«C’est mon combat» : Aurélie, ex-femme battue, milite contre les violences conjugales

Son ex-conjoint a été condamné à 16 ans de réclusion criminelle pour de graves violences conjugales. Elle nous raconte sa nouvelle vie avec ses trois enfants et son combat pour soutenir les femmes violentées.

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 Aurélie fait partie de 2 associations venant en aide aux femmes victimes de violences conjugales, à l’instar de cet accueil mis en place dans l’Oise. (Illustration)
Aurélie fait partie de 2 associations venant en aide aux femmes victimes de violences conjugales, à l’instar de cet accueil mis en place dans l’Oise. (Illustration) LP/Julien Barbare

Aurélie sort d'un procès éprouvant où son ex-conjoint a été condamné par la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine le 21 janvier dernier à 16 ans de réclusion criminelle pour des violences conjugales, actes de torture et de barbarie et séquestration. Des années d'enfer pour elle et ses trois enfants. Elle nous raconte.

Comment avez-vous vécu ce procès à Rennes ?

AURÉLIE. C'était dur car j'ai été séparée de mes enfants pendant quatre jours. C'était aussi un soulagement car nous avons été reconnus victimes. Pendant le procès, j'étais comme spectatrice de ce qui se passait. Tout a défilé devant mes yeux. J'ai même découvert des blessures physiques dont je n'avais pas eu conscience à l'époque. Je n'avais pas l'impression que l'on parlait de moi. Le plus difficile n'a pas été de le revoir, mais de l'écouter parler.

Que pensez-vous de la peine que les juges et les jurés ont prononcée ?

Seize ans de prison, c'est bien. Même si pour moi, ce ne sera jamais assez. Je sais qu'un jour ou l'autre, il va ressortir. J'ai eu de la chance que le procès ait eu lieu à Rennes car les juges sont très impliqués dans les violences conjugales. Malheureusement, il a fait appel. Il va falloir revivre tout ça.

Aujourd'hui, où en êtes-vous ?

Après avoir vécu quelques mois à Vitré (Ille-et-Vilaine) à ma sortie de l'hôpital, je suis revenue en région parisienne. J'ai un appartement, un travail d'hôtesse de caisse en CDI et j'ai récupéré au mois d'août 2020 mes enfants qui avaient été placés le temps que je me reconstruise. Ils sont toujours sous assistance éducative et des éducateurs viennent à la maison environ toutes les deux semaines pour voir comment ça se passe. Mon garçon de 11 ans ne veut plus entendre parler de son père. Comme les juges ont retiré l'autorité parentale à leur père, je vais pouvoir faire le changement de nom de famille pour qu'ils ne portent plus que le mien.

Comment arrivez-vous à parler de ce que vous avez enduré ?

Pour être honnête, ça me fait du bien d'en parler. Je fais partie d'un groupe de femmes battues, Putain de guerrières, et depuis peu de l'association Tremplin 94 - SOS Femmes. C'est devenu une cause pour moi, c'est mon combat. Personne n'a levé le petit doigt quand ça m'est arrivé. Il faut que ça change, que les gens s'impliquent. Mes voisins entendaient tout ce qui se passait, les murs étaient si fins ! Tout le monde savait et personne n'a rien fait, alors que j'ai failli mourir.

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Comment faites-vous pour surmonter l'épreuve ?

Personnellement, les psychologues, ce n'est pas trop mon truc. Les médecins ont dit que je faisais preuve d'une résilience incroyable. Ce qu'il me faut, c'est échanger avec d'autres victimes et m'impliquer dans ce combat contre les violences. J'ai puisé des forces grâce à mes enfants et je vais leur montrer qu'on ne lâche pas. Avec l'association, nous menons des actions concrètes. En ce moment, il y a un appel à des dons de meubles pour soutenir une femme qui a dû quitter son domicile. Pour mon procès, elles ont mis un message sur Facebook pour me donner du courage et j'ai vu qu'il y avait des jeunes filles dans la salle d'audience que je ne connaissais pas. Je pense qu'elles sont venues pour me soutenir.

Vous êtes-vous sentie coupable de ce que vous avez subi ?

Non. Je ne m'en suis jamais voulu. J'étais jeune, j'étais amoureuse et même si cela n'a pas été reconnu par les experts, j'étais sous emprise. La seule chose dont je me suis voulu, c'est que mes enfants m'aient vu dans cet état-là. Je l'ai réalisé avec les photos qu'ils ont montrées au procès.

Un deuxième procès vous fait-il peur ?

J'ai l'impression qu'il va falloir tout recommencer à zéro. Je sais que je vais devoir encore le revoir. Je pense qu'il a fait appel pour me montrer qu'il est toujours là, qu'il ne me lâche pas. Mais je vais revenir encore plus forte.

Comment voyez-vous l'avenir ?

Je veux avant tout que mes enfants aillent bien. Pour l'instant, ils se reconstruisent et c'est ça qui compte. Je me pose évidemment des questions sur comment ils vont grandir, comment mon aîné qui va entrer dans l'adolescence se comportera avec les filles. J'espère aussi que je pourrai refaire ma vie un jour et pourquoi pas avoir un autre enfant. Mais pour le moment, c'est dur de faire confiance à quelqu'un.