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Affaire Estelle Mouzin : comment Guermantes s’apprête à voir Michel Fourniret arpenter ses rues

Michel Fourniret, mis en examen pour le meurtre de la petite fille, et son ex-épouse Monique Olivier, mise en examen pour complicité, doivent se rendre ce jeudi en fin d’après-midi, sur les lieux de la disparition d’Estelle Mouzin.

 Avant le déplacement des Fourniret, dans certaines rues de la commune, des imprimés (en bas à gauche) étaient visibles un peu partout pour rappeler leur présence jeudi.
Avant le déplacement des Fourniret, dans certaines rues de la commune, des imprimés (en bas à gauche) étaient visibles un peu partout pour rappeler leur présence jeudi.  LP/Alexandre Métivier

Guermantes s'apprête à vivre une journée très particulière. « Ça va nous faire ressasser des souvenirs douloureux. A l'époque, on l'avait vécu en direct. C'est comme si c'était hier », souffle un habitant. En fin de semaine dernière, un courrier du maire, Denis Marchand (SE), est parvenu aux habitants de la ville, annonçant la tenue d'une reconstitution judiciaire ce jeudi 15 octobre.

Un moment très particulier qui sera marqué par la seule présence de l'« Ogre des Ardennes ». En effet, dans la lettre, le nom des protagonistes n'est jamais mentionné mais il s'agit bien du déplacement, à l'initiative de la juge Sabine Khéris, de Michel Fourniret et de son ex-épouse Monique Olivier sur les lieux de la disparition d'Estelle Mouzin.

L'enfant de 9 ans s'était volatilisée le 9 janvier 2003, par une glaciale soirée d'hiver alors qu'elle rentrait, à pied, de l'école du Val Guermantes. C'est de là que le cortège devrait partir ce jeudi après-midi.

C’est à l’école, où était scolarisée Estelle, que devrait débuter le cheminement du cortège judiciaire. LP/Alexandre Métivier
C’est à l’école, où était scolarisée Estelle, que devrait débuter le cheminement du cortège judiciaire. LP/Alexandre Métivier  

En août dernier, Monique Olivier a annoncé à la juge que son ex-mari aurait enlevé la petite fille puis l'aurait transportée jusqu'au domicile de sa sœur à Ville-sur-Lumes, dans les Ardennes. Michel Fourniret est mis en examen depuis novembre 2019 pour le meurtre d'Estelle Mouzin, son ex-femme l'est pour complicité. En août, un ADN de la petite fille a été identifié sur un matelas appartenant à Michel Fourniret.

«C’est important de savoir où est le corps»

Sur des fiches accrochées aux barrières et aux arbres, la mairie de Guermantes précise les conditions de cette journée. Et la liste des rues interdites au stationnement ou à la circulation. De nombreuses restrictions de circulation sont à prévoir de chaque côté de l'avenue Charles-Péguy, entre l'école du Val Guermantes où Estelle Mouzin était scolarisée et la rue Blanche Hottinguer où elle a disparu. « Pour les parents d'élèves concernés par ces restrictions, vous pourrez amener vos enfants à l'école à 13h30 et les récupérer jusqu'à 17h30, munis d'un justificatif d'identité. Seuls les déplacements vers l'école seront autorisés », précise la mairie. Dans le périmètre bouclé par les forces de l'ordre, il faudra montrer patte blanche pour rentrer chez soi et chacun est ensuite invité à y rester, sauf cas de force majeure.

« Ils vont bloquer Guermantes, ça va être compliqué. Je ne sais pas comment les gens vont s'organiser, souffle Carole. Mais il faut le faire, c'est important de savoir où est le corps. C'est tellement triste. Mes enfants vont dans l'école où était Estelle. Ça fait trois ans qu'on est là et je les accompagne toujours, je ne les laisse jamais seuls dans le jardin. Mon fils pèse 25 kilos, c'est une crevette, ça pourrait aller très vite. » Jeudi, elle regardera le cortège à la fenêtre par curiosité… après avoir monté ses enfants à l'étage pour les protéger.

La circulation sera interdite de 13 heures à minuit du 1 au 21 de la rue Blanche Hottinguer. LP/Alexandre Métivier
La circulation sera interdite de 13 heures à minuit du 1 au 21 de la rue Blanche Hottinguer. LP/Alexandre Métivier  

Un voisin, qui s'interrogeait mercredi sur le meilleur endroit où stationner sa voiture pour ne pas être bloqué, « n'a pas envie de voir le gars (NDLR : Michel Fourniret). La gamine est passée juste là, rue Blanche Hottinguer, l'histoire a traumatisé le village. J'ai peur pour ma fille ».

«J'espère ne pas le croiser»

Un sentiment partagé par beaucoup de Guermantais, surtout ceux qui étaient déjà présents à l'époque. « Je vais rester enfermé, en jetant un regard comme ils devraient passer devant chez moi. Mais je respecte les consignes, je ne sortirai pas », indique Lamine, qui habite en face du cerisier du Japon planté en mémoire d'Estelle deux ans après sa disparition. « Tout ce qu'on souhaite, c'est que ça amène au dénouement de l'affaire. Si tout ce monde est là jeudi, c'est que c'est la bonne piste », espère le retraité.

Devant la boulangerie où Estelle a été aperçue pour la dernière fois, un habitant veut « seulement que l'affaire se termine » et doute du bien-fondé de ce déplacement de Michel Fourniret et Monique Olivier. « On verra ce que ça donne. Après plus de dix-sept années, je m'interroge, soupire de son côté Alain. Ceux qui ont fait ça sont des monstres, je ne ferai pas le curieux pour les voir, ce serait du voyeurisme. »

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Emeline, qui connaissait le frère aîné d'Estelle, avoue ressentir « une angoisse et de mauvais souvenirs qui remontent à la surface. J'espère ne pas le croiser (NDLR : Michel Fourniret) car, même si je ne suis pas violente, la haine risquerait de monter. Il faut qu'il dise où est Estelle pour qu'on avance, même si nous n'oublierons jamais. »