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Affaire Estelle Mouzin : un retour dans le passé et de nouveaux aveux de Fourniret

De retour sur les lieux de l’enlèvement d’Estelle Mouzin, en 2003, à Guermantes, Michel Fourniret a reconnu sa responsabilité.

 Gournay-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), le 15 octobre. Monique Olivier (de face, cheveux blancs) échange avec Michel Fourniret (parka sombre, de dos).
Gournay-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), le 15 octobre. Monique Olivier (de face, cheveux blancs) échange avec Michel Fourniret (parka sombre, de dos).  LP/V.G.

Un bond de plus de 30 ans dans le passé. Un retour à une époque où Michel Fourniret n'était pas encore un tueur en série, un temps où Monique Olivier n'était qu'une femme qui échangeait avec un prisonnier incarcéré pour viol. L'interminable journée qui s'est jouée ce jeudi en Seine-Saint-Denis et en Seine-et-Marne a débuté bien avant Guermantes, bien avant Estelle Mouzin. D'abord, c'est un saut en 1987 que les enquêteurs de la section de recherche de Dijon et la juge Sabine Khéris ont offert à Michel Fourniret et son ex-épouse.

Lors de son incarcération à Fleury-Mérogis pour une affaire de viols, Fourniret bénéficie d'une permission de sortie. Depuis plusieurs mois et après une annonce passée dans Pèlerin Magazine, il échange des lettres avec Monique Olivier. Il décide alors de profiter de ses 48 heures de liberté avec sa future femme à Gournay-sur-Marne. « C'est l'endroit où ils se sont rencontrés pour la première fois », souligne Richard Delgenes, l'avocat de Monique Olivier.

La jolie maison de ville où ils ont séjourné

« Monique étant désemparée, j'ai peut-être dû lui dire d'aller voir Jacky L. et sa femme, c'est possible », se rappelait vaguement le tueur en série en mars dernier. Selon le témoignage de l'ex-femme de Jacky L., Monique Olivier et Michel Fourniret ont bien été hébergés chez l'ancien codétenu du tueur en série, dans un pavillon de la rue du Puits perdu à Gournay-sur-Marne.

« Ils sont venus devant chez moi. Je ne suis pas sorti de la maison, ma femme et moi, on n'avait pas le droit, raconte ce jeudi un habitant qui vit ici depuis de longues années. J'ai vu Michel Fourniret, il était droit comme un piquet. Je les ai vus répondre aux questions de la juge. »

Vers 17 heures, en quelques secondes, le tueur en série et son ex-femme sont embarqués dans un van gris foncé. Quelques centaines de mètres plus loin, ils font un nouvel arrêt, rue Henri-IV cette fois. À la fin des années 1980, Monique Olivier et Michel Fourniret ont passé là quelques jours, dans une jolie maison de ville du début de la rue. Devant ce pavillon, jeudi, on a pu voir Monique Olivier échanger longuement avec Michel Fourniret, Me Didier Seban Me Richard Delgenes.

Un «sapin bleu » en cadeau

Et si cette ville intéresse au plus haut point la SR de Dijon et la magistrate, c'est qu'ils soupçonnent Fourniret d'être revenu rendre visite à une amie à Gournay-sur-Marne, à une époque bien plus intéressante… en tout début d'année 2003, soit quelques jours avant l'enlèvement d'Estelle Mouzin.

Avec Monique Olivier, ils avaient offert un « sapin bleu » à cette femme à qui Fourniret n'avait pourtant pas parlé depuis plus de dix ans. « Bon sang oui, avait-il répondu à la juge Khéris en mars dernier, après qu'elle a évoqué ce fameux sapin bleu. Je pense que nous y sommes allés à Gournay, Monique Olivier et moi. En voiture je suppose, mais je n'ai pas l'image. »

Reste que pour la juge, cette visite n'avait rien d'un hasard et démontre que Michel Fourniret — par ailleurs repéré début janvier sur une aire de repos à proximité de Guermantes — fréquentait assidûment le secteur à l'époque de la disparition d'Estelle. Il est d'ailleurs suspecté d'avoir déjà tenté d'enlever une autre fillette en décembre 2002 à Guermantes.

« Il l'a reconnue sur photo et a admis l'avoir croisée »

Vers 21 heures, jeudi, les enquêteurs l'ont donc transporté à proximité de l'école de la commune pour tenter de reconstituer ce rapt manqué. « On a reconstitué les choses, on a refait la scène de cette jeune fille s'enfuyant, explique Me Didier Seban, l'avocat d'Eric Mouzin. Michel Fourniret s'est reconnu sur le portrait-robot fait à l'époque. »

Les enquêteurs et les magistrats espéraient, aussi, une fois la nuit tombée, que Michel Fourniret pourrait se souvenir de ce triste 9 janvier 2003. En mars dernier, interrogé sur la boulangerie où Estelle a été vue pour la dernière fois, il avait livré cette réponse aussi elliptique porteuse d'espoir : « Cela va peut-être laisser sceptique, mais ça me dit quelque chose, ça me parle. J'ai le sentiment que vous être sur le vrai. Vous me montrez le chemin qu'aurait parcouru Estelle Mouzin et j'ai le sentiment que vous êtes sur le vrai. »

Avant de conclure, presque provocateur : « L'essentiel pour moi est de voir avec mes mirettes l'endroit où je l'ai accostée et où je l'ai fait venir dans ma camionnette. […] Allons-y et fonçons. » Ce jeudi, sur place, il a « éludé les questions sans nier sa responsabilité dans la disparition d'Estelle, assure Me Seban. Il l'a reconnue sur photo et a admis l'avoir croisée. Mais il s'est refusé à donner des éléments sur les conditions de sa disparition et de sa mort. »

Dix-sept ans après l'enlèvement d'Estelle, ce retour de Fourniret à Guermantes a en tout cas replongé la ville dans son passé. Les centaines de policiers et de gendarmes présents toute la journée ont rappelé les recherches de l'époque à Roger, qui venait d'emménager à Guermantes en 2003. « Estelle était une petite fille que tout le monde connaissait ici, se souvient-il. Ça vous prend le cœur quand un enfant disparaît ainsi. Encore aujourd'hui, je suis très ému. » Un peu plus tôt, Émeline, qui connaissait le frère d'Estelle Mouzin, s'avouait « très stressée par cette journée ». Preuve qu'à Guermantes, même 17 après l'enlèvement d'Estelle, les mémoires sont encore marquées par ce traumatisme.

Reste désormais une étape cruciale, sans doute loin de Guermantes. Les enquêteurs doivent transporter Michel Fourniret dans les Ardennes prochainement dans l'espoir de retrouver le corps d'Estelle. « J'ai trouvé Michel Fourniret très diminué physiquement et intellectuellement, souligne Me Delgenes. Il va maintenant falloir aller vite. »