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Attentat de Conflans : l’assassin avait fréquenté un club de lutte au passé trouble

Abdoullakh Anzorov, abattu vendredi après avoir tué Samuel Paty, avait été licencié en 2018-2019 du club de lutte de Toulouse. Placée sous tutelle, cette association a été l’une des premières de France à se trouver dans le viseur de l’Etat pour communautarisme.

 Abdoullakh Anzorov a été abattu par la police vendredi après avoir assassiné Samuel Paty, enseignant, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).
Abdoullakh Anzorov a été abattu par la police vendredi après avoir assassiné Samuel Paty, enseignant, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). LP/Olivier Arandel

De nombreuses zones d'ombre demeurent dans le parcours personnel d'Abdoullakh Anzorov, ce jeune homme de 18 ans d'origine tchétchène qui a assassiné vendredi 16 octobre Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Sa radicalisation, notamment, interroge. À Evreux (Eure) où réside une partie de la famille Anzorov, dont les parents de l'auteur de l'attentat, les voisins n'avaient rien décelé à ce sujet, même si le côté sombre du jeune homme en inquiétait certains.

Ses proches assurent n'avoir rien vu venir non plus. « Je ne comprends pas, il a dû se faire piéger sur Internet et tomber dans la religion », nous confie ce dimanche un oncle paternel du terroriste, abattu par la police vendredi à Eragny-sur-Oise (Val-d'Oise) peu après l'attaque.

Selon nos informations, Abdoullakh Anzorov, qui s'était mis à la boxe récemment, était licencié au sein du club de lutte de Toulouse en 2018-2019. Une association sportive justement dans le viseur de l'Etat et des services de renseignement pour son communautarisme exacerbé. Prières durant les séances, refus de mixité, halal imposé : la proximité avec la mouvance islamiste qui régnait dans ce club avait d'ailleurs été exposée par un reportage de France Télévisions.

« Il est toujours difficile de se rendre compte lorsque ça bascule, mais depuis nous avons travaillé pour remettre la structure en bon état de marche parce qu'il y avait de nombreux problèmes, reconnaît Alain Bertholom, le président de la Fédération française de lutte. Nous avons professionnalisé l'association et nous y avons mis en place un plan de féminisation. »

« Le climat autour reste inquiétant »

Placée sous la tutelle du comité régional, le club de lutte de Toulouse a changé de nom. « Mais les pratiquants qui étaient là en 2016 ou 2 017 sont toujours au club, et si c'est assaini quand on passe les portes du gymnase, le climat autour reste inquiétant », témoigne un membre de ce club qui préfère conserver l'anonymat.

Adboullakh Anzorov, lui, aurait été écarté du club un peu avant la fin de la saison. « Il n'était pas assez assidu ou ponctuel, mais difficile de savoir pourquoi », reprend ce même membre du club, qui compte désormais un peu plus de 160 licenciés, contre une cinquantaine voici cinq ans. Huit nationalités cohabitent, mais près de la moitié des adhérents sont Tchétchènes. Ces derniers représentent 40 % des 162 licenciés, dont 25 femmes.

« C'est leur sport national là-bas, ils sont majoritaires dans de nombreuses associations de lutte en France, et si on ne leur explique pas qu'en France on ne parle ni politique ni religion dans un club, ils font comme ils ont l'habitude de faire dans leur pays d'origine, mais sans aucune malveillance, note Didier Brisot, président du Comité régional d'Occitanie de Lutte et disciplines associées. Et rien ne peut permettre de dire que c'est ici qu'Abdoullakh Anzorov s'est radicalisé. »

Confirmant le passage du jeune Tchéchène au club, Didier Brisot précise : « Ce lutteur était effectivement licencié en 2018-2019 au Toulouse Lutte Club, il avait 16-17 ans et est resté trois séances parce qu'il n'était jamais à l'heure. L'entraîneur lui avait dit que ce n'était pas la peine de venir. On le connaît très peu et on n'en sait pas plus, même l'entraîneur se souvenait peu de lui. »

« Souvent de nombreux dirigeants n'osent rien dire »

Sans faire de lien avec le cas de Toulouse, Patrick Karam, le vice-président (Libre) en charge des sports à la région Ile-de-France, rappelle les difficultés de lutter contre les dérives du communautarisme. « Parfois on ne voit rien, mais surtout, souvent de nombreux dirigeants se sentent impuissants ou n'osent rien dire », assure l' auteur d'un ouvrage sur la question. Egalement inspecteur général au ministère des Sports, Patrick Karam ajoute : « Les contrôles ne permettent plus de remarquer les dérives, car elles sont maquillées, camouflées, désormais, surtout dans les clubs qui se savent dans le viseur. »

À Toulouse désormais, Islam Askhabov, ex-entraîneur, est en charge de la destinée d'une structure « remise dans le droit chemin », selon Alain Bertholom. « Il me rend des comptes personnellement et je passe au moins une fois, voire deux, par semaine, sans prévenir. On a dit aux membres que cela se passait comme cela maintenant, sinon on fermait le club. Nous avons assaini tout ça et tout fonctionne bien aujourd'hui dans ce club classé dixième au national », souligne Didier Brisot.