer cette pratique abusive, recenser un maximum de patients lésés et recueillir leurs témoignages sur leurs douleurs, leur handicap, leur vie détruite. Pour qu'ils ne se sentent pas seuls. Les aider aussi dans leurs démarches, dans les procédures judiciaires qui vont être longues. Car, on doit faire face à un médecin qui a opéré à grande échelle, selon un protocole non reconnu. Le collectif a déjà un avocat et une adresse mail ([email protected]). En tant qu'ancien sportif, je sais que l'esprit du collectif peut avoir un poids très fort. L'union fait la force. »

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Christine Bernard, sa sœur, a ainsi pris la vice-présidence de ce collectif. « Pour moi, ce chirurgien a mené un jeu dangereux vis-à-vis de ses patients. Il a fait sa propre expérience dans son coin, en dehors de tout cadre légal. Ses patients doivent s'unir pour lui demander des comptes. Quatorze ont déjà rejoint le collectif des victimes. » De son côté, le Docteur Gilles Norotte affirme, lui, que sa technique est valide et qu'il est victime d'une campagne diffamatoire.