Suicide d’Océane, 17 ans : ses proches choqués par la diffusion d’une photo de son cadavre

Océane Alger, 17 ans, avait mis fin à ses jours il y a deux ans en gare d’Evry-Courcouronnes. Un cliché de sa dépouille avait été posté sur les réseaux sociaux. Un drame supplémentaire pour ses proches, qui se mobilisent pour sensibiliser à ces excès.

 Océane, 17 ans, a mis fin à ses jours le 8 mars 2018, après avoir été victime d’une escroquerie.
Océane, 17 ans, a mis fin à ses jours le 8 mars 2018, après avoir été victime d’une escroquerie. DR

En un éclair, le macabre cliché avait fait le tour des réseaux sociaux. Photographié par un homme de tout juste 20 ans, le corps sans vie d'Océane avait été publié sur Snapchat quelques minutes à peine après le suicide de cette adolescente. La jeune fille sans histoires, originaire de Lisses, s'était couchée sur les voies du RER en gare d'Evry-Courcouronnes le 8 mars 2018. Elle avait 17 ans. Victime d'une escroquerie aux chèques volés, orchestrée par son petit ami, elle n'avait pas surmonté la honte et les remords d'avoir été manipulée.

Ce lundi, le tribunal de Paris doit statuer au civil sur le préjudice subi par la famille et les proches d'Océane à la suite de la mise en ligne de cette photo. Sur un plan pénal, l'auteur de cette macabre image n'a jamais été jugé. Il avait écopé d'un simple rappel à la loi alors que les textes prévoient jusqu'à un an de prison et 15 000 euros d'amende pour la diffusion d'images de ce type.

Des familles traumatisées

Depuis le drame, l'entourage de la jeune victime s'est mobilisé pour sensibiliser sur le fléau des photos et vidéos choquantes diffusées via les réseaux sociaux. En février dernier, l'association « Prévention Océane » a été montée dans ce but. Laurence Alger, la sœur aînée d'Océane, en est la très active présidente.

Les proches et d’amis d’Océane sont venus assister au procès de celui qui l’a escroqué. LP/S.M.
Les proches et d’amis d’Océane sont venus assister au procès de celui qui l’a escroqué. LP/S.M.  

« Les personnes qui prennent ce genre d'images de violences, suicide, harcèlements ou viols et les diffusent oublient qu'il y a une famille derrière, martèle Laurence. Et les conséquences pour elles sont énormes. Cette photo d'Océane, je suis tombée moi-même dessus quelque temps après son suicide. C'est un choc bien entendu. Et quand je pense que ce cliché peut encore être conservé dans le smartphone de quelqu'un qui en a fait une capture, ça me fait beaucoup de mal. »

«Sensibiliser et rappeler les lois»

Sur Facebook, Twitter et Instagram, l'association collecte et diffuse des témoignages de victimes ou proches de victimes de ce genre de dérives aux conséquences souvent dramatiques. « Le but est de sensibiliser bien entendu mais aussi de rappeler les lois, poursuit la sœur d'Océane. La personne qui prend et diffuse ce genre de clichés tombe sous le coup de ces textes mais le simple fait de transférer à son tour l'image reçue est aussi un délit. Et ça, il faut que les gens le sachent. Le fameux Tout le monde le fait qu'on peut parfois entendre comme justification n'est pas une excuse. »

L'association travaille aussi sur la déculpabilisation des victimes directes de ces images humiliantes ou diffamantes. « Si un garçon diffuse des photos intimes ou dégradantes de sa petite amie sur les réseaux sociaux, c'est elle qui va se sentir fautive. C'est elle que les internautes vont juger et pas celui qui a mis ces images privées en ligne. C'est un comble », s'indigne Laurence Alger.

Selon elle, le constat est le même pour les victimes de harcèlement scolaire. « Nous sommes là pour dire à ces personnes qu'elles sont bel et bien des victimes. Elles ne sont coupables de rien. Il y a sur ce sujet toute une éducation à reprendre. Pourquoi d'ailleurs ne pas envisager un partenariat avec la communauté scolaire? » propose encore la présidente de Prévention Océane. « Nous ne crions pas justice, conclut-elle. Notre combat tient juste à montrer la façon dont notre société en arrive à se comporter aujourd'hui. »

La famille poursuit également la banque

Jugé en octobre 2019, le dossier d’escroquerie aux chèques volés dont Océane avait été la victime avait abouti à la condamnation de son petit ami. Face au tribunal correctionnel d’Evry, il avait écopé d’un an de prison avec sursis. Les proches de la jeune fille ont également entamé des poursuites contre la banque qui avait encaissé les fameux chèques. « Nous l’avons assignée pour non-respect des engagements contractuels et de l’obligation légale d’information, de prudence et de vigilance », indique Laurence Alger.

« Océane avait alerté son agence bancaire par mail après ses doutes sur la nature des chèques déposés. La veille de son suicide, elle avait même été reçue par le directeur de cette agence. Océane était mineure et mes parents n’ont jamais été alertés. Ce sont des manquements graves pour lesquels nous voulons des explications. »

La sœur de la victime a également adressé le mois dernier un courrier relatant cette affaire au Ministre de la Justice ainsi qu’au Président de la République. « Nous voulons alerter au plus haut niveau sur la banalisation de ces escroqueries aux chèques volés », conclut Laurence Alger.