Viols en forêt de Sénart : «J’ai vu ma mort arriver», témoigne Muriel

Face à la cour d’assises de l’Essonne, Muriel, 51 ans, a livré ce lundi un témoignage bouleversant et digne du calvaire qu’elle a vécu il y a 24 ans. L’accusé, impassible, a continué à nier les faits.

 Cour d’assises à Evry-Courcouronnes. Cette semaine de procès est notamment consacrée aux témoignages des victimes du violeur de la forêt de Sénart.
Cour d’assises à Evry-Courcouronnes. Cette semaine de procès est notamment consacrée aux témoignages des victimes du violeur de la forêt de Sénart. LP/Sébastien Morelli

Le récit est précis, glaçant. Face à la cour d'assises de l'Essonne, Muriel, 51 ans, se remémore avec douleur cette journée du 6 juillet 1996. « J'ai du mal à partager ça. Je fais un énorme effort aujourd'hui », concède-t-elle. Un effort pour rouvrir cette « boîte de Pandore », une boîte qu'elle avait « enterrée profondément » pour « construire [sa] vie par-dessus ». Une boîte où il y a « ces alarmes répétitives qui ne veulent pas s'éteindre. Et c'est un énorme parasite à ma vie », souffle-t-elle.

Dans son dos, pendant qu'elle témoigne, Aïssa Z. écoute « attentivement », dans son box. L'homme de 45 ans comparaît depuis une semaine devant la cour d'assises pour une série de 34 viols, tentatives de viols et agressions sexuelles, commis entre 1995 et 2001 en forêt de Sénart. Impassible, il nie les faits.

«Si tu cries, je te plante !»

Ce soir-là, vers 19 heures, cette infirmière de 27 ans avait décidé d'aller courir en forêt de Sénart, à Draveil, non loin de chez elle, avec son chien. « Sur le chemin du retour, j'ai entendu une mobylette derrière moi. Elle m'a doublée et s'est stationnée sur le côté. Le conducteur est resté immobile, comme dans une position d'attente. Cette attitude m'a inquiétée. J'ai accéléré ma course. Quand je suis passé devant lui, il est descendu très rapidement et m'a plaquée au sol, très violemment. Il m'a tirée, arraché les cheveux. Il essayait par tous les moyens de déchirer mes vêtements, il me secouait dans tous les sens. »

La jeune femme lutte, se débat de toutes ses forces. « Il m'a cogné la tête à plusieurs reprises contre un arbre. Là, j'ai essayé de lui parler. Je n'avais pas le choix, il était plus fort que moi. J'étais essoufflée, je sentais que je ne pouvais plus me défendre. » Mais son agresseur ne voulait pas parler. « Il m'a dit : Si tu cries, je te plante ! Il m'a mis la main devant la bouche et a continué à déchirer mes vêtements. Je me suis recroquevillée, je n'avais plus de forces. »

«Qu'est-ce que je fais, où je vais ?»

Son agresseur la viole, lui fait mal. « J'ai vu ma mort arriver. Je me suis vue gisante au pied de cet arbre, le sang couler. J'ai eu cette image d'horreur. Il m'a humiliée, violée. » Muriel parle de son écœurement. « Après l'éjaculation, il s'est relâché pendant un instant. J'en ai profité pour fuir. Ma voiture était à quelques mètres. Je me suis engouffrée dedans et j'ai filé à toute vitesse. J'étais choquée, sidérée, la tête vide. Un moment, je me suis arrêtée au bord de la route. Qu'est-ce que je fais, où je vais ? » Ce sera le commissariat, pour porter plainte.

Le soir même, elle est examinée. « Ça aussi c'est un traumatisme. C'était douloureux. Il a fallu se redéshabiller devant un homme. Et il y a les réflexions de certains professionnels : Mais enfin mademoiselle, il ne faut pas vous promener toute seule dans les bois ! C'est indélicat. C'est une caricature de penser ça », s'emporte Muriel. Le retour au travail, 15 jours plus tard, est tout aussi difficile. « Quand j'ai repris, ma cadre a pensé que j'avais prolongé mes vacances avec un arrêt. Elle m'a forcé à lui dire alors que je ne voulais pas en parler. J'avais honte. »

L'accusé : «Une injustice est tout aussi traumatisante»

Un récit qui ne semble pas émouvoir l'accusé. « Comment vous vous sentez », l'interroge Me Friquet, l'avocat de la partie civile. « Je suis confiant. Je suis innocent. Les faits qui me sont reprochés, je ne les ai jamais commis. J'espère pouvoir le prouver. » « Comment vous vivez ça, d'être accusé de ça ? Je ne vois pas d'émotion », insiste l'avocat. « Bien sûr j'ai des émotions, assure Aïssa. J'étais attentif au récit de madame. Je ne laisse pas apparaître mes émotions. C'est peut-être la détention. Et puis, je ne me vois pas dans un miroir. »

Face à cette absence de compassion, l'avocat général tente à son tour de faire parler l'accusé. « Etes-vous d'accord pour dire que le viol qui vient d'être décrit est extrêmement traumatisant ? » « Une injustice est tout aussi traumatisante », répond Aïssa de manière péremptoire. Le magistrat insiste. L'accusé semble agacé. « C'est traumatisant pour tout le monde », lâche-t-il.

« Votre sœur avait à cette époque un Peugeot 103 avec un phare carré, comme celui décrit par la victime », embraye l'avocat général. « Je suis choqué, ça ne tient pas la route. Le seul malheur dans cette affaire, c'est que j'ai eu une sœur qui a une mobylette. Sinon, le dossier ne me correspond pas », lance-t-il, oubliant qu'il a notamment été confondu par son ADN. Une preuve que ni lui ni ses avocats ne sont parvenus à remettre en cause lors de l'audition du généticien Olivier Pascal. Le procès se poursuit cette semaine avec les auditions de nombreuses autres victimes.