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Après les annonces de Macron, la police en première ligne pour faire appliquer le couvre-feu

Les «nuiteux» de la police, très minoritaires en nombre par rapport à leurs collègues du jour, vont devoir faire respecter à partir de samedi les nouvelles règles du couvre-feu.

 Pour les policiers de nuit, cette «nouvelle mission va peser sur des forces de l’ordre déjà épuisées».
Pour les policiers de nuit, cette «nouvelle mission va peser sur des forces de l’ordre déjà épuisées».  LP/Yann Foreix

Les soirées et les nuits d'automne promettent d'être longues. Y compris pour les policiers chargés de faire appliquer les règles du couvre-feu édictées hier par le chef de l'Etat. « Bien sûr, c'est une nouvelle mission qui va peser sur des forces de l'ordre déjà épuisées par la crise sécuritaire et la crise sociale, relève David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de police. Mais elle ne présente pas a priori de difficultés particulières. Il s'agit ni plus ni moins que de faire appliquer les règles du confinement sur une période plus restreinte qui court de 21 heures à 6 du matin. A la limite, ce couvre-feu pourrait même contribuer à faire baisser artificiellement la délinquance générale, même si cela demande confirmation. »

Un son de cloche nuancé par une autre source syndicale particulièrement concernée par le sujet. « S'il n'y a plus personne dans les rues après 21 heures, les violences aux personnes devraient diminuer, c'est évident, anticipe William Maury, secrétaire général d'Option Nuit, syndicat policier récemment créé qui regroupe 13 000 nuiteux. Mais les violences conjugales risquent d'augmenter et les affaires liées aux stupéfiants ne vont pas baisser. Il faut bien comprendre que les délinquants ne sont pas très réceptifs aux contraintes sanitaires et à la menace des amendes. La nuit, tout est plus compliqué. Donc ce contrôle des allées et venues sera une charge de travail supplémentaire qui s'ajoutera, sur une longue période, aux missions traditionnelles de la police. »

«On ne devrait pas se retrouver avec des dérogations multiples»

Dans ce nouveau contexte particulier, les effectifs traditionnels de la nuit seront-ils en nombre suffisants? « Les nuiteux se retrouvent en première ligne pour faire appliquer ces mesures, pointe Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat SGP Police-FO. Peut-être certains vont-ils comprendre à quel point leur travail est important et que de ce fait, l'augmentation salariale dont ils vont bénéficier à partir de 2021 (NDLR : entre 60 et 100 € bruts mensuels) est tout à fait justifiée. Mais en tant que syndicaliste, je ne souhaite pas que des collègues travaillant le jour soient contraints de venir renforcer les effectifs de la nuit. Charge à l'Etat de mettre les moyens humains nécessaires pour faire respecter les lois. »

De toute façon, personne n'envisage sérieusement que des renforts, même momentanés, soient dédiés aux opérations nocturnes de contrôles. « D'après ce que le chef de l'Etat a expliqué, les règles devraient être relativement limpides, reprend David Le Bars. On ne devrait pas se retrouver avec des dérogations multiples comme ce fut le cas au printemps dernier. Il devrait y avoir seulement deux cas : les travailleurs de nuit et les urgences médicales. J'ose espérer qu'aller promener le chien au milieu de la nuit ou d'aller faire son footing entre 23 heures et minuit ne fera pas l'objet d'une possible dérogation… Sinon, cela risque d'être compliqué. »

Dans cette version revisitée du jeu du chat et de la souris, les forces de police s'attendent tout de même à devoir guetter les ouvertures discrètes de bars et de divers commerces nocturnes.