Attentats de janvier 2015 : dans le box, deux Belges soupçonnés d’avoir aidé Amedy Coulibaly

Les deux accusés de 67 et 50 ans, «amis de 30 ans», aux casiers judiciaires bien garnis, sont soupçonnés d’avoir fourni des armes au terroriste. Ils habitaient à Charleroi en Belgique jusqu’à leur arrestation.

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 Ce jeudi, les personnalités de ces deux accusés, les plus âgés et les seuls Belges, ont été passées au crible.
Ce jeudi, les personnalités de ces deux accusés, les plus âgés et les seuls Belges, ont été passées au crible. AFP/Benoît Peyruck

Installés côte à côte dans le box vitré, ils échangent parfois quelques mots. Michel Catino, 67 ans et Metin Karasular, 50 ans se connaissent depuis « 30 ou 35 ans », disent-ils. Les deux copains avaient l'habitude de se retrouver dans des bistrots de Gilly, un quartier de Charleroi (Belgique) pour jouer aux cartes. Mais depuis 2017, les deux Belges ne se voient plus : à la suite de leur mise en examen dans l'enquête sur les attentats de janvier 2015, le premier est incarcéré au Havre (Seine-Maritime), le second à Longuenesse (Pas-de-Calais).

Tous deux sont soupçonnés d'avoir aidé Amedy Coulibaly à obtenir les armes utilisées pour les attentats de Montrouge et de l'Hyper Cacher. Ce jeudi, au deuxième jour du procès-fleuve des attentats de janvier 2015, les personnalités de ces deux accusés, les plus âgés et les seuls Belges, ont été passées au crible.

La marotte de Michel Catino depuis son plus jeune âge, ce sont les cartes. Le poker, selon le récit de ses proches, est « son vice ». Dès ses 15 ans, ce Belge né de parents italiens, chez qui il a vécu jusqu'à ses 27 ans, se découvre une passion pour le jeu. Il travaille un peu dans des usines, mais juste de quoi vivoter. À 22 ans, il ouvre son tout premier café. Et la vie de ce père de trois fils se résumera à cela : les cartes au café et le casino. De quoi « gagner de l'argent facilement ».

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En 1987, premier revers, raconte le sexagénaire qui arbore une tonsure encadrée par de longs cheveux gris qui lui recouvrent le cou. Lors d'une perquisition, la police belge découvre « une vingtaine » de joueurs dans son bistrot. Michel Catino assure écoper alors d'une amende astronomique qu'il n'arrivera jamais à payer. « Tous les cinq ans, j'ai une descente d'huissier », assure-t-il, de son accent d'outre-quiévrain. Le train de vie s'écroule, son couple explose.

«Vol de vin» et «vol de lave-vaisselle»

Le fisc belge donc, mais aussi la justice. Car celui que l'on décrit « toujours prêt à donner un coup de main » et « qui a élevé » ses enfants et ses petits enfants a été plusieurs fois condamné, notamment pour « un vol de vin », « un vol de lave-vaisselle » ou encore une affaire de stupéfiants en Allemagne.

Michel Catino subit par ailleurs une agression en 1997 qui le laissera paralysé. Aujourd'hui encore, dit-il, ses jambes le font souffrir, il boite. Ce qui lui vaut un statut d'invalide. Spontanément, l'accusé déclare : « Je regrette ce qui est arrivé aux parties civiles, pour la douleur, parce que je connais cette douleur aussi ». Michel Catino explique ainsi qu'il a perdu son fils aîné en 2006 lors d'un accident de luge.

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Lorsque son cadet, un jeune homme de 31 ans, entre dans la salle d'audience, Michel Catino, qui a tombé le masque, arbore un grand sourire, se rapproche de la vitre du box et le salue plusieurs fois de la main. A sa droite, Metin Karasular, le vieux copain de Catino, fait de même.

Ce dernier, un brun plutôt râblé, né en Turquie en 1970, est apparu à l'ouverture du procès mercredi engoncé dans une veste bleue du FC Barcelone. Cet ancien boulanger, reconverti dans la mécanique, car la farine lui déclenchait des crises d'asthme, aime aussi taper le carton. Il tiendra même un tripot un temps, un établissement clandestin pour lequel il sera condamné.

Mais ce n'est pas la seule condamnation pour laquelle il est connu de la justice belge : la cour relève ainsi des faits de « roulage », correspondant à des infractions routières en Belgique, mais aussi une affaire de stupéfiants, dont Metin Karasular dit ne plus avoir de souvenirs. Ou encore un fait de « privation de liberté » : il dira avoir « ligoté des gens » après avoir « pété un plomb ».

«Onze euros le kilo de sel, c'est honteux !»

Ce père de cinq enfants profite de son interrogatoire de personnalité pour s'indigner de ses conditions de détention. « Les prisons ici, c'est pas comme en Belgique […] Onze euros le kilo de sel, c'est honteux ! » s'exclame-t-il. L'accusé s'étonne également de ne pas avoir pu voir ses enfants depuis le début de son incarcération : « Ils ont rien fait mes enfants ! »

Michel Catino non plus n'a pas vu sa famille depuis 2017, regrette son fils. Rappelons que ces deux Belges, les plus âgés des 14 accusés, sont poursuivis pour « participation à une association de malfaiteurs terroriste criminelle » dans les attentats de 2015 qui ont fait 17 morts. Tous deux encourent jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle.

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