«Tata Véro», la major renversée par un fuyard, est une figure de la police essonnienne

Agée de 51 ans, elle est à la tête de la brigade de nuit du commissariat de Massy depuis 16 ans. Elle a été fauchée dans la nuit de samedi à dimanche en intervenant sur un camp de gens du voyage aux Ulis. Le chauffard est toujours activement recherché.

 Les Ulis (Essonne), ce dimanche matin. Une policière a été blessée en intervenant sur ce camp de gens du voyage.
Les Ulis (Essonne), ce dimanche matin. Une policière a été blessée en intervenant sur ce camp de gens du voyage. LP/Pauline Darvey

« Tata Véro » est toujours hospitalisée à Clamart (Hauts-de-Seine). C'est par ce surnom affectueux qu'est appelée par ses hommes de la nuit du commissariat de Massy (Essonne) la major de police renversée en intervenant sur un camp de gens du voyage dans la nuit de samedi à dimanche aux Ulis. Ses jours ne sont pas en danger. Ce dimanche matin, elle a été opérée d'un poignet. Elle souffre aussi de l'autre poignet, d'une fracture du bassin et a un hématome au visage. Les médecins préconisent une immobilisation de six semaines.

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« Tata Véro », qui aura 52 ans en janvier, est à la tête de la brigade de nuit depuis 16 ans pour 32 ans de carrière. « Une telle longévité dans un même service, c'est rare », constate une source policière. Elle a gravi tous les échelons jusqu'à atteindre celui de major exceptionnel. « Elle a un côté maternel, c'est pour cela qu'on l'a surnommée Tata, relate un policier qui a servi sous ses ordres pendant quatre années. En 16 ans, elle a vu beaucoup de jeunes passer par la nuit. Tout le monde la connaît en Essonne. Quand j'ai appris qu'elle avait été renversée, ça m'a foutu un coup. Tous les nuiteux (NDLR : surnom donné aux policiers travaillant la nuit) sont sous le choc. » Tous ceux qui l'ont déjà eu au téléphone évoquent son « merki » qu'elle a l'habitude de lâcher pour conclure une conversation.

«C'est quelqu'un de rigoureux qui ne va pas forcer le danger»

Mère d'une fille de 22 ans et originaire de Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), elle est appréciée pour son franc-parler et sa façon de manager ses équipes. Ce policier poursuit : « Elle laisse assez de liberté aux jeunes mais quand ça ne va pas elle sait rappeler à l'ordre. Ça se passe en général le lendemain. Elle vous prend avec elle au poste et quand tout le monde est parti, vous savez que vous allez y avoir droit. C'est une femme à la tête, majoritairement, d'hommes. Elle a dû se faire respecter comme ça. » Cet agent ajoute : « Elle fait des rappels à l'ordre notamment quand les gens prennent trop de risques. C'est quelqu'un de rigoureux qui ne va pas forcer le danger. Cet accident, elle ne l'a pas cherché, c'est l'automobiliste qui est venu la chercher. »

Dans la nuit de samedi à dimanche, vers 1 h 15 du matin, les forces de l'ordre sont dépêchées dans cette zone industrielle des Ulis éloignée de toute habitation pour un différend au sein d'un camp de gens du voyage. Deux hommes ont été vus parmi les caravanes pistolet en main. Sept patrouilles venues des commissariats des environs, dont celui des Ulis et celui de Massy, arrivent sur les lieux.

Une vingtaine d'agents s'apprêtent à pénétrer sur le camp quand trois voitures démarrent en trombe. Les policiers lancent des « stop stick », des herses, qui doivent crever les pneus des voitures. Une Mercedes AMR ne s'arrête pas pour autant, renverse la major et prend la fuite sur trois roues. Les deux autres véhicules sont stoppés et trois hommes âgés entre 29 et 42 ans sont interpellés et dans un premier temps confiés à la sûreté départementale.

«Des faits qui arrivent trop fréquemment»

Des perquisitions sont menées sur place et permettent de mettre la main sur un fusil, un revolver, un pistolet et une importante somme d'argent. Après comptage, il y a 140 000 euros, principalement en billets de 50. Cette découverte pousse le parquet d'Evry-Courcouronnes à ouvrir une enquête pour blanchiment de fraude fiscale.

« Tout le but de l'enquête est de déterminer l'origine de cet argent », explique Caroline Nisand, procureure de la République. D'autres volets des investigations concernent les armes, le refus d'obtempérer et la tentative d'homicide sur la policière. Le direction régionale de la police judiciaire (DRPJ) de Versailles a été saisie. Ce dimanche après-midi, le chauffard n'avait pas été interpellé.

Nicolas Samsoen, le maire (UDI) de Massy, juge ces faits « inacceptables ». Dès ce dimanche matin, il a adressé un message à cette fonctionnaire via le commissaire de la ville. « Elle m'a répondu très gentiment », abonde Nicolas Samsoen.

«L'Essonne paie un lourd tribut»

Clovis Cassan, le maire socialiste des Ulis, a tenu, lui aussi, à témoigner son soutien à cette policière : « Je sais par le commissaire que c'est quelqu'un de très apprécié et de très dynamique, qui est aussi une fonctionnaire consciencieuse. » Ce dimanche matin, l'élu s'est également rendu au poste de police des Ulis. « J'ai pu échanger avec l'équipe de jour, précise-t-il. J'ai senti un peu de résignation face à ces faits qui arrivent trop fréquemment ces derniers temps. »

Claude Carillo, le délégué du syndicat Alliance Police, a dénoncé une « nouvelle tentative de meurtre » contre un policier un mois et demi après qu'un fonctionnaire de la Bac (Brigade anticriminalité) de Savigny-sur-Orge a été renversé par un chauffard en intervention. « Le département de l'Essonne paie un lourd tribut », note le syndicaliste en pensant aussi à l'attaque au cocktail Molotov en octobre 2016 de quatre policiers à l'entrée du quartier de la Grande Borne à Viry-Chatillon.

Chez ses collègues d'Unité-SGP FO, Guillaume Roux demande « qu'une juridiction spécialisée pour les faits d'atteintes aux policiers soit créée ».