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Affaire Amandine Estrabaud : le meilleur ami de Guerric Jehanno «pas surpris qu’il soit dans le box»

Après deux jours d’audiences marqués par le manque de preuves contre l’accusé, jugé pour enlèvement, viol et meurtre, Kevin, qui le connaît depuis le collège, a témoigné devant la cour d’assises. Il a évoqué des propos troublants tenus par le jeune homme.

 Guerric Johanno, qui clame son innocence, aurait confié à son meilleur ami « C’est mon histoire » devant un épisode de « Plus belle la vie » parlant d’un meurtre.
Guerric Johanno, qui clame son innocence, aurait confié à son meilleur ami « C’est mon histoire » devant un épisode de « Plus belle la vie » parlant d’un meurtre. DR

« J'ai dit que Guerric Jehanno ressemblait à l'homme que j'avais vu avec Amandine le jour de sa disparition, mais je n'ai jamais affirmé que c'était lui », assène, ce lundi 12 octobre, Karine devant la cour d'assises du Tarn, à Albi, qui juge jusqu'à mercredi le jeune homme de 33 ans, poursuivi pour « enlèvement, séquestration, viol et meurtre » après la disparition d'Amandine Estrabaud, à Roquebourbe, le 18 juin 2013.

A l'aise à la barre, cette femme de 50 ans, voisine de la disparue, a raconté avoir vu la jeune femme descendre ce jour-là d'un fourgon Renault blanc, en compagnie d'un homme portant un pantalon d'ouvrier de chantier. « Amandine ne semblait pas inquiète, ni en danger, elle cherchait ses clés dans son sac pour ouvrir la porte, entre 14 heures et 16 heures. Après j'ai été cherché ma fille en stage à la crèche du village et le fourgon n'était plus là, raconte cette assistante en classe de maternelle. Je n'ai vu cet homme que de dos, donc je ne peux pas l'identifier, mais il pouvait correspondre à Guerric Jehanno que je connaissais de vue. Tout semblait concordant avec ce que me disaient les gendarmes, mais je n'ai jamais affirmé que c'était lui. J'ai quand même eu l'impression que les gendarmes cherchaient à me faire dire son nom ».

Des faisceaux d'indices, mais jamais de preuve formelle de la culpabilité de ce maçon qui habitait le même village que la victime et qui clame son innocence. C'est tout ce qui ressort de ces trois jours de procès, dans une affaire où les enquêteurs n'ont pas ni corps ni de traces ADN. L'attitude étrange de l'accusé et les rumeurs selon laquelle Guerric Jehanno avait le béguin pour Amandine les ont pourtant mis sur cette piste. Ce lundi après-midi, le témoignage du meilleur ami de l'accusé a pourtant saisi la cour d'assises.

«Ces petites phrases m'ont fait réfléchir»

Kevin, son ami depuis le collège, a raconté que l'année qui a suivi la disparition d'Amandine, le comportement de Guerric Jehanno avait changé. Certains propos, comme « je suis foutu », « je suis suivi », « je sens des odeurs de mort » ou « je ne suis pas un assassin », ont marqué un tournant pour celui qui le fréquentait tous les week-ends et l'invitait à sa table.

« Au début, je n'ai pas fait le rapprochement avec Amandine, je croyais que c'était lié à la perte de son travail et la rupture avec sa copine, se remémore ce zingueur de 32 ans. Au fur et à mesure, ces petites phrases m'ont fait réfléchir, même s'il n'a jamais parlé d'Amandine directement, mais il se fermait quand on l'évoquait ». Cet ami proche de l'accusé, a qui il avait demandé d'être le parrain de son fils, a raconté une soirée durant laquelle sa compagne et lui avaient regardé à la télévision la série « Plus belle la vie » en compagnie de Guerric Jehanno. L'épisode abordait une disparition et un meurtre. « Guerric a dit : C'est mon histoire. Avec ma compagne, on ne comprenait pas pourquoi il disait cela. C'est après sa première garde à vue, en 2014, que j'ai commencé à réfléchir. Non, je ne suis pas surpris qu'il soit dans le box aujourd'hui. D'ailleurs, il n'est jamais revenu nous voir après sa garde à vue, alors que nous l'avions beaucoup aidé ».

Le président, Alain Gaudino, interroge alors l'accusé sur cette étrange déclaration. « Je ne me rappelle plus », répond d'abord Jehanno du bout des lèvres, avant d'admettre que « oui, c'est incohérent ». Devant son silence, le président revient à la charge en demandant pourquoi Amandine semble être au centre de ses délires et s'il réalise qu'une famille attend des réponses. L'accusé se tait, comme absent, puis finit par lâcher : « Si c'est pas moi, je ne peux pas savoir où elle est ». Ce mardi, la cour d'assises va entendre les quatre codétenus auxquels l'accusé aurait fait des aveux et esquissé des plans du lieu où il aurait enterré Amandine.