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Affaire Sophie Toscan du Plantier : étape cruciale ce lundi à Dublin

Ian Bailey a été condamné, en son absence, pour le meurtre de Sophie Toscan du Plantier commis près de Cork en 1996. Un nouveau mandat d’arrêt est en cours d’examen en Irlande. A terme, Ian Bailey pourrait être rejugé en France mais cette fois en sa présence.

 Ian Bailey, un ancien journaliste du comté de Cork (Irlande) est toujours le principal suspect du meurtre de Sophie Toscan du Plantier, en 1996.
Ian Bailey, un ancien journaliste du comté de Cork (Irlande) est toujours le principal suspect du meurtre de Sophie Toscan du Plantier, en 1996. LP/Aurélie Ladet

Les étapes qui séparent Ian Bailey d'une possible extradition en France s'effacent les unes après les autres. Lundi, le Britannique de 63 ans saura si la Haute cour de justice de Dublin valide ou non le mandat d'arrêt européen émis par la France, contre lequel il avait déposé un recours. Pas moins de quatre jours d'audience avaient été consacrés, en juillet dernier, à ce cas inédit.

Ian Bailey est au cœur d'une bataille judiciaire menée depuis 24 ans par la famille de Sophie Toscan du Plantier. La productrice et épouse de Daniel Toscan du Plantier avait été retrouvée morte au pied de son cottage à Skull, en Irlande, le 23 décembre 1996. Agée de 39 ans, elle avait été massacrée, tuée à coups de pierre durant la nuit dans cette lande sauvage, sans aucun témoin. L'enquête s'était malgré tout rapidement orientée vers Ian Bailey, un colosse présentant des griffures suspectes, par ailleurs journaliste pigiste et dont les articles sur l'affaire, trop bien renseignés, l'auraient trahi. Mais la justice irlandaise, estimant les éléments à charge trop fragiles, ne l'a jamais inculpé, encore moins jugé.

Condamné mais... libre

A l'issue d'une enquête menée cette fois par un juge d'instruction français à partir de 2008, et le rejet de deux demandes d'extradition, un procès aux assises s'est finalement tenu en mai 2019 à Paris … en l'absence de Ian Bailey. Jugé par défaut, l'homme n'avait pas désigné d'avocat pour le représenter à l'audience, qu'il avait boycottée et qualifiée de « parodie de justice ». S'appuyant notamment sur des témoins venus d'Irlande pour raconter les confessions que leur a faites Ian Bailey, la cour d'assises l'a reconnu coupable du meurtre et condamné à une peine de 25 ans de prison. Elle a aussi émis un nouveau mandat d'arrêt à l'encontre de cet homme qui vit toujours à côté de Skull, libre… mais désormais condamné.

Une différence de taille dans l'examen de cette nouvelle demande, qui relève d'un droit européen en construction, compliquée en outre par la nationalité — anglaise — de Bailey. Il n'est ainsi pas exclu que la Haute cour retarde sa décision pour demander des précisions à la France ou à la Cour de justice de la communauté européenne (CJCE).

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Quelle qu'elle soit, elle sera également sujette à recours devant la Cour suprême irlandaise. En 2012, celle-ci n'avait d'ailleurs pas hésité à contredire la Haute cour qui, elle, avait donné son feu vert. « C'est une étape majeure lundi, mais le combat ne sera pas terminé pour autant », prévient ainsi, prudent, Me Alain Spilliaert, avocat des proches de Sophie Toscan du Plantier. L'enjeu est de taille pour eux, qui entrevoient enfin la perspective de voir Bailey répondre de ce crime dans une enceinte judiciaire française : en cas d'extradition, il aurait automatiquement droit à un nouveau procès. En sa présence, cette fois.