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Affaire Amandine Estrabaud : trois codétenus chargent l’accusé

La cour d’assises du Tarn a entendu ce mardi des codétenus à qui Guerric Jehanno avait dessiné des plans du lieu où serait enterrée Amandine, disparue en 2013. Ils ont maintenu leurs déclarations. L’accusé, lui, dit avoir tout inventé.

 Guerric Jehanno clame son innocence. En prison, il aurait cependant confié avoir violé, tué et enterré une jeune femme dans la forêt, dessinant même un plan.
Guerric Jehanno clame son innocence. En prison, il aurait cependant confié avoir violé, tué et enterré une jeune femme dans la forêt, dessinant même un plan. DR

C'est une scène peu commune à laquelle a assisté ce mardi la cour d'assises d'Albi (Tarn) : un défilé de détenus, témoins à charge contre Guerric Jehanno, jugé pour l'enlèvement, le viol et le meurtre d'Amandine Estrabaud, 30 ans, disparue le 18 juin 2013 à Roquecourbe.

La cour a entendu trois codétenus à qui l'accusé aurait fait des aveux sur l'affaire en prison, notamment en leur dessinant des plans du Sidobre, une forêt du Tarn connue pour son granit, où il aurait enterré la victime. Interrogé par le président, Guerric Jehanno reconnaît être l'auteur du croquis tout en assurant qu'il avait inventé tous les détails, comme l'endroit où s'était caché le corps d'amandine. « Si j'avais fait quelque chose de grave, je l'aurais dit aux gendarmes. Et pourtant ils m'ont mis la pression », martèle l'accusé qui clame toujours son innocence.

« Il m'a dit qu'il l'avait tuée à coups de pelle »

Le premier détenu, Karim, ne s'est pas présenté devant la cour mais a finalement été amené par les gendarmes. En colère contre la justice, ce chauffeur de poids lourd de 26 ans, condamné pour viol sur deux mineures, refuse de s'exprimer devant la cour. Arrogant et irrespectueux, il confirme quand même ses déclarations, faites sans pression. En octobre 2017, alors qu'il est incarcéré, l'accusé lui aurait confié qu'il avait enlevé, frappé, violé puis tué une jeune femme de son village (Roquecourbe). Il l'aurait enterrée dans la forêt avec de la chaux pour cacher l'odeur.

Des aveux de Guerric Jehanno confirmés par le deuxième détenu, Farid, qui assure avoir parlé ensuite aux gendarmes pour la famille d'Amandine et pour que l'accusé n'échappe pas à la justice. « Je n'ai pas eu de faveur judiciaire contre mon témoignage, déclare ce quinquagénaire. Il m'a dit qu'il l'avait tuée à coups de pelle, sans savoir si elle était vivante ou morte quand il l'a enterrée. Je pense qu'il m'a parlé car il souffrait. Et s'il est là, c'est qu'il y a des preuves. »

Amandine Estrabaud, 30 ans, a disparu le 18 juin 2013 à Roquecourbe, près de Castres. DR
Amandine Estrabaud, 30 ans, a disparu le 18 juin 2013 à Roquecourbe, près de Castres. DR  

C'est surtout le témoignage de Teddy, un troisième codétenu, qui s'est révélé troublant face à la cour. Ce jeune homme de 32 ans, originaire du Tarn, a raconté clairement et sans hésiter, qu'au retour d'un parloir, Guerric Jehanno a cru que le corps d'Amandine avait été découvert. « Je lui ai demandé : où ça ? Il m'a dit : je te montre sur un dessin, celui que j'ai fait. J'ai alors dit : c'est toi ? Il m'a fait oui avec un hochement de tête et a répondu oui. »

Teddy explique ensuite à la cour que deux mois après sa sortie de prison, il est allé voir les gendarmes pour tout leur raconter. « J'avais vu une émission sur cette affaire à la télévision et j'ai vu la mère d'Amandine, elle m'a fait penser à ma mère, précise le témoin. Ce qu'il m'a dit après le parloir, ça m'a chamboulé. Se dire que j'ai vécu trois semaines dans la cellule de quelqu'un qui a fait ça, c'est bizarre. » Ces témoignages ont clôturé quatre jours d'audience qui ont peu éclairé les jurés face à un accusé qui a répondu la plupart du temps qu'il ne se souvenait pas.

Les excuses de Jehanno à la mère d'Amandine

Ce mardi soir, Guerric Jehanno s'est exprimé une dernière fois devant la cour. « Je travaillais bien le jour de la disparition d'Amandine sur le chantier du Mas d'Enfau, je n'ai pas pris le fourgon de l'entreprise pour aller sur l'autre chantier. Je ne suis jamais parti de ce chantier. Je n'étais pas avec Amandine ce jour-là, ni les jours d'avant. Je dis la vérité, je ne l'ai pas vue et elle n'est pas montée dans mon fourgon », jure l'accusé tout en regrettant ses erreurs. « Comme les plans, j'ai fait de la peine à la maman d'Amandine en inventant cette histoire », s'excuse-t-il.

Ce mercredi, place au réquisitoire de l'avocat général puis aux plaidoiries de la défense. Guerric Jehanno encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu mercredi soir.