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Attaque du commissariat de Champigny : la police prise pour cible à domicile

Une quarantaine d’individus ont tenté de pénétrer dans le commissariat de Champigny, armés de barres de fer et de mortiers. Aucun blessé n’est à déplorer, mais syndicats de polices, élus et habitants dénoncent une violence grandissante contre la police.

 Le commissariat de Champigny, visé samedi soir, avait déjà été la cible d’attaques dans un passé récent.
Le commissariat de Champigny, visé samedi soir, avait déjà été la cible d’attaques dans un passé récent. AFP/Stéphane de Sakutin

Du déchaînement de la nuit, il ne reste plus que des projectiles essaimés durant l'attaque sur le parking du commissariat. Des vitres cassées, des véhicules de police abîmés. Et un sas de sécurité quasiment intact qui a su protéger les policiers de la quarantaine d'individus qui a surgi de tout le quartier armé de barres de fer et de mortiers.

Mais ce dimanche matin, devant le commissariat de police de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), c'est l'effroi a posteriori qui demeure sur les visages fermés des policiers chargés de faire les constatations. La certitude aussi d'avoir frôlé de près un drame. Aucun blessé n'est à déplorer, mais aux dires de tous, policiers, élus, habitants, témoins anonymes et désemparés de la scène d'émeute, « il y aurait pu y avoir des morts ».

VIDÉO. Champigny-sur-Marne : le commissariat attaqué par 40 individus armés de mortiers

Cinq jours après l'attaque mercredi soir de deux policiers grièvement blessés par balle à Herblay (Val-d'Oise) durant leur mission, celle du commissariat de Champigny résonne comme un nouvel écho à ce que les syndicats de police dénoncent toujours plus fort : « Un climat de violence contre les forces de l'ordre dont il est temps pour l'Etat de prendre la mesure. »

« La haine anti-flics augmente, mais surtout, maintenant, ils viennent pour tuer. Là, on est sur leur territoire, c'est inacceptable pour eux », lance sans détour ni nuance Eddy Deboste, secrétaire régional du syndicat Alliance, venu soutenir ses collègues.

«Il n'y a plus aucun respect de l'autorité»

D'autant que ça n'est pas la première fois que le commissariat de Champigny est la cible d'attaques. En avril dernier, alors en plein confinement, des tirs de mortiers d'artifice avaient déjà été lancés sur le bâtiment blessant aux tympans un CRS. En mai 2018, des tirs de mortiers là encore et des cocktails molotov avaient été projetés par une trentaine d'individus qui avaient également incendié deux voitures. Des violences filmées qui, comme pour cette nouvelle attaque, avaient circulé sur les réseaux sociaux. Comme les policiers, les habitants sont lassés par cette violence quotidienne d'une minorité qui les stigmatise et dont ils se sentent eux aussi les premières victimes.

« C'est de pire en pire, il n'y a plus aucun respect de l'autorité. Un seul commissariat, ça ne suffit pas pour ce quartier, il en faudrait d'autres pour que la police occupe le terrain. C'est dommage parce qu'à part ces bandes de jeunes qui n'ont même pas 20 ans, nous on vit ici tous ensemble comme dans un village où tout le monde se connaît, on devrait pouvoir y être bien », témoigne Rosa qui vit ici depuis 1968. « Dépitée », elle est venue apporter son soutien aux forces de l'ordre après avoir observé les événements de la nuit depuis ses fenêtres.

Un des véhicules de la police vandalisés dans la nuit de samedi à dimanche./Unité SGP-Police
Un des véhicules de la police vandalisés dans la nuit de samedi à dimanche./Unité SGP-Police  

Il n'a suffi que d'un quart d'heure à la quarantaine de jeunes pour transformer le quartier sensible du Bois-l'Abbé en zone de guerre. Peu avant minuit, deux policiers qui s'étaient alors accordé une pause cigarette ont tout juste eu le temps de se réfugier dans le sas. Face à eux, une horde de plusieurs dizaines de jeunes, visages couverts de capuches. En tête de meute, l'un est armé d'une barre de fer. Ils tentent de pénétrer dans le commissariat.

«Il n'est qu'à cinq mètres tout au plus de nous, notre intégrité physique étant engagée, nous parvenons à entrer dans le sas tant bien que mal et à verrouiller in extremis la porte d'entrée. L'individu avec la barre de fer essaie de retenir la porte pour s'en prendre directement à nous mais n'y parvient pas et donne alors de gros coups sur la vitre alors que nous nous trouvons toujours bloqués dans le sas », déclareront ensuite les agents de police dans le procès-verbal que nous avons pu nous procurer. Dans les murs, « pas plus de cinq agents », selon une source policière. « Insuffisants » comme le tempêtent à l'unisson les syndicats Unité-SGP police et Alliance.

Le feu d'artifice qui a tonné quelques minutes plus tard sur la façade du commissariat, embrasant le ciel de cette cité de « reconquête républicaine » comme labellisée par le ministère de l'Intérieur dès 2018 n'avait rien de festif. Plutôt un coup de semonce.

«Il y a eu une réelle intention de casser du flic»

Premier élément d'explication avancé par le maire de la ville, Laurent Jeanne (Libres!), une interpellation la semaine précédente de deux jeunes lors d'un contrôle lors de laquelle l'un d'eux a été gravement blessé suite à un accident de scooter alors qu'il refusait de s'arrêter. « Ces dernières semaines nous avons beaucoup échangé avec les jeunes du quartier, organisé des rencontres avec la police pour apaiser les tensions. Mais cet accident a été l'occasion pour certains de mettre de l'huile sur le feu. Je ne sais pas si c'est lié à cela directement mais en tout cas, il y a eu une réelle intention de casser du flic », explique le maire sur place.

Tandis que le syndicat Unité-SGP police parle, lui, clairement de « représailles » : « Il y a des gens ici qui estiment que la police ne devrait pas intervenir », avance son secrétaire régional adjoint Angelo Bruno. Une version contredite par les jeunes du quartier, mais aussi par des personnalités associatives et politiques à l'instar de Mamadou Sy, conseiller municipal (SE) d'opposition et « candidat du quartier » aux dernières municipales.

Les tirs de mortiers d’artifice ont fait de gros dégâts au sein du commissariat./LP/Marion Kremp
Les tirs de mortiers d’artifice ont fait de gros dégâts au sein du commissariat./LP/Marion Kremp  

« Le jeune qui a été blessé n'a jamais appelé aux représailles, mais cet accident avec les forces de l'ordre la semaine précédente est une goutte d'eau de plus dans un contexte de forte tension avec la police depuis de nombreuses années. Les jeunes dénoncent les contrôles au faciès, les violences policières gratuites, je ne suis pas là pour les défendre, tout le monde a sa part de responsabilité dans le climat général du quartier, mais ça va dans les deux sens », insiste l'élu.

Le commissariat de Champigny situé au cœur du quartier de 10 000 habitants compte 160 policiers. 25 agents supplémentaires ont été déployés en renfort en 2018 dans le cadre de la police de sécurité du quotidien (PSQ) dont la ville est le seul secteur identifié dans le Val-de-Marne pour « combattre efficacement les trafics, prévenir la radicalisation et rétablir le lien de confiance avec les habitants ».

Macron recevra les syndicats jeudi

Le président PCF du département du Val-de-Marne, et élu de la ville, Christian Favier, qui apportait ce dimanche son soutien aux policiers et aux habitants, a par ailleurs rappelé son engagement à porter la demande locale d'un deuxième commissariat. Le nouveau maire Laurent Jeanne devrait également créer une police municipale.

Le commissariat du Bois-l'Abbé a quant à lui fait l'objet d'importants travaux de sécurisation en 2019, dont l'installation du sas pare-balles dans lequel ont pu se protéger de l'assaut les deux policiers présents à l'extérieur au moment de l'attaque.

Selon une source policière, un homme avait été interpellé ce dimanche à Champigny. Le suspect aurait tenté de résister, ce qui aurait provoqué un « gros attroupement » obligeant les agents à faire usage « d'une grenade » pour se dégager. L'homme a été placé en garde à vue. Toutefois, cette interpellation n'a aucun lien établi avec les incidents de la veille, a fait savoir un peu plus tard le Parquet.

Ce dimanche soir, Gérald Darmanin s'est rendu sur place. Le ministre de l'Intérieur a expliqué vouloir interdire par une loi la vente au public des mortiers d'artifices. Il a par ailleurs annoncé qu'Emmanuel Macron recevrait jeudi les organisations syndicales de policiers.