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Attentat manqué de Villejuif : le procès de Sid-Ahmed Ghlam s’ouvre ce lundi

Accusé d’avoir préparé un attentat à Villejuif en 2015, Sid-Ahmed Ghlam comparaît ce lundi devant la cour d’assises spéciale de Paris. Cet Algérien de 28 ans est aussi jugé pour le meurtre d’une jeune mère de famille, Aurélie Châtelain. Il a toujours nié l’avoir tuée.

 Un an après la mort d’Aurélie Châtelain, le 19 avril 2015, Sid Ahmed Ghlam avait participé à une reconstitution à Villejuif (Val-de-Marne).
Un an après la mort d’Aurélie Châtelain, le 19 avril 2015, Sid Ahmed Ghlam avait participé à une reconstitution à Villejuif (Val-de-Marne). LP/Frédéric Dugit

C'est un télescopage auquel il va falloir s'habituer. Alors que le procès des attentats de janvier se poursuit cette semaine, un autre procès terroriste symbolique s'ouvre ce lundi à Paris devant la cour d'assises spéciale. Celui de Sid-Ahmed Ghlam et de ses comparses présumés. Cet Algérien de 28 ans est accusé d'avoir abattu Aurélie Châtelain, une professeur de fitness, le 19 avril 2015 à Villejuif (Val-de-Marne), ce qu'il nie. Il est surtout suspecté d'avoir voulu commettre un massacre ce jour-là dans une église. L'enquête a permis d'établir les liens très étroits qu'il avait entretenus avec de hauts cadres du groupe Etat islamique (EI).

Dans cette affaire, tout part d'un coup de fil passé par Sid-Ahmed Ghlam au Samu le 19 avril 2015 à 8h50. L'étudiant, inscrit en Licence d'électronique à Paris, explique avoir été victime d'un coup de feu lors d'une agression près de son domicile du XIIIe arrondissement. Il est hospitalisé avec une blessure à la cuisse.

Un policier est intrigué par la découverte de traces de sang et d'un gyrophare dans la voiture du jeune homme, par ailleurs fiché S. La perquisition de son véhicule permet la découverte d'un arsenal : un fusil-mitrailleur type Kalachnikov, deux pistolets, deux couteaux et un gilet pare-balles. Dans un porte-documents, les enquêteurs découvrent aussi des notes manuscrites s'apparentant à un guide chronologique et méthodologique pour la commission d'un attentat : les préparatifs, les cibles, le matériel… A plusieurs reprises il est question de « tuer un max ». La perquisition de son domicile n'est pas moins concluante puisque d'autres armes sont saisies, dont trois fusils d'assaut. Le jeune homme est placé en garde à vue alors qu'il se trouve encore à l'hôpital.

Un mystérieux complice

Très vite, le lien est fait avec le meurtre d'Aurélie Châtelain, dont la dépouille partiellement brûlée a été découverte dans son véhicule ce même 19 avril au matin. Originaire du Nord, cette mère d'une petite fille de 4 ans était venue suivre un stage de pilates en région parisienne. L'analyse balistique indique que l'étui percuté retrouvé dans la voiture a été tiré par l'un des pistolets de Sid-Ahmed Ghlam. On retrouve également des traces de son sang.

En dépit des nombreux éléments recueillis contre lui, l'accusé a toujours nié avoir tué Aurélie Châtelain. Même s'il a reconnu s'être trouvé sur le parking de Villejuif ce dimanche matin, il a mis en cause un mystérieux complice - « Abou Hamza »- qu'il a identifié en fin d'instruction comme étant… Samy Amimour, l'un des assaillants du Bataclan, mort comme les autres dans l'assaut. Une version qu'aucun indice n'a jamais pu conforter et que la justice rejette.

Des messages cryptés avec deux vétérans du djihad

L'enquête va surtout démontrer que Sid-Ahmed Ghlam avait sans doute de bien plus funestes projets. A son domicile, les policiers ont découvert une allégeance à Abou-Bakr al-Baghdadi, le calife autoproclamé de l'EI, décédé depuis. L'analyse de ses supports informatiques a surtout révélé qu'il était en lien, via des messages doublement cryptés, avec des commanditaires en Syrie qu'il aurait rencontrés lors de deux séjours en Turquie à l'automne 2014 puis en février 2015. En l'occurrence, deux vétérans du djihad -Samir Nouad et Abdelnasser Benyoucef- présumés morts mais qui seront malgré tout jugés par défaut. Le second est suspecté d'avoir eu un rôle prééminent dans la cellule des opérations extérieures de Daech. Son ancienne épouse a indiqué qu'il avait un lien avec Amedy Coulibaly, le tueur de l'Hyper Cacher.

Les conversations découvertes sur ses ordinateurs indiquent que Sid Ahmed Ghlam a envisagé plusieurs cibles : une gare RER, des marchés, le Sacré-Cœur ou même un train. Son choix s'était fixé sur un lieu de culte. « Essaye de trouver une bonne église avec du monde et aussi regarde pour que tu puisses repartir rapidement et facilement », lui écrit son interlocuteur le 28 mars 2015. « L'église j'ai cherché, et en Ile-de-France c'est difficile (…) pour repartir, tu peux voir sur google maps, les bonnes églises ou paroisses sont toutes prêts d'un commissariat ou gendarmerie (…) et l'église ça prend plus de temps pour les tuer », répond-il dans la foulée. Le 18 avril, soit la veille de la mort d'Aurélie Châtelain, son téléphone borne à proximité des églises Sainte-Thérèse et Saint-Cyr de Villejuif.

Sept hommes jugés à ses côtés

L'étudiant est soupçonné d'avoir bénéficié d'un réseau très structuré pour se procurer son arsenal. Mi-avril, on lui indique la marche à suivre : se rendre sur le parking d'une cité d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et identifier une Renault Mégane. « Une fois que tu as trouvé la voiture, tu regardes sur la roue avant droite tu vas trouver les clés posées dessus (…) Dès que tu as les clés tu ouvres, tu récupères le sac et tu vas le ranger dans ta voiture (…) Le paquet c'est ce que tu as besoin pour travailler ». Sept hommes soupçonnés d'avoir participé plus ou moins directement à la fourniture des armes seront jugés à ses côtés.

Même s'il a reconnu les actes préparatoires, Sid Ahmed Ghlam a expliqué qu'il s'était finalement ravisé au dernier moment et qu'il n'avait pour seule intention que de « tirer en l'air » pour faire peur aux paroissiens. Il a aussi expliqué qu'après le décès d'Aurélie Châtelain, il se serait volontairement tiré dans la cuisse pour mettre fin à la séquence. Même si les experts indiquent que cette version est possible, ils privilégient plutôt l'hypothèse d'une mauvaise manipulation. Qui aurait donc, malgré lui, mis fin à son projet.

Le procès est prévu sur cinq semaines. « Notre client est impatient de s'expliquer, indique Me Gilles-Jean Portejoie, l'un de ses avocats. Il reconnaît les manœuvres préparatoires mais explique qu'il a été ensorcelé et qu'il n'a volontairement pas mis le plan à exécution. En revanche, il conteste depuis le départ s'en être pris à la victime. »