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Au procès des attentats de janvier 2015, l’attaque de la rue Nicolas-Appert crée un poignant effet miroir

La nouvelle des événements survenus vendredi près des anciens locaux de Charlie Hebdo dans le XIe, où deux personnes ont été blessées à l’arme blanche, a suscité un vif émoi à la cour d’assises spéciale de Paris, sans perturber les débats.

 La nouvelle est tombée alors que le procès des attentats de janvier 2015 se poursuit.
La nouvelle est tombée alors que le procès des attentats de janvier 2015 se poursuit. LP/Raphaël Pueyo

Au procès des attentats de janvier 2015 au tribunal judiciaire de Paris, depuis un peu plus de deux heures, un policier de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) retrace pour la cour d'assises spéciale les surveillances et l'enquête sur Saïd et Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly, les auteurs des tueries qui ont fait 17 morts il y a plus de cinq ans. Il est midi moins dix ce vendredi 25 septembre.

Les téléphones des journalistes vibrent dans la salle d'audience et les salles de retransmission : une attaque a eu lieu rue Nicolas-Appert dans le XIe arrondissement de Paris, il y a des blessés. Cette rue même qui a été évoquée des dizaines de fois dans le prétoire depuis le début du mois de septembre : c'est là, au 10, que se trouvaient les anciens locaux de « Charlie Hebdo ». Là que les frères Kouachi ont commencé leur parcours meurtrier dans la capitale.

C'est la stupéfaction et le président de la cour d'assises, sans que l'on sache pourquoi, suspend l'audience pour quelques minutes. De quoi alimenter les rumeurs : a-t-il suspendu à cause de l'attaque ? Le procès va-t-il pouvoir se poursuivre ?

«Il n'y a qu'un mot, c'est l'horreur»

« T'as vu qu'il y avait une attaque dans le XIe ? » Dans les coursives du tribunal judiciaire, la nouvelle fait son chemin. Les téléphones sont collés aux oreilles et vissés aux mains des journalistes contactés par leurs rédactions. Mais l'audience reprend finalement. Comme si de rien n'était, la cour n'évoque pas les événements. L'enquêteur de la DGSI termine son témoignage.

A la pause méridienne, quelques journalistes réclament une réaction de Marika Bret, DRH de l'hebdomadaire satyrique. Mais l'amie de Charb préfère ne pas faire face à une caméra pour le moment. Derrière son masque et entourée de ses officiers de sécurité, cette femme brune aux yeux perçants se dit « anéantie, chavirée ». « J'ai le cœur à l'envers, il y a encore des victimes. Il n'y a qu'un mot, c'est l'horreur. » Celle qui dit faire « tellement d'efforts » pour être présente au procès, car elle a besoin « d'entendre, de comprendre », interroge avec lassitude : « Jusqu'où ça va aller? »

«Il fallait que les terroristes marquent un point»

Entre deux portes, l'avocat Eric Barbolosi, partie civile dans ce procès, nous dit être peu étonné par cette nouvelle attaque qui survient « dans un lieu symbolique, durant une période symbolique ». « Avec la republication des caricature s, la tenue du procès, il fallait que les terroristes marquent un point », commente celui qui défend les intérêts de Jérémy G., collègue de Frédéric Boisseau, la toute première victime des frères Kouachi. « Ils frappent à l'aveugle des victimes innocentes pour prouver qu'ils ont encore la capacité de frapper. »

La justice, elle, a refusé d'être influencée par les événements de vendredi et poursuivi les débats, selon le programme prévu.

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