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Attentats de janvier 2015 : le trafiquant d’armes Claude Hermant rejette toute responsabilité

Il a vendu les armes qui ont servi pour la tuerie de l’Hyper Cacher, mais comparaît au procès comme simple témoin. Ancien informateur de la gendarmerie et des douanes, le trafiquant Claude Hermant dénonce un « loupé » des services.

 Claude Hermant a revendu huit des armes ayant servi à Amedy Coulibaly, l’auteur de l’attaque de l’Hyper Cacher, en janvier 2015.
Claude Hermant a revendu huit des armes ayant servi à Amedy Coulibaly, l’auteur de l’attaque de l’Hyper Cacher, en janvier 2015. LP/ Matthieu de Martignac

Pas de temps à perdre. Voilà déjà une heure et quart que la cour d'assises spéciale l'attend… Alors le président Régis de Jorna passe rapidement sur son retard et attaque frontalement : « Toutes ces armes retrouvées à l'Hyper Cacher, elles sont passées entre vos mains. Ça vous fait quoi d'être devant cette cour d'assises en sachant cela? » Treillis vert et t-shirt gris, crâne rasé et barbe blanche, Claude Hermant a la carrure d'un déménageur et le verbe haut. « Il n'y a pas une nuit sans que j'y pense. Mais que les choses soient claires : c'est un énorme loupé », entame-t-il, pas le moins du monde impressionné.

Figure de l'extrême droite dans le Nord, l'homme de 57 ans est celui qui a importé en France et revendu huit des armes ayant servi à Amedy Coulibaly. La balistique a permis de remonter jusqu'à lui, alors même qu'il était sous le coup d'une autre enquête pour trafic d'armes - il a été condamné à huit ans de prison en appel l'an dernier - tout en étant à l'époque un « indic » des gendarmes et des douanes. Mais la justice n'a pas réussi à démontrer son lien avec le terroriste de Montrouge et de l'Hyper Cacher. Au grand dam de la défense et des parties civiles, c'est donc comme simple témoin qu'il s'avance à la barre, ce jeudi matin.

Crânement, Claude Hermant pousse son avantage. S'étonne, même, qu'on l'ait laissé faire alors qu'il était sous surveillance : « Ces armes, elles étaient facilement traçables, les services étaient dessus, je ne comprends pas comment on n'a pas pu arrêter ces attentats. » A l'époque, l'homme achetait des armes en provenance de Slovaquie - vendues légalement après avoir été démilitarisées - via sa société Seth Outdoor, qui propose du matériel de survie : « Des duvets, des gamelles… », liste Hermant. « Et les armes ? » « Je répondais à la demande d'1,5 million de passionnés. » « Il y a assez peu de chasseurs qui utilisent des fusils d'assaut », relève Régis de Jorna.

« Ça ne s'est pas fait à mon niveau »

Stockées dans la chambre froide de la friterie de sa compagne, ces armes ont été vendues à un intermédiaire et ont terminé leur course dans les mains d'Amedy Coulibaly. Selon l'accusation, plusieurs des accusés se seraient rendus à six reprises dans le Nord pour acquérir à leur tour ces pistolets et fusils d'assaut, ce qu'ils nient. Qui les a remis en état de marche? « Ça ne s'est pas fait à mon niveau », se défend Claude Hermant, pas « assez bête », dit-il, pour omettre d'effacer les numéros de série quand « un coup de chalumeau suffit ».

L'homme, qui maintient avoir agi dans le cadre d'une « mission d'infiltration », assure avoir, par son action de renseignement, « retiré de la rue des milliers d'armes et des tonnes de munitions ». « Donc vous avez sauvé des vies, c'est ça? s'étrangle Régis de Jorna. Les pistolets, les fusils d'assaut, vous avez conscience que ça peut tuer? » « On peut se servir de tout pour tuer. Regardez l'actualité : un camion, un hachoir… », rétorque le trafiquant, en référence à l'attaque devant l'ancien siège de Charlie Hebdo, le 25 septembre dernier. Puis, franchement agacé : « Il faut arrêter avec ça! Si vendre des armes, c'est horrible, alors il faut arrêter Dassault, monsieur le président! »

14 mois de surveillance

Bousculé à nouveau, le témoin jure n'avoir rien su de la destination de ces armes. « Pourquoi avoir demandé à Samir Ladjali (NDLR : son acheteur), trois jours après les attentats, s'il avait à voir avec ça ? » « C'est très simple, sur la vidéo de revendication de Coulibaly, j'ai reconnu une arme très spécifique. Or il en avait eu quelques-unes par moi. Voilà tout. » Moue dubitative du président. « C'est pas moi, reprend Hermant. J'ai été surveillé 14 mois par quatre services différents, avec bornages, géolocalisation, filatures… Soit je suis très très bon, soit ils sont très très cons ! »

D'ailleurs, complète-t-il, « je ne connais personne dans le box ». La défense, qui tient à souligner l'absence de lien avec le trafiquant, en profite donc pour le lui faire répéter, en faisant lever chacun des accusés impliqués dans ce volet : « Non », « non », « non », confirme à chaque fois le témoin. Pour Me Isabelle Coutant-Peyre, avocate d'Ali Riza Polat, principal accusé, le seul poursuivi pour complicité d'assassinats terroristes et qui encourt à ce titre la réclusion criminelle à perpétuité, ces hommes sont des « boucs émissaires ».

« Le seul fait établi, c'est les armes, rappelle la pénaliste. Et vous êtes la seule personne qui n'est pas poursuivie ! » « Il y a peut-être d'autres gens qui devraient être dans le box mais c'est pas moi », se récrie encore Hermant, assurant « souffrir » de la situation. « Il fallait trouver des coupables et des fusibles, vous en avez un devant vous. » Il n'en faut pas plus pour que le bouillant Ali Riza Polat n'explose à son tour, face à tant de culot : « Il y a des familles de victimes, là. Je suis dans le box, toi t'es même pas renvoyé et tu viens faire ton cinéma ici ! Mais t'es un fou ! »