Affaire Estelle Mouzin : dans les Ardennes, Michel Fourniret a gardé ses secrets

La juge Kheris espérait « déclencher des souvenirs » qui permettraient de retrouver le corps de la fillette. En vain. Les dires de l’Ogre des Ardennes n’ont permis de déclencher aucune fouille.

 Après cinq jours de mise en situation, Michel Fourniret n’a pas donné d’indices sur le lieu ou repose le corps d’Estelle Mouzin.
Après cinq jours de mise en situation, Michel Fourniret n’a pas donné d’indices sur le lieu ou repose le corps d’Estelle Mouzin. AFP/François Nascimbene

Cinq jours de mise en situation dans son ancien fief des Ardennes n'ont pas suffi : Michel Fourniret n'a toujours pas dévoilé où il a enterré le corps d'Estelle Mouzin, qu'il a reconnu avoir tuée en 2003, mais la défense de la famille refuse de s'avouer vaincue. « Déclencher des souvenirs » chez le tueur en série, désormais âgé de 78 ans : tel était l'objectif de la juge d'instruction Sabine Kheris pour retrouver le corps de la fillette, quatre mois après des fouilles infructueuses dans la même zone.

Sans résultat probant alors que « la famille attend de pouvoir inhumer le corps d'Estelle », comme l'a souligné une de ses avocats, Me Corinne Herrmann. « Le corps d'Estelle Mouzin n'a pas été retrouvé à l'heure qu'il est », a-t-elle déclaré vendredi à l'issue de l'opération en quittant le château de Sautou, vaste propriété isolée ayant appartenu à Michel Fourniret. « Les recherches vont se poursuivre dans un second temps », a-t-elle ajouté, sans plus de détails.

Engagée lundi, l'opération s'est d'abord concentrée sur la maison de Ville-sur-Lumes, où a un temps habité la sœur du tueur en série. Michel Fourniret y a séquestré, violé et tué Estelle Mouzin, selon Monique Olivier, son ex-épouse également présente cette semaine. L'ADN partiel de la jeune fille a été retrouvé à deux endroits sur un matelas saisi dans cette maison, fouillée en juin en l'absence du tueur en série.

« Des points sur la carte »

Pendant cinq jours, le convoi d'une vingtaine de véhicules escortant l'ex-couple - accompagné d'enquêteurs, d'experts en recherche criminelle de la gendarmerie, d'archéologues… - A ensuite sillonné la zone, allant d'un étang à un cimetière de Charleville-Mézières, de Floing - où Michel Fourniret possédait un terrain aménagé en jardin d'enfants - au château du Sautou.

Le programme se voulait « souple » pour s'adapter aux déclarations alambiquées de Michel Fourniret, dont l'état neurologique est inconstant et la santé « fragile » selon une source proche du dossier. Mais si l'« Ogre des Ardennes » a « montré des points sur des cartes », il n'a pas désigné d'endroit précis, et aucune fouille n'a été entreprise.

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Vieillesse ou dissimulation ? « On ne sait pas s'il ne se souvient plus, s'il a peur de se tromper ou s'il ne veut pas donner d'emplacement », s'est interrogée Me Herrmann, qui refuse toutefois de s'avouer vaincue. Saluant de « sérieuses avancées », elle a souligné que « le couple a reconnu les faits » et n'est « jamais revenu en arrière » sur ses aveux. Monique Olivier s'est montrée « très participante », a-t-elle relevé.

L'avocat de cette dernière, Me Richard Delgenes, avait lui affiché un certain optimisme. « On n'est pas loin », avait-il affirmé mercredi.

Procès au plus tôt fin 2021

Mis en examen en novembre 2019 pour « enlèvement et séquestration suivis de mort », Michel Fourniret avait fini par avouer en mars sa responsabilité dans l'affaire : « Je reconnais là un être qui n'est plus là par ma faute », avait-il déclaré à la juge.

Le 15 octobre, les deux ex-époux avaient été confrontés à Guermantes (Seine-et-Marne), sur les lieux de la disparition de la fillette de neuf ans à son retour de l'école le 9 janvier 2003. Monique Oliver, elle-même mise en examen pour « complicité », avait alors confirmé « l'implication » du tueur dans la disparition de la fillette.

À l'issue de l'information judiciaire, le parquet prendra ses réquisitions avant une mise en accusation devant la cour d'Assises, pour un procès qui ne devrait pas se tenir avant fin 2021, voire 2022. Le tueur en série a été condamné à la perpétuité incompressible en 2008 pour les meurtres de sept jeunes femmes ou adolescentes entre 1987 et 2001. En 2018, il a avoué avoir tué deux autres jeunes femmes dans l'Yonne, Marie-Angèle Domece et Joanna Parrish.