Accusé d’inceste, Olivier Duhamel, de la lumière à l’ombre

Retiré de la vie publique depuis la parution du livre «la Familia grande» et l’enquête pour viols sur mineur le concernant, Olivier Duhamel se fait discret. Seuls quelques proches, dont l’avocat Jean Veil, acceptent encore de se dire son « ami ».

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 Olivier Duhamel, aperçu ici dans le Ve arrondissement de Paris, est resté silencieux depuis le début de l’affaire le 4 janvier.
Olivier Duhamel, aperçu ici dans le Ve arrondissement de Paris, est resté silencieux depuis le début de l’affaire le 4 janvier. LP/Lavieille/Lejeune/Arandel

« Étant l'objet d'attaques personnelles, et désireux de préserver les institutions dans lesquelles je travaille, je mets fin à mes fonctions. » Depuis ce message laconique posté sur Twitter le lundi 4 janvier, Olivier Duhamel a disparu. Plus un mot, plus une image du politologue de renom, habitué des plateaux de télévision. Mais l'homme, hier si puissant et si loquace, va devoir prochainement s'expliquer devant les enquêteurs de la brigade des mineurs.

Accusé par sa belle-fille Camille Kouchner dans un livre « La Familia grande » (plus de 300000 exemplaires vendus) d'avoir abusé sexuellement de son frère jumeau, surnommé « Victor », lorsqu'il était adolescent, le constitutionnaliste est contraint depuis six semaines à une diète médiatique. Une retraite silencieuse qui se déroule principalement dans le quartier historique du Ve arrondissement de Paris, où nous l'avons retrouvé, à deux pas de la Maison de la Mutualité, haut lieu de la gauche française.

Dans les couloirs d'Europe 1 qu'il arpentait chaque samedi ou à Sciences-po Paris, dont il présidait la maison mère (la Fédération nationale des sciences politiques), on dit ne plus l'avoir vu depuis qu'a éclaté l'affaire. Et nombreux sont ses anciens collèges, confrères ou copains, qui refusent de voir leur nom associé au sien.

« Je ne saurais pas quoi lui dire. Je ne vais pas lui lancer : je pense à toi… »

« J'ai stoppé tout contact avec lui du jour au lendemain », martèle un journaliste de renom, jurant qu'il n'était « pas du tout au courant » de son passé. Une ex-collaboratrice assure ne lui avoir « jamais reparlé depuis l'affaire ». « De toute façon, je ne saurais pas quoi lui dire. Je ne vais pas lui lancer : je pense à toi… » « Il n'a plus remis les pieds à Sciences-po depuis le 4 janvier », assure un cadre du prestigieux institut. « Personne n'a trop envie de le revoir. Toute cette histoire a rejailli très négativement sur l'école », souffle ce responsable, en souhaitant le retour de la « sérénité » rue Saint-Guillaume.

PODCAST. L'affaire Olivier Duhamel : le livre choc de Camille Kouchner qui brise le tabou d'un inceste

Ayant aussi abandonné la présidence du Siècle ou la direction de la revue « Pouvoirs », Olivier Duhamel a entraîné dans sa chute plusieurs personnalités. Car depuis la révélation du scandale, il ressort que beaucoup parmi l'intelligentsia parisienne avaient eu vent des accusations le concernant … et avaient gardé le terrible secret. Dernier en date, le directeur de Sciences-po Paris, Frédéric Mion, empêtré dans ses mensonges, a démissionné mardi 9 février. Avant lui, Élisabeth Guigou, l'ex-ministre socialiste de la Justice, un temps proche du couple Évelyne Pisier-Olivier Duhamel, a dû renoncer à la présidence d'une commission sur l'inceste.

Audition à venir à la brigade des mineurs

Parmi ses amis de longue date, l'avocat Jean Veil, lui-même éclaboussé par l'affaire, est l'un des très rares à accepter de s'exprimer. « Je n'excuse pas Olivier. Ce qu'il a fait est très grave et condamnable… c'est acquis. Mais il reste mon ami […] », nous confie-t-il, inquiet de savoir s'il est « seul chez lui, dans son petit appartement. »

Jean Veil, ami d’Olivier Duhamel, se dit inquiet de le savoir « seul chez lui ». /LP/Olivier Corsan
Jean Veil, ami d’Olivier Duhamel, se dit inquiet de le savoir « seul chez lui ». /LP/Olivier Corsan  

Ouverte le 5 janvier, l'enquête pour « viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur mineur de 15 ans », vise à vérifier que les faits sont bien prescrits depuis 2003 et à « identifier toute autre victime potentielle », selon le procureur de Paris. Après avoir entendu tout d'abord les trois enfants nés du couple Bernard Kouchner et Évelyne Pisier (qui a épousé Olivier Duhamel et est décédée en 2017), les policiers ont reçu ce vendredi le fils adoptif du couple Pisier-Duhamel. Celui-ci a indiqué qu'il n'avait pas été abusé par son père adoptif.

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« Victor », lui, aujourd'hui âgé de 45 ans, a porté plainte contre son beau-père après son audition en janvier. La prochaine étape importante de l'enquête sera l'audition d'Olivier Duhamel. Sollicitée vendredi après-midi, son avocate, maître Frédérique Beaulieu, nous a répondu n'avoir « rien à déclarer ». Il faudra pourtant à un moment donné sortir du mutisme.