Vol de centaines de Peugeot et Citroën en Ile-de-France, des garagistes de PSA complices

Dix-sept prévenus comparaissent depuis ce vendredi devant le tribunal correctionnel d’Évry. Les voitures de marque Peugeot et Citroën étaient ciblées dans toute l’Ile-de-France. Le procès est prévu sur quatre jours.

 Illustration. Les malfaiteurs ciblaient des Peugeot et des Citroën, comme cette DS3, car ils pouvaient se procurer les codes de démarrage.
Illustration. Les malfaiteurs ciblaient des Peugeot et des Citroën, comme cette DS3, car ils pouvaient se procurer les codes de démarrage. DR.

Fruit d'une enquête de longue haleine, 17 prévenus comparaissent depuis ce vendredi matin devant le tribunal correctionnel d'Évry. Ces hommes et femmes sont accusés d'avoir fait partie d'un vaste réseau de voleurs de voitures entre juin 2010 et janvier 2012 : 367 véhicules de marques Peugeot et Citroën dérobés sur l'Essonne, les Yvelines, les Hauts-de-Seine et le Loiret.

L'enquête a démarré le 28 octobre 2010. Ce jour-là, une Peugeot 207 signalée volée est repérée à la sortie d'un terrain appartenant à une famille de gens du voyage à Linas en Essonne. Ce terrain abrite un garage clandestin où sont retrouvées de nombreuses pièces détachées ainsi qu'un autre véhicule volé la veille. Des surveillances sont mises en place, qui vont permettre de mettre au jour tout un réseau très bien organisé.

Tout semble commencer en Belgique, où des personnes sont chargées de voler des cartes grises de voitures du constructeur PSA. Des modèles correspondants à ces certificats sont ensuite repérés et volés en Ile-de-France, essentiellement des DS3, C3, C4 Picasso, 308… Car le réseau a des complicités parmi des employés du groupe PSA peu regardant. Pour se connecter sur le site sécurisé de Peugeot, les malfaiteurs récupèrent des codes d'employés. Ils utilisent des bornes wi-fi Internet publique, tantôt chez McDonald's, tantôt dans des hôtels F1, pour se connecter au site sécurisé de la marque afin de récupérer les codes qui vont leur permettre de faire démarrer les voitures qu'ils ont repérées. Pour ensuite les voler.

Reste à refaire les clés de ces véhicules. Là encore il faut des codes. « Oui, je donnais les codes, explique un garagiste de PSA. Mais je ne pensais pas en arriver là », affirme cet homme qui reconnaît malgré tout qu'il sentait bien que tout cela était louche. Avec le code permettant de programmer la clé, il ne reste plus qu'à passer chez un cordonnier serrurier bien équipé. « Je ne faisais que mon travail, se défend ce dernier à la barre. La juge n'a rien voulu comprendre, ni les enquêteurs. Ils me donnaient les codes des clés. Pour les obtenir, il faut normalement passer par le fabriquant et avoir la carte grise. Moi, je ne peux rien contrôler, je ne pouvais pas savoir. »

Les voitures étaient «maquillées» et revendues

Les voitures sont ensuite « maquillées », grâce aux cartes grises belges, avec de nouvelles plaques d'immatriculations et un nouveau numéro de série gravé sur le châssis. Pour cela, elles passent soit par le terrain de Linas, soit un autre terrain appartenant à une famille de gens du voyage à Leuville-sur-Orge.

Un des principaux accusés, chez qui les voitures étaient maquillées, conteste les faits, mais rame contre les évidences. « On voit votre véhicule sur le parking d'un hôtel F1. On a retrouvé un ordinateur portable wi-fi caché dans votre chambre avec des connexions à cet établissement et sur le site sécurisé de Citroën, avec les codes associés à 32 véhicules volés », souligne le juge.

« C'était un ordinateur d'occasion offert à ma fille pour Noël. Mais je sais que je ne me suis pas connecté avec. Je sais pas du tout. » Pour les 11 000 euros retrouvés à son domicile, le prévenu affirme « ne pas faire confiance aux banques ». Accusée de recel, sa femme n'en dira pas plus. Ses enfants, de jeunes adultes, sont eux accusés d'avoir volé des voitures.

Ces véhicules étaient ensuite revendus soit directement à des particuliers sur Leboncoin, à des tarifs en dessous du marché, soit à des receleurs de cités de Massy, des Ulis et de Grigny. Le procès doit reprendre lundi matin.