Son projet d’hôtel retoqué, un promoteur attaque la ville de Chilly-Mazarin en justice

Le projet prévoit la construction d’une résidence pour étudiants et jeunes actifs et d’un hôtel le long de l’autoroute A6. «La zone est polluée», justifie la maire PS Rafika Rezgui.

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 Chilly-Mazarin. La résidence sociale pour jeunes étudiants et actifs doit abriter 119 logements.
Chilly-Mazarin. La résidence sociale pour jeunes étudiants et actifs doit abriter 119 logements. DR

La façade de l'hôtel aurait dû surplomber l'autoroute A6 au niveau de la bretelle de sortie de Chilly-Mazarin (Essonne). À quelques mètres de là, c'est une résidence sociale pour jeunes étudiants et actifs de 119 logements qui auraient dû voir le jour.

Ce projet de construction sur un terrain de 5 500 mètres carrés appartenant au service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de l'Essonne par le promoteur High Square Invest est aujourd'hui à l'arrêt. La municipalité, dirigée depuis mai dernier par Rafika Rezgui (PS), a refusé le permis de construire déposé le 16 mars dernier.

Une décision jugée « illégale » par Yon Badaya, le président de cette société qui vient de déposer un recours en contentieux devant le tribunal administratif. « Cela fait presque deux ans que nous travaillons sur ce projet. Un bailleur social s'est déjà engagé auprès de nous pour la résidence, et nous avons reçu les avis favorables de la préfecture et de la région, détaille le maître d'ouvrage. Pour l'hôtel, nous sommes déjà en contact avec un opérateur international. C'est un projet de 15 M€. Et tout ça doit s'arrêter parce que la maire considère qu'il faut stopper les constructions sur sa commune ? Il n'y a rien de valable dans les motifs évoqués pour justifier ce refus. »

Une zone polluée selon la maire

De son côté, Rafika Rezgui assure s'être appuyée sur les recommandations de l'Architecte des Bâtiments de France (ABF), mais aussi sur un rapport de l'autorité environnementale. « La zone est polluée, assure l'élue. Le projet se situe juste à côté d'une bretelle d'autoroute régulièrement encombrée. Sur ce terrain, nous avions un temps envisagé la construction d'une caserne de pompier. Pas d'y faire vivre des personnes qui seront directement exposées aux rejets des voitures. »

Des arguments balayés d'un revers de main par Yon Badaya, qui s'appuie sur un état initial de la qualité de l'air sur le secteur réalisé cet été, à sa demande, par le bureau d'études Ispira. Dans ce rapport, on peut lire que, s'agissant du benzène classé comme cancérogène, « le respect de la valeur limite et de l'objectif de qualité pour l'année 2020 est très probable sur la zone du projet ».

Concernant le dioxyde d'azote, il est indiqué que « l'ensemble des points sur la durée restreinte de la campagne présente des concentrations inférieures à la valeur limite annuelle en vigueur ». Avant de préciser qu'il serait nécessaire de mener une étude sur une plus longue durée. En revanche, il n'a pas été possible de rendre des conclusions précises pour les particules fines, à l'origine de nombreux problème de santé.

«Pour un petit promoteur comme nous, c'est une catastrophe»

« En ce qui concerne l'ABF, ce n'est qu'une histoire de haies, et de peinture blanche sur le parking. Ces motifs ne tiennent pas la route, s'agace Yan Badaya. C'est un permis que nous avons monté en concertation avec l'ancienne municipalité (qui n'a pas donné suite à nos sollicitations). Nous avons engagé des frais sur ce dossier et tout ça va s'arrêter parce que nous avons changé de majorité ? C'est une catastrophe pour un petit promoteur comme nous. »

Une colère qui n'entache pas la détermination de la nouvelle maire. Cette dernière vient de lancer la révision du Plan local d'urbanisme de la commune. « Depuis ma prise de fonction, nous avons rencontré une trentaine de promoteurs qui avait engagé des discussions avec l'ancienne majorité, précise l'élue. Nous leur avons expliqué que nous voulions des temps d'échange avec la population afin de déterminer avec eux ce dont la ville avait besoin. Nous ne sommes pas contre des constructions : deux projets ont reçu notre aval, un troisième sera soumis à consultation dans le courant du mois. Nous voulons des projets qui respectent la régularité et qui correspondent aux besoins des habitants. »

Le projet de résidence et l’hôtel devaient voir le jour sur ce terrain qui longe l’A6. LP/N.C.
Le projet de résidence et l’hôtel devaient voir le jour sur ce terrain qui longe l’A6. LP/N.C.  
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C'est sur ce dernier point que Yan Badaya met l'accent. Le promoteur rappelle que la ville manque de logements sociaux. « Notre projet, équilibré et comprenant des composantes économiques et sociales, à proximité d'une gare, d'un futur tramway et à 15 km de l'aéroport d'Orly, répond aux besoins des jeunes du territoire comme des habitants de la région, conclut-il. Les décisions de la mairie ne seront pas sans conséquences pour eux. »