Assassinat du préfet Erignac : le coup de force des soutiens des prisonniers corses

Une vingtaine de militants se sont introduits ce lundi à la préfecture d’Ajaccio pour demander le transfert en Corse d’Alain Ferrandi et de Pierre Alessandri, condamnés à perpétuité pour leur participation à l’assassinat du préfet Erignac.

 Ajaccio (Corse-du-Sud), ce 22 février. La police a délogé la vingtaine de militants qui réclament le retour en Corse des détenus du commando Erignac.
Ajaccio (Corse-du-Sud), ce 22 février. La police a délogé la vingtaine de militants qui réclament le retour en Corse des détenus du commando Erignac.  AFP/Pascal Pochard-Casabianca

L'image est aussi marquante que le lieu symbolique. Au fronton de la préfecture de Corse, à Ajaccio (Corse-du-Sud), le drapeau tricolore est encadré de deux banderoles rédigées en langue corse : « Liberta pà Ferrandi » et « Liberta ». Sur cette seconde affiche sont dessinés les visages de Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, condamnés à la perpétuité pour l'assassinat du préfet Claude Erignac, abattu à quelques rues d'ici le 6 février 1998 par Yvan Colonna. Une vingtaine de jeunes se sont introduits, ce lundi matin, dans les salons feutrés de la préfecture, pour accrocher ces deux banderoles et envoyer un message. « Bien sûr, le lieu est symbolique, mais il ne faut pas y voir une référence au préfet Erignac, souligne Simon Paulu Ferrandi, le fils d'Alain Ferrandi. C'est la maison de l'Etat que nous visions, pour nous adresser directement au gouvernement. »

Délogés manu militari en fin de matinée, les jeunes militants ont pu échanger quelques minutes « dans le calme » avec le coordonnateur des services de sécurité de l'île de Beauté et évoquer leur unique revendication : le rapatriement en Corse d'Alain Ferrandi et de Pierre Alessandri.

Simon Paulu Ferrandi a été légèrement blessé lors de l’altercation avec les forces de l’ordre. AFP/Pascal Pochard-Casabianca
Simon Paulu Ferrandi a été légèrement blessé lors de l’altercation avec les forces de l’ordre. AFP/Pascal Pochard-Casabianca  

La préfecture indique, de son côté, qu'un « groupe d'une vingtaine d'individus, parmi lesquels se trouvait le fils de monsieur Ferrandi », a pénétré dans la préfecture avec « la volonté d'accéder, par la force, au bureau du préfet et de ses services. Cette tentative a échoué ». Plusieurs policiers auraient été blessés au cours de l'évacuation. Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, a dénoncé une « intrusion inadmissible ».

Cette action coup de poing s'inscrit dans la continuité du combat mené depuis plusieurs mois par des militants corses qui souhaitent qu'Alain Ferrandi et Pierre Alessandri puissent purger le reste de leur peine à la prison de Borgo (Haute-Corse) plutôt qu' à Poissy. Un espoir douché en décembre dernier par Jean Castex. Le 21 décembre dernier, le Premier ministre a ainsi décidé de maintenir les deux prisonniers sous le statut de « détenu particulièrement surveillé » (DPS), rendant impossible tout transfert en Corse, où aucune prison ne peut accueillir de DPS.

Un éloignement mal compris sur l'île de Beauté

« Il n'y a aucun argument pour le maintenir DPS. Les arguments du gouvernement ne tiennent pas débout, dénonce Simon Paulu Ferrandi. On parle de risque de troubles à l'ordre public, de risque d'évasion… C'est n'importe quoi, ils ne vont pas s'évader alors qu'ils n'ont jamais été aussi proches de la sortie. »

Les deux hommes, incarcérés depuis 1999, n'ont effectivement jamais fait parler d'eux en détention. Ils sont par ailleurs fondés à demander une libération conditionnelle depuis 2017, date de la fin de leur période de sûreté de dix-huit ans. « Toutes les commissions consultatives ont été favorables à mon père, poursuit Simon Paulu Ferrandi. A cause de ce statut de DPS et de son incarcération à Poissy, je ne peux le voir que quatre ou cinq fois par an. Il n'a même pas pu assister aux obsèques de son père car il était soi-disant dangereux de le sortir… A un moment, il va falloir leur offrir un avenir, ou alors il fallait les condamner à la perpétuité réelle. »

Preuve d'une certaine unanimité sur l'île, l'action des jeunes militants a été soutenue ce lundi par Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse. Trois députés corses ont, eux aussi, appuyé cette action et dénoncé la décision du Premier ministre de maintenir le statut de DPS des deux prisonniers. Dans un communiqué, les trois élus y voient même une « vengeance d'Etat ». Le 30 janvier dernier, déjà, 2500 personnes avaient défilé dans les rues de Corte pour appuyer la demande des deux détenus.

L'embarras d'Eric Dupond-Moretti

Ancien avocat d' Yvan Colonna, Eric Dupond-Moretti lui-même avait, en 2018, soutenu ce rapprochement des prisonniers corses. C'était avant d'être nommé ministre de la Justice. « On a eu un vrai espoir quand il a été nommé, on a espéré que l'on serait entendu, souligne Simon Paulu Ferrandi… Mais depuis, plus rien. »

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Le 14 janvier dernier, le garde des Sceaux avait rappelé à l'Assemblée nationale qu'il ne pouvait plus rien décider dans ce dossier en raison de son passé d'avocat d'Yvan Colonna. « La question (NDLR : du rapprochement des prisonniers) mérite d'être posée », avait-il toutefois concédé au député Jean-Félix Acquaviva.

 
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