Attentat de la rue des Rosiers : le tribunal d’Oslo autorise l’extradition d’un suspect

La justice norvégienne estime que l’extradition du suspect serait légale. Il reste au gouvernement norvégien à décider de le remettre ou non à la France.

 Walid Abdulrahman Abu Zayed devant le tribunal d’Oslo, jeudi 25 septembre.
Walid Abdulrahman Abu Zayed devant le tribunal d’Oslo, jeudi 25 septembre.  AFP/Terje Bendiksby

La justice norvégienne a autorisé vendredi la demande française d'extradition d'un homme soupçonné d'avoir pris part à l'attentat de la rue des Rosiers, dans le quartier juif de Paris, qui avait fait six morts en 1982. Le suspect, Walid Abdulrahman Abou Zayed, 61 ans, avait été arrêté le 9 septembre en Norvège où il vit depuis 1991.

Il a comparu quelques heures plus tôt devant le tribunal d'Oslo, où il est arrivé sous escorte policière. En costume sombre rayé, faisant des signes de victoire de la main, il a plaidé son innocence devant la Cour et s'est opposé à une extradition. « J'y suis opposé parce que je n'ai rien à voir avec cela », a-t-il déclaré. « Je n'aime pas la France », a-t-il encore proclamé. « Je ne veux pas aller en prison en France ».

La décision de la justice norvégienne est susceptible d'appel et ne porte que sur la légalité d'une telle extradition. La décision de l'extrader ou non devrait revenir au ministère de la Justice, voire au gouvernement réuni dans son intégralité devant le roi.

« Une première étape vers la tenue d'un procès »

L'avocat du suspect, Ole-Martin Meland, a mis en cause la légalité d'une extradition, invoquant l'absence de réciprocité - la France n'accepterait pas d'extrader ses ressortissants vers la Norvège- ainsi que la prescription des faits en droit norvégien, et la santé défaillante de son client qui présenterait « deux diagnostics psychiatriques graves ». « Nous ne pouvons jeter un citoyen norvégien hors de Norvège sur la base d'allégations fumeuses », a-t-il aussi plaidé.

De leur côté, les familles des victimes, qui espèrent un procès depuis près de 40 ans, placent beaucoup d'espoirs dans une éventuelle extradition. « Je me réjouis (de cette décision) mais n'oublie pas qu'il ne s'agit que d'une première étape vers la tenue d'un procès », réagit ainsi Me Romain Boulet, avocat de proches de victimes.

« On espère qu'il n'y aura pas cinq ans avant qu'on obtienne la comparution de Zayed devant la justice française au vu des éléments accablants qui le visent », renchérit Me Pauline Manesse, avocate d'une famille de victimes. « Sans cette extradition, il n'y aura pas de procès en France », s'est inquiété un autre avocat, Me Avi Bitton.

Soupçonné d'avoir été « l'un des tireurs de l'attentat »

Le 9 août 1982, un commando de trois à cinq hommes avait lancé une grenade dans le restaurant Jo Goldenberg puis ouvert le feu dans l'établissement et contre des passants. L'attaque avait aussi fait 22 blessés.

Vu le mode opératoire et les renseignements dont disposait la France, l'opération avait rapidement été attribuée au Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR) d'Abou Nidal, groupe palestinien dissident de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).

La justice française soupçonne Abou Zayed, naturalisé norvégien en 1997, d'avoir été « l'un des tireurs de l'attentat ». Lui assure qu'il se trouvait à Monte-Carlo au moment de l'attentat.

La Norvège n'avait pas donné suite à une précédente demande de Paris en 2015 car elle n'extradait alors pas ses ressortissants. Mais l'entrée en vigueur l'an dernier d'un accord avec l'UE et l'Islande le lui permet désormais.

Selon la loi norvégienne, une décision d'extradition juridiquement contraignante doit « si possible » intervenir 45 jours au plus tard après une arrestation.