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Attaque de Conflans : un professeur d’histoire décrit comme «discret et bienveillant»

Parents, élèves et voisins du collège sont sidérés par l’assassinat de Samuel P. et par les raisons qui ont poussé le terroriste à commettre son crime.

 C’est devant le collège du Bois-d’Aulne que le professeur d’histoire a été décapité ce vendredi.
C’est devant le collège du Bois-d’Aulne que le professeur d’histoire a été décapité ce vendredi. LP/Olivier Arandel

Quand il a appris la terrible nouvelle, Nordine s'est tout de suite rendu devant le collège du Bois-d'Aulne, où sont scolarisés ses deux enfants. « Je ne peux pas croire que le prof de mon fils se soit fait couper la tête », se désole-t-il, extrêmement choqué. Devant l'établissement scolaire situé dans un quartier décrit par beaucoup comme « paisible et pavillonnaire », la sidération est générale.

Elle a atteint Janine, voisine proche du collège et dont le corps n'arrête pas de trembler. « J'étais avec une amie au téléphone, elle m'a dit : Regarde la télévision il se passe quelque chose à côté de chez toi. Au début, je me suis dit qu'il y avait eu un accident, mais de là à imaginer une chose pareille… J'en suis malade. »

« On a tout de suite imaginé que c'était lui »

A côté d'elle, une maman hoche la tête. « Mon fils est scolarisé ici, il m'a déjà dit qu'il ne voulait plus jamais revenir au collège. Il est extrêmement choqué et je lui ai dit d'arrêter de regarder les infos ! Ça fait peur, on ne peut pas penser que ça puisse se passer à Conflans. » La mère de famille s'est rapidement doutée de quelque chose de grave quand la rumeur de la mort d'un prof a commencé à prendre de l'ampleur en fin d'après-midi. « On a tout de suite imaginé que c'était lui », souffle-t-elle. En cause, un cours d'éducation civique sur la liberté d'expression, donné par Samuel P. la semaine dernière et au cours duquel il a montré des caricatures de Mahomet dans une classe.

Une autre ajoute qu'« il aurait demandé aux élèves susceptibles d'être choqués de sortir de classe ». « Nous savions que c'était un dossier un peu sensible puisque le sujet nous était remonté au niveau départemental », confirme un enseignant, délégué syndical. Un parent a immédiatement fait une vidéo sur YouTube pour dénoncer le contenu de ce cours, suscitant beaucoup de réactions. Mais évidemment, personne ne pouvait imaginer qu'un homme allait s'emparer de l'affaire pour commettre un crime atroce.

«Mort pour avoir montré un dessin, c'est horrible»

A quelques mètres de là, à Eragny-sur-Oise (Val-d'Oise), Ayoub, 26 ans, raconte que ses enfants « ont vu l'assaillant courir vers les policiers en criant Allahou akbar. » Pour le jeune père, le terroriste « salit notre religion » « On ne règle pas ses comptes comme ça ! »

Le fils de Nordine était dans la classe le jour du fameux cours affirme son père. « S'il a demandé aux enfants musulmans de sortir, c'était pour les préserver. Et je n'ai pas l'impression qu'il y ait eu de tensions, explique-t-il. Moi-même musulman, je suis encore plus choqué. Un mec est mort pour avoir montré un dessin. C'est horrible. »

Une autre maman évoque ce cours qui a créé du remous. « Mon fils m'avait évoqué la polémique naissante. Les élèves en ont beaucoup parlé, ça a pas mal jasé car des parents s'étaient plaints de cet enseignement. C'était l'affaire de la semaine », souffle cette mère, « choquée et abasourdie » par le drame.

Samuel P. enseignait l'histoire depuis plusieurs années dans cet établissement réputé calme. « Quelqu'un de très discret, bienveillant, apprécié des élèves et de ses collègues, confie Sonia, une mère de famille. Il adorait son travail et respectait ses élèves. Demander, à ceux qui pourraient être choqués, de quitter la salle montre un respect extrême des croyances des autres collégiens. Que pouvait-il faire de plus ? »

Il n'avait «jamais fait parler de lui»

Une autre, qui souhaite rester anonyme, évoque un « prof d'une quarantaine d'années, sympathique, respecté par les élèves ». « Mon fils l'avait eu il y a quelques années et en garde un plutôt bon souvenir, poursuit-elle. Il était investi dans son métier et n'avait jamais fait parler de lui pour des propos déplacés ou irrespectueux de la religion. »

Virginie, 15 ans, a eu cet enseignant « gentil et normal » quand elle était en 4e dans l'établissement. « Je ne comprends pas que quelqu'un ait pu lui faire ça », souffle la jeune fille. « Il avait déjà montré les caricatures de Charlie Hebdo quand j'étais en classe. À l'époque il avait déjà demandé aux élèves qui étaient musulmans de sortir s'ils n'étaient pas à l'aise avec ça, assure-t-elle. Moi je suis musulmane et j'étais restée, je n'ai pas trouvé ça choquant. »