Viols, violences conjugales, agressions… un site Internet pour accompagner les victimes

Tapez «parcours-victimes.fr» sur Internet et vous saurez tout sur «qui, quoi, comment» pour être soutenu dans vos démarches. L’initiative, lancée ce lundi, émane de la Fédération France victimes et du Fonds de garantie des victimes.

 « Ce site commun parcours-victimes.fr vise  à simplifier l’information pour la rendre accessible », souligne Jérôme Bertin, directeur général de France Victimes.
« Ce site commun parcours-victimes.fr vise à simplifier l’information pour la rendre accessible », souligne Jérôme Bertin, directeur général de France Victimes. LP/Arnaud Journois

La sensation d'isolement, l'appréhension face aux multiples démarches à accomplir, l'incompréhension face à l'attente… Outre ses conséquences propres, la violence subie par une personne ouvre un long chemin semé d'embûches. « Un parcours d'obstacles », entend-on souvent.

A l'occasion de la Journée européenne des victimes ce lundi 22 février, la Fédération France victimes et le Fonds de garantie des victimes (FGTI) lancent un nouveau site Internet qui ambitionne d' aider les victimes de violences à surmonter solitude et difficultés : parcours-victimes.fr. Cet outil numérique, révélé en exclusivité au Parisien, s'adresse autant aux adultes qu'aux mineurs, pour tout type de violences, qu'elles soient « physiques, psychologiques ou sexuelles, actuelles ou passées, uniques ou répétées », expliquent ses créateurs, pour qui l'outil s'adresse « autant au grand public qu'aux professionnels. »

Simplifier l'information pour la rendre accessible

Issu d'un partenariat de longue date entre le Fonds de garantie des victimes et le réseau France Victimes, dont les 130 associations accueillent près de 300 000 victimes par an, ce support inédit est le fruit d'une collaboration étroite entre juristes et intervenants de terrain. Il complète et élargit la plate-forme Memo de vie, lancée par France victimes en novembre 2020, qui permet aux victimes de violences et à leurs proches de bénéficier d'un espace personnel et sécurisé.

« Nous partagions le constat d'un déficit de notoriété de notre réseau, pourtant existant depuis plus de trente ans, et d'un déficit de recours au Fonds de garantie, explique Jérôme Bertin, directeur général de France victimes. Ce site commun parcours-victimes.fr vise donc à simplifier l'information pour la rendre accessible ». « Quiconque doit faire appel à la solidarité nationale (NDLR : pour être indemnisé) doit être mis en situation d'être informé pour faire valoir ses droits, renchérit Mamadou Guèye, directeur transformation et numérique du Fonds de garantie. Ce site est l'un des outils d'une démarche globale de coopération avec tous les acteurs, même si nous sommes en bout de chaîne. »

Le site s'ouvre sur deux entrées : les majeurs (en bleu) et les mineurs (en orange) - pour lesquels le tutoiement est de vigueur et le langage adapté. Ce choix fait, cinq portes apparaissent dont chacune oriente vers l'un des « cinq temps clés » du parcours d'une victime, des faits subis jusqu'à leur éventuelle indemnisation : « Parler et être écouté ; se mettre en sécurité ; préparer le temps pénal ; être indemnisé ; se reconstruire. » « Il s'agit chaque fois de faciliter les formalités en donnant une information pédagogique (« l'essentiel à savoir ») et de renvoyer aux acteurs locaux », indique Isabelle Sadowski, directrice juridique de France victimes.

«Assurer la discrétion»

Le numéro national d'appel 116 006 d'aide aux victimes d'infractions est rappelé. Un onglet ouvre sur l'annuaire des associations locales de la Fédération. Un autre oriente vers les douze centres régionaux du psycho traumatisme et des associations spécialisées dans les violences faites aux enfants et aux femmes. Des schémas permettent à la victime de se situer dans le temps du parcours - « ce qui aide à gérer l'attente d'une réponse, d'un procès, d'une indemnisation », souligne Jérôme Bertin. Des « infobulles » expliquent les termes juridiques ou les sigles les plus obscurs (Civi, Sarvi…) Et l'on peut toujours cliquer sur « Cacher le site » pour le quitter. « L'une des vigilances avec les nouvelles technologies est d'assurer la discrétion. Une victime n'a pas toujours envie que l'entourage sache… » rappelle le directeur général.

Le numéro national d’appel 116 006 d’aide aux victimes d’infractions est rappelé./LP/Arnaud Journois
Le numéro national d’appel 116 006 d’aide aux victimes d’infractions est rappelé./LP/Arnaud Journois  

Consulté via des sessions de travail « tous les deux jours » depuis l'été dernier parmi d'autres acteurs de terrain pour construire le site, Xavier Thiébaut, directeur adjoint de France victimes 51 (Marne), considère Parcours-victimes.fr comme « la concrétisation de tout ce que nous faisons au quotidien pour rendre accessible des informations juridiques aux victimes. » A Reims ou à Châlons-en-Champagne, « malgré des permanences fermées en raison de l'épidémie Covid-19 », 2161 personnes du département ont été accueillies et conseillées, dont 205 pour des viols, 746 pour des violences volontaires ( dont les violences conjugales).

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« Souvent, le plus difficile à admettre pour les victimes, c'est le temps, souligne Xavier Thiébaut. Mais il y a déjà un problème de vocabulaire avec la complexité des termes juridiques. Dire par exemple qu'il faut « se constituer partie civile », c'est leur parler chinois! On leur demande tant de choses inquiétantes : aller voir un médecin dans une unité médico-judiciaire, se rendre dans un commissariat, un palais de justice… Elles sont souvent plus terrorisées que les auteurs. » Le site parcours-victimes.fr a, selon lui, le mérite « de simplifier le mille-feuille » et surtout « de leur dire qu'un service spécialisé existe à côté de chez elles. » Mamadou Guèye, du Fonds de garantie des victimes, insiste : « Il ne faut pas qu'à leur douleur morale et physique s'ajoute celle du parcours administratif. »