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Attentats du 13 Novembre : l’enquête mène aux frères Clain

Pour la première fois, les enquêteurs ont découvert un lien matériel entre les deux djihadistes français, qui font l’objet d’un mandat d’arrêt international, et les commandos de Paris.

 Paris (XIe), le 13 novembre 2015. Les enquêteurs estiment que les frères Clain, loin de n’avoir fait que diffuser le texte de revendication, avaient été mis au courant «en amont» des attaques terroristes.
Paris (XIe), le 13 novembre 2015. Les enquêteurs estiment que les frères Clain, loin de n’avoir fait que diffuser le texte de revendication, avaient été mis au courant «en amont» des attaques terroristes. LP/OLIVIER CORSAN

Quels rôles exacts ont joué Jean-Michel et Fabien Clain dans l'organisation des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis? Les deux djihadistes de 40 et 38 ans, membres historiques de la mouvance radicale toulousaine, sont visés depuis le 28 juin par un mandat d'arrêt international délivré par les juges d'instruction. Les dernières informations du terrain les donnent toujours vivants.

Les magistrats soulignent leur rôle de propagandistes au sein de Daech : ces proches de Mohamed Merah, partis en Syrie en 2014 et 2015, ont intégré « l'Amaq, l'appareil médiatique de l'organisation terroriste », où ils ont acquis « une place prédominante ». Leurs voix ont été identifiées dans les messages audio de revendication des tueries.

Jean-Michel Clain. DR
Jean-Michel Clain. DR  

A Fabien Clain, alias « Omar », l'écriture et la lecture des communiqués. A Jean-Michel Clain, alias « Abou Othman », le chant des nasheeds, ces morceaux religieux destinés à galvaniser les djihadistes.

Le visage de l'épouse de Fabien Clain sur une carte d'identité

Les juges estiment que les deux frères, loin d'être de « simples » propagandistes, ont en fait été intégrés à la préparation des attentats qui ont fait 130 morts et 413 blessés. Les magistrats relèvent que dans leur revendication est mentionnée une attaque qui aurait dû se produire dans le XVIIIe arrondissement. Celle-ci n'a jamais eu lieu. Conclusion de la justice : les Clain avaient connaissance du projet « en amont ».

Fabien Clain et son épouse Mylène. DR
Fabien Clain et son épouse Mylène. DR  

Plus troublant, l'instruction a permis de mettre au jour le premier élément matériel reliant les Clain aux commandos du 13 novembre. Il s'agit d'une carte d'identité belge falsifiée au nom de Elene J. et supportant la photo de l'épouse de Fabien Clain, Mylène Foucre. Celle-ci est issue du même lot de faux documents que ceux utilisés par les terroristes pour louer des planques et voyager incognito en Europe. Salah Abdeslam y a notamment eu recours.

Le périple de la famille Clain pour gagner la Syrie

Les policiers de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) ont reconnu les traits de Mylène Clain le 27 avril dernier, lorsque la justice belge a transmis l'intégralité des procès-verbaux en lien avec le démantèlement de cet atelier de faussaires, installé à Saint-Gilles (banlieue de Bruxelles). L'année de naissance est identique, le jour et le mois changés.

Pourquoi l'épouse de Fabien Clain a-t-elle bénéficié d'un document réservé aux tueurs ? Mystère. L'une des hypothèses est que la djihadiste de 39 ans l'a utilisé pour gagner la Syrie, non sans difficultés.

Sa première tentative remonte au 20 février 2015. Ce jour-là, Mylène, Fabien Clain, la mère de ce dernier et leurs trois enfants âgés de 10 à 16 ans, quittent la France. Le groupe est contrôlé le 24 à Kavala, au nord de la Grèce, après avoir été refoulé à l'entrée de la Turquie. Fabien Clain n'est pas là mais il n'est jamais très loin. « Il est resté à l'hôtel, car il voulait voir si nous arrivions à passer, confessera Mylène aux enquêteurs. Lui avait décidé de passer en bus par la suite. »

«Si Clain lui retourne le cerveau»

Marie-Rose, la mère de Fabien Clain, est finalement montée dans un autocar, seule pour ne pas attirer l'attention. Mais elle ne survit pas à ce périple éreintant : elle meurt sur zone, le 22 juin, à 62 ans, faute de soins, d'une maladie du foie. La date d'arrivée de Fabien Clain dans le califat autoproclamé de Daech est plus floue. Le djihadiste aurait séjourné jusqu'en mai à Athènes en compagnie de son épouse et des enfants, avant que ces derniers ne repartent en France. Lui aurait repris le chemin vers l'Est et Tell Abyad, poste frontière entre la Turquie et la Syrie.

La suite est connue. D'abord la détermination de Mylène qui, après avoir regagné la France, et évoqué un « voyage touristique » devant la police antiterroriste, parvient à gagner clandestinement « le califat » à son tour le 1er juillet. En septembre, elle se trouve elle aussi à Raqqa avec mari et enfants. Interrogée par la DGSI sur la capacité de sa fille à revenir commettre un attentat en France, la mère de Mylène confiait : « Elle a toujours été douce et gentille » mais « si Clain lui retourne le cerveau, je ne sais pas, mais je n'ose pas y penser. »