Sud Essonne : une unité mobile de vaccination pour «aller au plus proche des gens»

Durant deux jours, le centre de vaccination sera ouvert à Angerville avant de rejoindre Milly-la-Forêt. Un dispositif dédié en théorie à ce territoire, mais qui est un point de chute pour tous ceux qui cherchent un créneau.

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 Angerville, ce lundi. Jackie est le premier habitant de la ville de plus de 75 ans à avoir été vacciné.
Angerville, ce lundi. Jackie est le premier habitant de la ville de plus de 75 ans à avoir été vacciné. LP/Nolwenn Cosson

Manche relevée, Jackie s'apprête à recevoir la première dose du vaccin contre le Covid-19. « Vous avez de la chance, vous avez hérité du plus musclé », taquine-t-il l'infirmière. A 78 ans, il est le premier habitant d'Angerville (Essonne) à se faire immuniser.

Ce lundi, à 13 heures, la ville a ouvert les portes de la salle polyvalente Guy-Bonin, qui accueille durant deux jours l'unité temporaire de vaccination. Celle-ci a été mise en place avec le soutien du conseil départemental et du service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de l'Essonne à l'attention des plus de 75 ans.

Les trois autres jours de la semaine, elle sera opérationnelle dans la salle des fêtes de Milly-la-Forêt. Ce dispositif itinérant vient en complément des centres du sud Essonne installés au sein des hôpitaux de Dourdan et d'Etampes. A noter que dans le nord, onze autres centres assurent la vaccination.

Une aide logistique et humaine assurée par le Sdis

« Notre devise est accessibilité et adaptabilité. Angerville et Milly ont été identifiés comme deux pôles de centralité avec, pour les deux, près de 3000 habitants qui rentrent dans les critères de la vaccination. Mais l'idée est de couvrir l'ensemble de ce territoire, ce qui représente un vrai défi logistique, garantit Christophe Deschamps, sous-préfet d'Etampes. Installer des centres permanents aurait été très compliqué. Avec cette unité, nous allons pouvoir aller au plus proche des personnes, avec l'objectif de monter en puissance dans les prochaines semaines. »

Ce sont les sapeurs-pompiers qui sont en charge d'acheminer le vaccin du Centre hospitalier Sud francilien de Corbeil-Essonnes. Ces derniers apportent une aide technique et pourraient être amenés à vacciner des patients, lorsque les infirmiers seront en sous-nombre. Sur une journée complète, une soixantaine de personnes devrait pouvoir recevoir la première dose.

A Angerville, la salle polyvalente est temporairement transformée en centre de vaccination. LP/N.C.
A Angerville, la salle polyvalente est temporairement transformée en centre de vaccination. LP/N.C.  

Afin de sensibiliser un maximum de personnes, la municipalité d'Angerville a contacté ses 272 seniors de plus de 75 ans. « Seuls trois d'entre eux nous ont affirmé ne pas être intéressés », indique Johann Mittelhausser, le maire (SE).

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Sauf que dans les faits, tous les habitants ne sont pas aussi chanceux que Jackie. Faute de rendez-vous, Jean et Maryse n'ont pas pu franchir la porte de la salle polyvalente. « Nous n'avons pas Internet et lorsqu'on appelle le numéro, on nous répond que tout est saturé », s'agace Maryse, inquiète pour son époux. « Je suis cardiaque, explique-t-il. Alors ce vaccin, j'en ai besoin. Mais là on tourne en rond. On ne sait pas comment on va obtenir un rendez-vous. »

Des patients venus de toute l'Ile-de-France

Le plus étonnant, c'est que dans la salle d'attente aménagée par les services de la ville, les patients ne sont en partie ni du sud du département, ni même de l'Essonne. Elisabeth habite avec sa mère dans les Yvelines, à une heure de route de là. « Dans mon département, tout est saturé. Alors j'ai élargi ma recherche à l'Ile-de-France et j'ai trouvé un créneau ici, raconte-t-elle. Je suis enseignante et j'ai un fils à la maison. Je ne veux faire courir aucun risque à ma mère, c'était essentiel qu'elle soit rapidement vaccinée. »

D'autres viennent de Palaiseau, de Mennecy ou encore de Bruyères-le-Châtel. C'est le cas de Monique qui a parcouru 40 km pour rejoindre Angerville. A 83 ans, elle est asthmatique et souffre d'allergies. « Pour aller à la Pitié Salpêtrière (Paris, 13e), j'aurai mis autant de temps. Je suis aussi bien ici, il y a un grand parking et le personnel est aux petits soins », note-t-elle.

Pour cette fin de semaine, c'est la commune de Milly-la-Forêt qui prendra donc le relais. Une organisation similaire sera mise en place la semaine prochaine. Ensuite, cela dépendra des besoins. Et des vaccins disponibles. « L'impact des retards de livraison annoncée par Pfizer sera absorbé en passant de 5 à 6 vaccins réalisés par flacon conformément aux nouvelles instructions du fabricant, et par un dialogue constant avec les centres de vaccination, conclut la préfecture. L'objectif étant d'éviter toute déprogrammation de rendez-vous. »

«J’ai préféré faire la route que de ne pas du tout être vacciné»

François Durovray avait prévenu. « Nous savons qu’il y aura des couacs, notamment dans la prise de rendez-vous », assurait le président (LR) du département le 13 janvier dernier.

Quelques heures après l’ouverture des centres de vaccination au grand public, la liste des fausses notes s’allonge. Lundi matin, sur le site Sante.fr, la plupart des liens de prise de rendez-vous, rattachés à chaque centre de vaccination, étaient inexistants.

En cliquant sur celui d’Etampes, on était redirigé sur celui de… Dourdan. Des problèmes qui ont été corrigés dans l’après-midi mais qui ont piégé Francis. Cet habitant de Ris-Orangis voulait prendre rendez-vous à Montgeron. « Je ne sais pas pourquoi, je me suis retrouvé sur les créneaux disponibles à Angerville, raconte-t-il. J’ai préféré en prendre un là et faire la route que de ne pas du tout être vacciné. »

Toujours sur le site Doctolib, un centre de vaccination est présenté à Briis-sous-Forges, alors qu’il n’est ni référencé par la préfecture ni par le site Sante.fr. « Il y a un vrai manque de transparence autour de toutes ces prises de rendez-vous, déplore un professionnel de santé. Personne ne sait comment sont gérées les prises de rendez-vous, et qui est prioritaire entre ceux qui appellent et ceux qui passent par Internet ? Ne risquons-nous pas de voir des doublons sur un même créneau ? Une sectorisation aurait aussi pu être mise en place pour que ces centres bénéficient d’abord aux habitants de leur territoire. Tout cela est regrettable. »

Contactés, les services de l’agence régionale de santé (ARS) n’ont pas donné suite.