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Attaque au couteau de Nice : Simone, une mère de famille qui «croquait la vie»

Cette mère de trois enfants, d’origine brésilienne, passionnée de cuisine et de danse, est l’une des trois victimes de l’assaillant de la basilique Notre-Dame. Agée de 44 ans, elle est morte des blessures infligées par le terroriste.

 Poignardée, Simone Barreto Silva, 44 ans, a réussi à s’enfuir de la basilique Notre-Dame-de-Nice, jeudi matin, avant de succomber à ses blessures.
Poignardée, Simone Barreto Silva, 44 ans, a réussi à s’enfuir de la basilique Notre-Dame-de-Nice, jeudi matin, avant de succomber à ses blessures. Reuters

D'ordinaire, ce restaurant est à l'image de sa cuisine et de l'ambiance qui y règne : lumineux, comme les Brésiliens savent l'être. Mais jeudi soir, c'est tout le malheur du monde qui s'est abattu sur ce petit établissement situé à deux pas de la Promenade des Anglais. Une poignée de proches s'y sont retrouvés pour honorer la mémoire de Simone Barreto Silva, 44 ans, leur parente et amie tombée le matin même sous les coups de couteau de son assassin. Comme elle le faisait régulièrement, Simone, très pieuse ainsi que l'attestent ses publications sur les réseaux sociaux, était allée se recueillir tôt à la Basilique Notre-Dame de Nice.

Dans le chœur de l'édifice religieux, les fidèles se comptent alors sur les doigts d'une seule main. Vincent Loquès, le sacristain qui veille sur les lieux, vient d'en ouvrir les portes. « Un homme très sympathique et perfectionniste, toujours à veiller sur les uns et les autres pour que tout se passe bien », vante Robin, 85 ans, une Américaine qui fréquente régulièrement l'endroit.

L'assaillant s'engouffre à l'intérieur, muni d'un couteau. Vincent Loquès et une paroissienne sont tués. Simone est poignardée à plusieurs reprises par le terroriste, mais parvient à s'enfuir. Il est exactement 8h54 lorsque, dans un ultime sursaut, elle traverse la rue d'Italie qui jouxte la basilique. Sa route croise celle de deux employés du Isla Burger, situé à quelques dizaines de mètres, qui s'empressent de la porter à l'intérieur.

C'est Brahim Jelloule, le patron du Burger, qui a raconté la scène : « Mon frère et le jeune qui travaille avec nous l'ont récupérée, a expliqué l'intéressé. Au départ, ils n'ont rien compris. Elle leur a expliqué qu'il y avait quelqu'un à l'intérieur de l'église. » Les deux hommes s'y rendent, et se retrouvent nez à nez avec l'assaillant qui les menace. Dans la foulée, la police municipale intervient et l'abat.

«Dites à mes enfants que je les aime»

Simone, elle, est médicalisée sur place par les secours, qui ne parviendront pas à la sauver. Cette mère de famille décède 1h30 plus tard, murmurant son ultime volonté aux personnels médicaux : « Dites à mes enfants que je les aime. » « Vingt-quatre heures plus tard, Brahim prend véritablement conscience de ce qu'il s'est passé, soupire une des proches du patron du Burger. Il n'est pas bien du tout. »

Ceux de Simone, incrédules, sont tout autant bouleversés. « Notre priorité, c'est de préserver autant que possible ses trois enfants », souffle un intime, s'excusant ce jeudi matin d'avoir à couper la conversation, car il s'apprête à rejoindre une cellule d'accueil psychologique.

Ce sont ses amis qui évoquent la mémoire de Simone, « Moni », comme la surnommait sa sœur Solange, qui vit elle aussi à Nice. La famille est originaire de la région de Salvador de Bahia, où Simone est née. Le président brésilien Jair Bolsonaro a d'ailleurs rendu hommage à la disparition de cette compatriote. A Nice, la famille Barreto Silva est parfaitement intégrée, devenue figure de la petite diaspora brésilienne locale. Elle était aussi connue bien au-delà, notamment à travers sa grande implication dans le tissu associatif et culturel. Solange est ainsi l'une des chevilles ouvrières de Yemanja, une divinité afro-brésilienne fêtée chaque 2 février, dont elle avait organisé une déclinaison niçoise des festivités.

« Je n'y crois pas, lâche entre deux sanglots Marie-Joëlle, l'une des amies de Simone. Elle était tellement douce, gentille, avenante. » C'est par l'intermédiaire de son compagnon, musicien que Marie-Joëlle a connu la famille Barreto Silva. « Je croisais souvent Simone dans l'avenue Jean-Médecin, non loin de la basilique, et la plupart du temps, c'est elle qui me reconnaissait, me saluait ou venait échanger quelques mots. C'est terrible. »

Elle était «toujours partante pour faire la fête»

En 2017, Simone Barreto Silva avait intégré le dispositif « des étoiles et des femmes. » Une opération lancée initialement à Marseille par le chef Alain Ducasse, pour « lever les freins à l'accès à l'emploi tels que la garde d'enfants ou la question des mobilités. » Simone, avec onze autres femmes, s'y était épanouie, obtenant en 2018 son CAP. « C'était une femme qui croquait la vie, toujours joyeuse », l'a décrit le chef Eric Brujan, qui l'avait suivie.

Passionnée de cuisine, elle travaillait toutefois comme auxiliaire de vie auprès des personnes âgées, jonglant entre son métier et sa vie de maman. Sur de nombreuses photos et vidéos figurant sur compte Facebook, on la voit notamment assister aux séances de capoeira des enfants, un art martial brésilien dont Marcos, leur cousin et neveu de Simone, est là encore une figure locale.

« Elle était tellement rayonnante, a témoigné Myriam, une autre de ses amies. Toujours partante pour faire la fête. Quand on avait fini de dîner, c'est toujours elle qui lançait la musique. A ses enfants, à sa famille, à ses amis et aux Niçois, c'est son sourire qu'elle va laisser, qu'elle doit laisser. »