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Calais : un réseau de passeurs sur «small boats» démantelé

Dix personnes ont été interpellées en France, Grande-Bretagne et Pays-Bas. Elles avaient monté un trafic de petites embarcations pour faire passer les migrants outre-Manche.

 Les « small boats » sont ces frêles embarcations dans lesquelles s’entassent à prix d’or des migrants pour gagner les rives anglaises.
Les « small boats » sont ces frêles embarcations dans lesquelles s’entassent à prix d’or des migrants pour gagner les rives anglaises. DR

C'est un business qui n'en finit plus de se développer dans la zone de Calais (Pas-de-Calais), exploité par des passeurs sans scrupule : les « small boats », ces frêles embarcations dans lesquelles s'entassent à prix d'or des migrants pour gagner, au péril de leur vie, les rives anglaises.

A l'issue d'une enquête au long cours, la police aux frontières (PAF), en coopération avec leurs homologues britanniques, belges et hollandais a récemment démantelé l'un des réseaux qui s'adonnait à ce trafic : dix personnes, toutes d'origine iranienne, ont été interpellées les 28 et 29 septembre derniers, dont cinq sur le sol français.

« Cette équipe avait mis en place toute une chaîne logistique comprenant l'achat, le stockage, la livraison de bateaux, ainsi que le recrutement des candidats à la traversée », détaille Xavier Delrieu, patron de l'Ocriest (Office central de répression de l'immigration et de l'emploi d'étrangers sans titre). L'enquête, menée en collaboration avec la BMR (brigade mobile de recherche) du Pas-de-Calais, a débuté en mai dernier, au moment où ce type de passage s'est mis à exploser.

Confinement oblige, la filière des camions - dans lesquels se cachent les migrants - s'est subitement asséchée en mars et avril dernier. « Les trafiquants s'adaptent en permanence, poursuit le commissaire Delrieu. Ils ont donc massivement misé sur le système des bateaux. A 3000 euros le passage par personne, pour 25 migrants sur une seule embarcation et deux à trois bateaux par semaine, les gains sont colossaux, pour un minimum de risques ».

6000 à 7000 personnes ont réussi à débarquer sur les côtes britanniques

Apparue à l'automne 2018, cette technique s'est considérablement développée, attirant au départ surtout Iraniens et Irakiens, mais désormais de plus en plus d'Africains. On dénombre ainsi 500 tentatives depuis le début de l'année et autant de passages fructueux, soit un total de 6000 à 7000 personnes ayant réussi à débarquer sur les côtes britanniques. Des chiffres qui ont triplé en un an et inquiètent les autorités anglaises.

D'autant que le process ne cesse de s'industrialiser. Fini l'amateurisme des premiers temps, avec des acquisitions locales ou sur des sites de petites annonces. Pour ne pas éveiller les soupçons, cette équipe achetait donc directement ses bateaux semi-rigides et les moteurs en Allemagne, près de Cologne. « L'ensemble était réglé en liquide par la tête de réseau, un homme de 38 ans qui faisait des allers-retours avec la région parisienne et Calais, où il vivait dans des hôtels. Mais jamais il ne prenait le risque de repartir lui-même avec les bateaux, chargeant d'autres de les convoyer. »

Les embarcations étaient ensuite confiées aux bons soins d'une famille d'Iraniens - des candidats au départ souhaitant financer ainsi leur propre voyage - installée dans un appartement avec parking en région parisienne, à deux heures de Calais par l'autoroute A1. Dans les voitures étaient ainsi discrètement stockés les gilets de sauvetage, les moteurs et les bateaux, prêts à être gonflés sur l'une des innombrables plages de la côte calaisienne.

La tête du réseau et son bras droit arrêtés

C'est là, de nuit, lorsque la météo s'annonçait favorable, que se faisaient ensuite les mises à l'eau - dont plusieurs ont été empêchées par les policiers, obligés au passage de déjouer la surveillance des guetteurs recrutés dans la « jungle » de Calais par les passeurs. Lundi 28, le coup de filet a été lancé avec l'arrestation de deux hommes aux Pays-Bas. Issus à l'origine de la même filière, ils avaient semble-t-il monté leur propre business. La tête de réseau a été arrêtée alors que l'homme convoyait des migrants Iraniens venus d'Allemagne pour tenter la traversée de la Manche, ainsi que son bras droit et la famille de région parisienne.

Deux autres « cibles » ont été interpellées en Grande-Bretagne « grâce à une excellente coopération entre tous les services d'enquête », loue Xavier Delrieu. Dix canots pneumatiques à moteur, des véhicules, plus de 150 gilets de sauvetage et environ 48000 euros en espèces ont été saisis lors de l'opération, menée sous l'égide de la Jirs (juridiction interrégionale spécialisée) de Lille (Nord).

Cinq personnes ont été mises en examen vendredi - dont quatre placées en détention provisoire - et les deux hommes arrêtés en Angleterre devraient être déférés en France après exécution d'un mandat d'arrêt européen.