Attentat de Conflans : qui sont les onze gardés à vue ?

Dans une affaire liée à des faits de terrorisme, la garde à vue peut durer jusqu’à six jours.

 Le déploiement policier vendredi soir à Conflans-Sainte-Honorine entre le collège le Bois d’Aulne à la sortie duquel Samuel Paty a été décapité par un jeune homme de 18 ans, abattu par la police lors de son interpellation.
Le déploiement policier vendredi soir à Conflans-Sainte-Honorine entre le collège le Bois d’Aulne à la sortie duquel Samuel Paty a été décapité par un jeune homme de 18 ans, abattu par la police lors de son interpellation. LP/Olivier Arandel

Neuf, puis dix et enfin onze personnes. Ce dimanche, au surlendemain de l'attentat qui a coûté la vie au professeur Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, onze personnes se trouvent en garde à vue dans le cadre de l'enquête pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ».

Quatre personnes du cercle familial de l'assaillant. Les parents, le grand-père et le petit frère, mineur, d'Abdoullakh Anzorov ont été interpellés à Évreux dans la foulée de l'identification du jeune Tchétchène de 18 ans. Selon des voisins du quartier de la Madeleine, rencontrés par le Parisien, la mère, voilée, ne sortait que rarement de chez elle. La famille est arrivée en France en 2008, Abdoullakh, l'aîné de six garçons, avait alors 6 ans. Tous ces proches ont affirmé aux enquêteurs n'avoir rien su du projet funeste de leur fils et frère, qui avait pris son indépendance depuis quelque temps. « Abdoullakh ne peut pas découper une tête comme ça. Je ne comprends pas, il a dû se faire piéger sur Internet et tomber dans l'extrémisme religieux », a confié au Parisien l'oncle paternel du bourreau de Samuel Paty, installé à Toulouse.

Deux parents mécontents. Brahim C., 48 ans, est le père de l'élève qui a appelé à la mobilisation contre l'enseignant. Il a été interpellé à Chanteloup-les-Vignes samedi matin. L'enquête le démontrera mais il semble à l'origine de l'engrenage qui a entraîné le geste d'Anzorov. Le 7 octobre, deux jours après le cours de Samuel Paty, Brahim C publie sur Facebook « un appel à la mobilisation contre l'enseignant ». Il porte plainte pour diffusion d'image pornographique, Samuel Paty ayant montré deux caricatures de Mahomet à ses élèves, dont l'une présentait le personnage nu avec une étoile jaune sur les fesses, en l'air, et la mention « une étoile est née ». Il affirme que sa fille de 13 ans a refusé de quitter la classe et qu'elle a été perturbée. Ment-il ou en est-il convaincu? L'enquête diligentée après le dépôt de sa plainte montrera que l'élève n'était pas dans ce cours du 5 octobre, et que l'exclusion de deux jours dont elle a fait l'objet n'est pas non plus la suite d'un différend avec Samuel Paty, mais le fait d'un comportement indiscipliné récurrent. Le 8 octobre, le père publie une vidéo sur les réseaux sociaux appelant à dire « stop » à Samuel Paty, dont il publie le nom et l'adresse.

Il y a aussi un autre parent en garde à vue, dont on sait qu'il a lui aussi porté plainte contre l'enseignant après le cours du 5 octobre sur la liberté d'expression.

Le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui et sa compagne. Sefrioui apparaît comme un rouage essentiel de l'engrenage fatal. Dès le début de la polémique, lorsque Brahim C. tentait de faire entendre sa version des faits, ce militant de la cause radicale s'est présenté à la principale du collège comme « responsable des imams de France ».

Abdelhakim Sefrioui dans la vidéo dans laquelle il appelle à sévir contre Samuel Paty./Twitter
Abdelhakim Sefrioui dans la vidéo dans laquelle il appelle à sévir contre Samuel Paty./Twitter  

Il a menacé de manifester devant le collège et le rectorat. Dans une vidéo du 12 octobre, Sefrioui interroge la fille de Brahim C, et il ajoute qu'« Emmanuel Macron a attisé la haine entre les musulmans ». Fiché S, pro-Hamas, pro-Frères musulmans, organisateur de nombreuses manifestations pour dénoncer l'islamophobie et peser sur ses interlocuteurs, il est toujours parvenu à garder son militantisme dans le cadre prudent de la loi. « Ça fait douze ans que les services tentent d'accrocher judiciairement Abdelhakim Sefrioui en raison de ses activités séparatistes », a expliqué au Parisien un haut fonctionnaire, connaisseur du dossier. En garde à vue, selon les informations du Parisien, il a affirmé ne pas connaître Anzorov, ni avoir eu de contact avec lui. Brahim C. a donné la même version.

Trois personnes ayant été en contact avec l'agresseur. Deux amis du terroriste se sont présentés spontanément vendredi soir au commissariat d'Évreux. Le premier, originaire du quartier de la Madeleine comme lui, a amené Abdoullakh Anzorov à proximité du lieu de l'attentat avec sa voiture depuis la Normandie le matin du drame. Le second l'aurait accompagné lors de l'achat d'un poignard retrouvé vendredi sur le corps. Un troisième membre de l'entourage du tueur a été placé en garde à vue dimanche matin.