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Attaque du commissariat de Champigny-sur-Marne : le mortier d’artifice, l’arme des émeutiers

A l’image de l’attaque du commissariat de Champigny-sur-Marne, visé samedi à coups de tirs de mortier d’artifice, ces engins pyrotechniques sont de plus en plus utilisés lors de guets-apens tendus aux forces de l’ordre.

 Les mortiers d’artifice, utilisés comme à Champigny-sur-Marne, peuvent occasionner de graves brûlures, le projectile pouvant atteindre une vitesse de 80 à 100 km/h.
Les mortiers d’artifice, utilisés comme à Champigny-sur-Marne, peuvent occasionner de graves brûlures, le projectile pouvant atteindre une vitesse de 80 à 100 km/h. AFP/Twitter @LeCapricieux94

Ils semblent avoir rejoint, aux côtés des cocktails Molotov et autres boules de pétanque, l'arsenal du parfait petit émeutier. D'exceptionnelles il y a encore quelques années, les attaques à coups de mortiers d'artifice se multiplient contre les forces de l'ordre et les pompiers, leurs véhicules, voire des commissariats, comme ce samedi à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) ou la veille au Mans (Sarthe).

A la différence des armes de guerre, ces mortiers propulsent des engins pyrotechniques et non des explosifs. Ils se présentent sous la forme d'un tube, en carton, en métal ou en plastique à planter dans le sol, complété par une bombe d'artifice - une sphère équipée d'une mèche.

VIDÉO. Champigny-sur-Marne : le commissariat attaqué par 40 individus armés de mortiers

Mais, détournés de leur utilisation ludique, ces engins à haute température sont potentiellement très dangereux : lancés à l'horizontale en tirs tendus, ils peuvent occasionner de graves brûlures et des blessures, le projectile pouvant atteindre une vitesse de 80 à 100 km/h et avoir une portée de 150 mètres. Assez pour casser le pare-brise, pourtant renforcé, d'une voiture de police, comme ce fut le cas en octobre 2019 à Mantes-la-Jolie (Yvelines).

Des engins trouvables facilement sur Internet

Utilisés dans certaines cités sensibles au moins depuis les émeutes de 2005, les tirs de mortiers, auparavant cantonnés aux périodes de fête ou autour du 14 juillet, semblent s'être banalisés voire ritualisés lors de guets-apens tendus à la police : durant le confinement, le préfet de l'Essonne avait dû prendre un arrêté interdisant la détention de ces engins après une succession d'agressions à Grigny, Evry-Courcouronnes, Corbeil-Essonne et Massy. Un jeu du chat et de la souris, ces armes étant généralement stockées dans des fourrés ou des parties communes d'immeuble…

Depuis 2017, la vente de ces engins est pourtant réservée aux professionnels. Législation aisément contournable en achetant sur Internet, ou via des filières d'approvisionnement, pour 15 à 20 euros, en Belgique ou en Allemagne. En novembre 2019, Christophe Castaner avait relancé une réflexion sur une interdiction totale après une série d'attaques dans les Yvelines, qui avaient culminé par l'incendie du cirque de Chanteloup-les-Vignes.

Ce dimanche soir, Gérald Darmanin s'est rendu sur place. Le ministre de l'Intérieur a expliqué vouloir interdire par une loi la vente au public des mortiers d'artifices. Il a par ailleurs annoncé qu'Emmanuel Macron recevrait jeudi les organisations syndicales de policiers.