«Se venger, ça ne sert à rien» : à Massy, les familles disent stop aux guerres de bandes

Après le décès d’un jeune de 20 ans cet été, les agressions entre les quartiers Emile-Zola et Opéra ont repris, faisant quatre blessés cette semaine. La mairie, la police et les habitants se sont réunis ce samedi pour tenter de trouver des solutions.

 Massy, lycée Parc de Vilgénis. C’est aux abords de ce lycée et du lycée Fustel-de-Coulanges que des jeunes ont été agressés.
Massy, lycée Parc de Vilgénis. C’est aux abords de ce lycée et du lycée Fustel-de-Coulanges que des jeunes ont été agressés. LP/G.M

« Les parents des quartiers Emile-Zola et Opéra, on arrive à se dire bonjour, mais les jeunes, non. » Nadia, habitante de Massy (Essonne) depuis 1985, tire un constat amer. Depuis cet été, et la mort d'un jeune homme de 20 ans, les tensions entre les deux camps sont exacerbées.

Deux violentes agressions devant les lycées de Massy cette semaine ont fait quatre blessés (voir plus loin). Ce qui a poussé la municipalité à convoquer un Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance extraordinaire (CLSPD) jeudi dernier, puis une réunion publique ce samedi.

Les parents étaient invités à s'y exprimer afin de trouver des solutions aux côtés des élus et de la police. Dans la salle de l'espace Liberté, 70 à 80 personnes ont répondu présent. Dont une moitié de parents, surtout des mères de famille. Elles ont assailli de questions le maire, ses adjoints, la nouvelle commissaire de Massy, son commandant et le nouveau sous-préfet de Palaiseau, assis face à eux sur l'estrade.

Des matchs de foot pour rapprocher les jeunes

Une première mère se lève et se saisit du micro. « Mon fils de 17 ans s'est fait agresser à Emile-Zola. Je veux comprendre à quoi servent les caméras ? » L'usage des caméras « ne peut se faire que dans le cadre d'une procédure judiciaire », rappelle Nicolas Samsoen, le maire (UDI). « On les a déjà beaucoup renforcées. Pour pouvoir les exploiter, il faut que les victimes déposent plainte », insiste-t-il. « Et je rappelle que vous pouvez le faire sous X », complète Alexander Grimaud, le sous-préfet.

« À cause des agressions, les gamins arrêtent l'école, déplore Nadia, inquiète de la tournure des événements. On doit être unis, on ne veut pas en perdre plus. Se venger, ça ne sert à rien. Une mère va encore pleurer. Les enfants doivent enterrer les parents, pas l'inverse ! »

Issues de quartiers rivaux, les mères qui se succèdent au micro expriment la même douleur. Les propositions de solutions se font plus rares. « On pourrait organiser un match de foot pour réunir les deux clans », suggère Nadia. Quelques éclats de voix parcourent la salle. « Cet été, on a organisé un tournoi, explique un adjoint au maire. Le problème, c'est que les jeunes des quartiers concernés ne se déplacent plus pour éviter les agressions. »

«C'est à nous, parents, de régler le problème»

Fati Mehigueni, directeur technique du FC Massy y croit. « Au club, on est parfois victimes de ces tensions, déroule-t-il. On a émis l'idée d'un stage d'excellence à Sochaux, qui mêlait des jeunes de Zola et de la Place-de-France. Au début, ils se regardaient en chien de faïence. Après un ou deux jours, ils jouaient ensemble sans problème. Pour nous, ça a marché ».

Une autre mère suggère de créer un groupe WhatsApp entre les parents des deux quartiers. « On pourrait se tenir informés rapidement de ce qu'il se passe », justifie-t-elle. « Ça ne change rien. Je connais bien la mère de celui qui a agressé mon fils ! » répond une maman. « C'est à nous, parents, de régler le problème », appuie un père de famille.

Massy, espace Liberté, ce samedi. Une mère exprime sa douleur lors d’une réunion organisée par la mairie sur les guerres de bandes entre Emile-Zola et Opéra. LP/B.S.
Massy, espace Liberté, ce samedi. Une mère exprime sa douleur lors d’une réunion organisée par la mairie sur les guerres de bandes entre Emile-Zola et Opéra. LP/B.S.  

Pour Dawari Horsfall, conseiller municipal d'opposition, « les parents doivent agir avant et après les tensions, mais pas pendant. C'est le rôle de la police ». Il lance une pique à la mairie sur sa politique éducative. S'ensuit un brouhaha auquel le maire veut mettre fin. « On ne peut pas parler ! » lance Dawari Horsfall avant de quitter la salle, suivi par plusieurs personnes. « Merde, il y a un gamin qui est mort et vous venez faire de la politique ! » s'emporte le maire.

Des policiers supplémentaires aux abords des lycées

Lorsque l'échange reprend, une mère les sermonne : « Je suis déçue, vous faites une réunion entre élus alors que vous étiez sensés écouter les habitants ». Applaudissements nourris. « Il y a un problème de génération, reprend-elle. On doit se tenir la main pour ne pas passer notre temps à pleurer. » « Si nos enfants se tuent, c'est à cause de la drogue ! », estime une autre maman. « Mais non, le gamin qui a été poignardé devant le lycée n'était pas dans un hall en train de vendre du shit ! » réplique Nadia.

Nicolas Samsoen annonce que des policiers supplémentaires patrouilleront aux abords des lycées. Un meilleur « suivi des victimes » devrait également être assuré, notamment pour la famille du jeune assassiné en juillet et les quatre lycéens blessés cette semaine. « Il faut éviter qu'ils aient envie de se faire vengeance eux-mêmes », justifie l'édile.

Pour le sous-préfet, la « confiance des habitants envers la police et la justice », en berne, doit être renforcée. Un avis partagé par Coumba Diawara, qui gère une association à Emile-Zola depuis dix ans. « On a besoin de connaître le rôle de la police, estime-t-elle. Il faut aussi accompagner les jeunes mamans et leurs enfants depuis tout petit. » Quant aux jeunes impliqués dans les rixes, elle estime qu'ils « ne viendront pas nous parler. Il faut aller vers eux ». Aucun n'était dans la salle ce samedi.

Quatre victimes devant les lycées depuis la rentrée

Les rivalités entre quartiers ont fait quatre victimes cette semaine à Massy. « Deux événements ont eu lieu », détaille la commissaire lors de la réunion publique de ce samedi.

Mercredi après-midi, boulevard du 1er-Mai (entre les lycées Vilgénis et Fustel-de-Coulanges) un jeune de Zola a été « attaqué au couteau » par une bande de huit jeunes d’Opéra. Hospitalisé, ses jours ne sont pas en danger.

Le lendemain matin, très tôt, trois jeunes de Zola se sont présentés devant le lycée Fustel-de-Coulanges pour en découdre. Ils ont cette fois-ci agressé plusieurs jeunes d’Opéra, faisant trois blessés. « Grâce à l’exploitation des caméras et des prélèvements biologiques, trois individus ont été identifiés pour la première affaire », indique la commissaire.

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