Affaire Geneviève Legay : la charge policière était disproportionnée, conclut l’IGPN

Le 23 mars 2018, au cours d’un rassemblement de Gilets jaunes, la militante altermondialiste avait eu le crâne fracturé et plusieurs côtes cassées lors de la charge des policiers.

 Geneviève Legay avait été blessée lors d’une manifestation des Gilets jaunes à Nice en mars 2018.
Geneviève Legay avait été blessée lors d’une manifestation des Gilets jaunes à Nice en mars 2018. REUTERS/Eric Gaillard

Dénouement dans une affaire de violences policières hors-normes. Mediapart révèle ce lundi les conclusions de l'IGPN dans le « dossier Geneviève Legay », du nom de cette militante altermondialiste de 73 ans blessée pendant une manifestation interdite de Gilets jaunes à Nice en mars 2018.

Selon la police des polices, la charge des policiers de la compagnie départementale d'intervention (CDI) était disproportionnée. « Les ordres donnés par le commissaire divisionnaire Souchi se caractérisent par un manque de clarté et un aspect directif », stipule le rapport. Ils sont « inadaptés » en particulier « lors de la charge effectuée […] au cours de laquelle Madame Legay a été poussée ».

Au terme de cette intervention, Geneviève Legay avait eu plusieurs côtes cassées et des fractures au crâne. Sur les images de vidéosurveillance, on voit un fonctionnaire sortir du cordon au début de la charge et pousser volontairement la Gilet jaune septuagénaire, vêtue d'un tee-shirt noir et portant un immense drapeau arc-en-ciel barré du mot « paix », symbole des altermondialistes.

Le témoignage à charge des gendarmes

L'enquête interne a été marquée par le témoignage éloquent de plusieurs gendarmes qui, mobilisés ce 23 mars 2018, avaient refusé de suivre les instructions du commissaire divisionnaire Souchi.

« Au regard de la foule qui est calme, T1 110 [le commissaire] continue de dire dans son mégaphone de charger et de gazer, son ordre me paraît disproportionné au regard du comportement de la foule. […] J'ai donc refusé de faire une charge », avait indiqué le capitaine responsable de l'escadron, dans un rapport dévoilé par Mediapart.

Le comportement du commissaire est pointé du doigt par d'autres membres des forces de l'ordre. « Il m'a dit de façon assez virulente : "Quand j'ai décidé de l'emploi de la force et que j'ai fait les sommations, quand je vous dis on disperse, c'est on disperse, tant pis pour les manifestants, on matraque, c'est le cadre légal », rapporte un autre capitaine de gendarmerie.

« Pas de contact », avait clamé Macron

Rentrée chez elle après près de deux mois d'hospitalisation, Geneviève Legay s'était indignée des propos tenus par Emmanuel Macron quelques jours après l'incident. « Cette dame n'a pas été en contact avec les forces de l'ordre », avait notamment déclaré le président de la République. Avant de préciser que, « quand on est fragile […] on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci. »

Le chef de l'Etat reprenait alors mot pour mot les affirmations tenues par le procureur de la République de Nice. Ce dernier avait à l'époque attesté que la manifestante n'avait eu « aucun contact direct » avec la police, qu'elle avait « chuté en arrière dans le mouvement de foule ».

Le magistrat avait finalement été contraint de revenir sur ses propos, car le policier ayant blessé Geneviève Legay avait lui même fait volte-face en cours d'instruction, comme l'a révélé Le Parisien.

L'enquête au départ confiée à la femme du policier responsable de la charge

Si cette affaire a eu un tel retentissement, c'est aussi en raison de la manière dont les investigations ont été menées. Le procureur Jean-Michel Prêtre avait confié l'enquête à la sûreté départementale dont la cheffe n'est autre que la compagne du commissaire Souchi, à l'instigation de la charge.

Muté à la suite de ces révélations, le magistrat avait reconnu être « au courant » de ce lien privé, sans voir « en quoi il pouvait poser problème ».

Le dossier Geneviève Legay avait également mis en lumière les pressions exercées à l'encontre d'un policier, suspendu car soupçonné d'avoir renseigné Mediapart.

La journaliste du site d'investigation ayant travaillé sur l'affaire a, quant à elle, été convoquée quatre fois en 18 mois par l'IGPN pour répondre à des questions concernant ses sources.