Affaire Adama Traoré : un décès dû à un «coup de chaleur», «aggravé» par la contrainte des gendarmes, selon une expertise

Une nouvelle expertise commandée par la justice indique que le rôle du plaquage ventral dans ce drame survenu en 2016 dans le Val-d’Oise «ne peut être écarté».

Une manifestation en hommage à Adama Traoré en 2018 (Illustration).
Une manifestation en hommage à Adama Traoré en 2018 (Illustration). Lejeune

La mort en juillet 2016 d’Adama Traoré a été causée par un « coup de chaleur », « aggravé » par les manœuvres d’immobilisation et de menottage des gendarmes et, dans une « plus faible mesure », par ses antécédents médicaux. C’est la conclusion d’une nouvelle expertise judiciaire consultée lundi par l’AFP.

Très attendu dans ce dossier devenu un symbole du débat sur les violences policières, ce nouveau rapport établi par quatre médecins belges, dévoilé par L’Obs, a été commandé en juillet par les juges d’instruction parisiens chargés de l’enquête. À l’origine de cette demande : des rapports médicaux, déposés par la famille du jeune homme, contredisant les experts de la justice qui mettaient hors de cause les forces de l’ordre. Pour la première fois, les conclusions d’un rapport commandé par la justice rejoignent celles des experts mandatés par la famille.

Une bataille d’expertises sans fin

Le 19 juillet 2016, Adama Traoré est décédé dans la caserne des gendarmes de Persan (Val-d’Oise), près de deux heures après son arrestation dans sa ville de Beaumont-sur-Oise et au terme d’une course-poursuite après avoir échappé à une première interpellation. Ce dossier est revenu sur le devant de la scène médiatique au printemps, suite au décès aux États-Unis de George Floyd. Sur le plan judiciaire, il a viré à une bataille de médecins, après une première clôture du dossier fin 2018.

VIDÉO. Manifestation en hommage à Adama Traoré à l’été 2020

Les juges d’instruction en charge de l’affaire avaient ordonné une nouvelle expertise (la troisième du dossier). Dévoilée le 29 mai, elle conclut qu’Adama Traoré « n’est pas décédé d’asphyxie positionnelle, mais d’un œdème cardiogénique ». De quoi écarter la responsabilité des gendarmes en pointant du doigt des pathologies cardiaques et pulmonaires ainsi que le contexte de stress intense et d’effort physique. Quatre jours plus tard, ce mardi 3 juin, la famille réplique en versant au dossier une nouvelle expertise privée. Le médecin, cette fois, retenait « une asphyxie positionnelle induite par le plaquage ventral ».

Le rôle du plaquage ventral dans le décès « ne peut être écarté »

Pour les médecins belges de cette nouvelle étude, « les éléments du dossier ne répondent pas aux critères médico-légaux reconnus d’une asphyxie positionnelle ». « En revanche l’intervention dans le processus létal d’une période d’asphyxie « par contrainte physique » ne peut être écartée », écrivent les experts, évoquant ainsi les gestes d’interpellation des gendarmes. « L’évolution péjorative » de cet état « a été inhabituellement rapide mais reste plausible en raison notamment de la contribution à une hypoxie (manque d’oxygène dans le sang, NDLR) de manœuvres momentanées de contrainte et dans une plus faible mesure d’états pathologiques sous-jacents ».

Adama Traoré souffrait en effet d’une maladie génétique, la drépanocytose, associée à une pathologie rare, la sarcoïdose. « Les gestes réglementaires opérés par les trois gendarmes l’ont été au regard de la rébellion d’Adama Traoré », ont réaffirmé lundi leurs avocats Mes Rodolphe Bosselut, Pascal Rouiller et Sandra Chirac Kollarik. « Ces trois agents étaient dans l’ignorance la plus complète des antécédents médicaux de cet homme et de ce qui pouvait s’être produit physiologiquement pour lui » avant leur arrivée sur les lieux, poursuit leur communiqué à l’AFP. L’avocat de la famille Traoré, joint par l’AFP, n’a pas souhaité réagir.