Assassinat de Samuel Paty : «On a été bête de se faire avoir par le terroriste», regrette un des collégiens

Quatre mineurs, dont la collégienne à l’origine de la campagne de dénigrement contre le professeur, ont été mis en examen mercredi. Les trois garçons avaient fait le guet pendant que le terroriste attendait sa future victime.

 Samuel Paty est mort le 16 octobre, décapité par Abdullakh Anzorov. AFP/Thomas Coex
Samuel Paty est mort le 16 octobre, décapité par Abdullakh Anzorov. AFP/Thomas Coex AFP/Thomas Coex

Ils ne sont âgés que de 13 à 14 ans. Mais le nom de ces adolescents scolarisés au collège du bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) vient désormais s'ajouter à la longue liste des suspects dans l'enquête sur le meurtre atroce du professeur Samuel Paty. Placés en garde à vue lundi et mardi à la sous-direction antiterroriste (Sdat), ils ont été mis en examen mercredi par les juges d'instruction pour « complicité d'assassinat terroriste » ou « dénonciation calomnieuse ». Tous ont été placés sous contrôle judiciaire.

Il y a d'abord Z. C., la collégienne par qui la polémique sur le cours de l'enseignant décapité est arrivée. C'est elle qui avait accusé son professeur d'avoir stigmatisé les élèves musulmans en leur forçant à s'identifier puis à sortir de classe pour montrer des caricatures du prophète Mahomet. L'enquête révèle qu'elle n'était pas présente lors de ce fameux cours sur la liberté d'expression, mais lors d'un cours liminaire la veille, et a déformé les intentions de Samuel Paty qui avait simplement voulu être prévenant.

En s'épanchant en mensonges auprès de son père – également mis en examen, et écroué –, cette élève de 13 ans en proie à des problèmes d'absentéisme a contribué à la naissance d'une polémique montée sur les réseaux sociaux sur une prétendue islamophobie au sein du collège. Polémique qui arrivera jusqu'aux oreilles du terroriste, en quête d'un prétexte pour assouvir ses pulsions djihadistes. « Demain je dois avoir cours avec ce professeur et j'appréhende énormément de le revoir », avait déclaré Z. lors de sa plainte contre Samuel Paty déposée huit jours avant l'attentat. C'est en raison de cette plainte dénonçant des faits erronés qu'elle fait l'objet aujourd'hui d'une mise en examen pour « dénonciation calomnieuse ».

Les trois autres collégiens, H.Y, I.A., et J.C., sont tous les trois âgés de 14 ans. À la demande de deux autres camarades déjà mis en examen, ils les avaient aidés à désigner Samuel Paty au terroriste devant l'établissement. Ce dernier avait proposé aux élèves de l'argent – 300 euros environ – en échange d'informations permettent d'identifier sa future victime. Il avait prétendu qu'il voulait filmer le professeur en train de s'excuser auprès des musulmans, mais tenait aussi des propos virulents qui ont inquiété les collégiens après coup. Durant une heure, pour ne pas attirer l'attention sur cette mission de reconnaissance, H.Y, I.A. et J.C. avaient fait le guet pendant que le terroriste et les deux autres collégiens se cachaient à l'abri des caméras.

À la sortie des classes, les cinq mineurs avaient collectivement montré Samuel Paty du doigt en criant « Il est là-bas le prof ». Puis s'étaient partagé le maigre magot. D'après l'enquête, deux d'entre eux ont empoché à peine… 10 euros. Un simple billet qui leur vaut aujourd'hui une mise en examen pour « complicité d'assassinat terroriste ».

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« Je pense qu'on a été bête de se faire avoir par le terroriste, on aurait dû penser qu'il avait un truc en tête plus grave », a déclaré J.C. lors d'une audition. Son camarade I.A a lui aussi reconnu devant les enquêteurs : « Je trouvais ça bizarre qu'un mec paye 300 euros juste pour des excuses. Avec les copains on s'est imaginé des trucs qu'il allait le tuer ou le kidnapper. Mais je le trouvais pas menaçant. »