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Attentat de Conflans : qui est Brahim Chnina, le parent d’élève auteur des vidéos désignant Samuel Paty

Brahim Chnina a publié une vidéo contre le cours dispensé par Samuel Paty, qu’il accuse d’avoir montré aux collégiens des caricatures du prophète Mahomet, et a aussi échangé avec le terroriste dans les jours qui ont précédé l’assassinat.

  Brahim C. a publié sa dernière vidéo  à l’encontre de Samuel Paty sur Facebook moins de deux heures avant la décapitation du professeur du collège Bois d’Aulne.
Brahim C. a publié sa dernière vidéo à l’encontre de Samuel Paty sur Facebook moins de deux heures avant la décapitation du professeur du collège Bois d’Aulne. LP/Arnaud Dumontier

Sa dernière publication sur Facebook remonte au 16 octobre dernier à 15h04, moins de deux heures avant l'ignoble attentat commis par Abdoullakh Anzorov. Brahim Chnina y publie à nouveau la vidéo de son coup de colère contre le cours dispensé quelques jours plus tôt par Samuel Paty, qu'il accuse d'avoir montré aux élèves du collège du Bois d'Aulne de Conflans-Sainte-Honorine des caricatures du prophète Mahomet. Né le 4 janvier 1972 à Oran, en Algérie, Brahim Chnina est celui par qui la polémique est née, alors qu'il est désormais établi que sa fille n'a pas assisté au cours de liberté d'expression dispensé par Samuel Paty.

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Il est aujourd'hui un homme dépassé. Par le mensonge de sa fille d'abord, par la vidéo dont il est l'auteur qui a lancé la campagne de dénigrement visant Samuel Paty ensuite, par un terroriste avec qui il a échangé quelques formules de politesse, enfin. Voilà comment se présente Brahim Chnina, 48 ans. « Sidéré face à l'horreur, comme toute la nation», selon son avocat, Me Nabil El Ouchikli, il a été mis en examen mercredi pour « complicité d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste ». Incarcéré à Fresnes, il sera présenté ce vendredi à un juge des libertés.

Les enquêteurs estiment ainsi que la rencontre entre la trajectoire mortifère d'Anzorov et la « volonté de vengeance inique » de Brahim Chnina a conduit à la mort de Samuel Paty. Une colère née, selon les enquêteurs, du mensonge d'une collégienne — son avocat va demander l'audition de tous les élèves de la classe afin de dissiper les doutes sur les propos de la jeune fille — qui l'a conduit à enregistrer une vidéo dénigrant l'enseignant. En publiant son numéro de téléphone pour appeler à la mobilisation, il a aussi attiré l'œil d'Anzorov. Sur WhatsApp, il aurait échangé des « salutations et des formules de politesses » avec le terroriste. Mais, selon son avocat, son client n'a « jamais eu de velléité de violences à l'égard de Samuel Paty ».

Sa demi-sœur partie en Syrie

Placé en garde à vue dès vendredi soir, Brahim Chnina n'en était pas à son premier contact avec les agents du renseignement. En 2014, cet habitant de Conflans-Sainte-Honorine, avait été entendu à plusieurs reprises par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à la suite du départ de Khadija C., sa demi-sœur, pour la Syrie. Âgée de 17 ans cette jeune femme handicapée avait été, selon sa sœur, embrigadée par un djihadiste qui avait « abusé de sa faiblesse ». L'homme qui l'avait attiré en Syrie avant de la répudier, Noryan Yenbou, a depuis été interpellé par les autorités françaises et condamné à 8 ans de prison. La demi-sœur de Brahim C. fait, elle, l'objet d'un « mandat de recherche » et serait retenue dans le camp d'Al Hol au Kurdistan syrien avec au moins un enfant. Une cause qui semble émouvoir Brahim C. Comme plus de 8000 personnes, le quadragénaire a signé, en janvier 2020, une pétition pour le retour des enfants français détenus au Kurdistan syrien. En 2016, il s'était exprimé sur BFM pour dire son désarroi et demander l'aide des autorités.

Sur Facebook, le réseau social où il a publié les vidéos incriminant Samuel Paty, le père de famille multiplie surtout les appels aux dons pour l'association Aide-moi, dont il est vice-président. Basé dans le Val-d'Oise, cet organisme créé en mars 2015 promeut et favorise l'accès aux pèlerinages à La Mecque (Arabie saoudite) pour les personnes handicapées ou malades. « Il a tellement l'habitude de faire des vidéos sur les réseaux sociaux qu'il a dû le faire sans penser aux conséquences et a été pris dans l'engrenage des réseaux, pense une femme qui l'a rencontré dans ce cadre associatif. Il fait énormément pour aider les autres, il est très impliqué. »

Une cagnotte organisée par une association controversée

Avec cette association, Brahim Chnina a notamment partagé plusieurs voyages avec un autre organisme, plus controversé celui-ci. Le père de famille a réalisé plusieurs séjours humanitaires aux côtés de membres d'Ummah Charity. Cette association basée à Creil (Oise) est aujourd'hui dans le viseur des autorités et a été ciblée par la grande opération de police lancée lundi matin. Dans ce cadre, Billal Righi, le président de Ummah Charity, avait été placé en garde à vue. C'est ce même Billal Righi qui avait ouvert, au lendemain de l'attentat de Conflans-Sainte-Honorine, une cagnotte afin d'aider Brahim Chnina décrit comme « un homme qui vit pour aider les plus faibles ».

Malgré cet engagement sans faille, l'association dont il est vice-président s'est, ce mercredi, « désolidarisée » de Brahim Chnina et a décidé de le radier. L'avocat de l'association, Me Damien Legrand, a aussi demandé à la justice la fermeture des pages Facebook de Brahim Chnina, « puisqu'elles diffusent encore la vidéo enregistrée contre Samuel Paty, au milieu de publications propres à des bénéficiaires de l'association. »

De fait, l'activité de Brahim Chnina sur les réseaux sociaux se fait régulièrement plus prosélyte. Le 2 septembre, il propose ainsi à la vente un livre du Cheikh Yahya Boukhari, un théologien saoudien qui prône le wahhabisme, vision rigoriste de l'islam. En janvier 2019, ce Saoudien avait tenu une conférence à la Grande mosquée de Pantin, dont les autorités ont décidé la fermeture pour six mois après qu'elle a relayé les vidéos de Brahim Chnina. Autant d'éléments qui laissent penser que derrière la vidéo d'un parent d'élève en colère se cachait aussi un acte militant.