Assassinat de Carine : son ex-compagnon condamné à la réclusion criminelle à perpétuité

Ancien policier, Jean-Régis Julien, 39 ans a été condamné jeudi à Nîmes à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté.

 Carine a été abattue dans sa voiture sur la rocade d’Alès, le 27 février 2016.
Carine a été abattue dans sa voiture sur la rocade d’Alès, le 27 février 2016. DR

Les jurés sont allés au-delà des réquisitions de l'avocat général. L'ancien policier Jean-Régis Julien, 39 ans, a été condamné jeudi à Nîmes à la réclusion criminelle à perpétuité assortie de 22 ans de sûreté pour avoir assassiné de trois balles dans la tête son ex-compagne Carine, devant les yeux de leur fils. La cour d'assises a également ordonné le retrait total de l'autorité parentale de Jean-Régis Julien, sur son fils Mathis, aujourd'hui âgé de 7 ans et élevé par sa tante maternelle.

« Ce que vous avez à juger c'est un féminicide, ce n'est pas un terme juridique tiré du Code pénal, ça ne me dérange absolument pas », a lancé l'avocat général Hervé Poinot aux assises du Gard. A plusieurs reprises, il a cité ce terme à propos de la mort de Carine, éducatrice spécialisée abattue sans un mot à l'âge de 24 ans dans sa voiture sur la rocade d'Alès, le 27 février 2016.

Dénonçant un « crime de propriété », une « exécution », un « massacre », il a demandé à la cour d'assortir la réclusion d'une mesure de sûreté des deux tiers. Et ce afin de « garantir la protection » de la société et plus particulièrement de futures femmes qui pourraient croiser la route de Jean-Régis Julien, policier radié et ex-pompier volontaire qui multipliait les liaisons.

« La défense refuse que le procès de M. Julien soit le procès du féminicide. Ce ne doit pas être le procès du meurtre des femmes, mais du meurtre d'une femme », a pour sa part plaidé en défense Me Clémence Cottineau. L'avocate a par ailleurs assuré pour expliquer les regrets tardifs et maladroits de son client et ses demandes de remises en liberté qu'il était « en décalage complet avec la réalité ».

« Il se croit propriétaire à vie de sa femme. Il la massacre quand elle tente de lui échapper », a pour sa part martelé l'avocat général à propos de Jean-Régis Julien. Hervé Poinot a estimé que ces faits avaient été « prémédités » après la plainte de Carine, une semaine avant d'être tuée, pour des appels malveillants et des intrusions nocturnes à son domicile et après la révélation qu'elle avait un nouveau compagnon. L'accusé a continué jeudi lors de son interrogatoire à contester toute préméditation.

« Je pense qu'il a vu son fils » à l'arrière du véhicule, a ajouté M. Poinot, contrairement aux assertions de l'accusé. « Ça ne l'arrête pas parce que sa volonté est actée ».

L'avocat général a relevé « des failles béantes » chez l'accusé « qui ne sont ni pour lui ni pour personne un permis de tuer ». « Il harcèle et violente toutes celles qui l'ont quitté », s'est-il indigné. « Je regrette sincèrement au nom de l'institution que tout n'ait pas pu être fait à temps », a-t-il déclaré à propos d'une plainte pour violences d'une ex-compagne de l'accusé classée sans suite en 2005 après un harcèlement similaire à celui que Carine a connu avant d'être tuée.

« Quelque part Jean-Régis Julien a aussi tué Mathis », a-t-il souligné, rappelant que le petit garçon aujourd'hui âgé de sept ans avait « assisté au meurtre de sa mère dans le bruit et la fureur… et reçu des éclats de sang et de cervelles de sa mère ». « Il vivra le reste de son existence avec ce fardeau », a-t-il conclu, estimant que l'accusé ne devait pas être en position un jour de lui réclamer une prise en charge financière.

« Ses émotions sont feintes. Son narcissisme l'aveugle. Il n'a aucun remords », a lancé à l'accusé Me Anaïs Farget, défendant Mathis et sa tante Christelle, qui l'élève. Tous deux ont « peur… de ce que cet homme serait capable de faire s'il sortait », a-t-elle assuré dans sa plaidoirie. Mathis « refuse l'héritage de mort que lui a laissé son père » a ajouté la pénaliste. « Il ne veut devenir ni policier ni pompier mais astronaute pour rejoindre » sa mère, « cette étoile qui brille dans le ciel ».