Savigny-sur-Orge : la Ferme de Champagne, l’école de la deuxième chance

Ce site travaille pour la réinsertion des jeunes passés par la case justice en proposant des formations professionnelles. Il ouvrait ses portes au public ce lundi.

 Savigny-sur-Orge, 16 octobre 2017. Les cuisines du restaurant d’application La Ferme Champagne
Savigny-sur-Orge, 16 octobre 2017. Les cuisines du restaurant d’application La Ferme Champagne  Le parisien

Quiche lorraine, quenelles aux écrevisses et crumble aux prunes. Le menu du jour met l'eau à la bouche. Derrière les fourneaux, les cuistots et commis qui s'activent n'ont pas un profil banal. Ils ont entre 16 et 21 ans et la majorité d'entre eux à déjà eu à faire à la justice. Dans le restaurant d'application de La Ferme de Champagne de Savigny-sur-Orge, ils travaillent pour se remettre en selle. Suivre une formation, respecter des règles, des horaires, c'est le contrat passé avec l'Unité éducative d'activités de jour (UEAJ) installée sur la commune. Cette structure ministérielle dépend de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Elle œuvre chaque année pour l'insertion de dizaines de mineurs et jeunes adultes sous mandat judiciaire sur le site de La Ferme de Champagne, ouvert au public ce lundi dans le cadre des portes ouvertes de la PJJ.

« Ils préparent des certificats de qualification professionnelle de commis de cuisine, serveur ou employé polyvalent de restauration, indique Manuel Deville, responsable d'unité éducative de l'UEAJ de Savigny. Cette année, quatre jeunes ont été certifiés. » Faute de moyens, la cuisine ne dispose plus d'un formateur agréé. Pour assurer la continuité de la formation, les responsables ont dû improviser. « Nous avons passé un accord avec Form'Alacarte, une entreprise de Sainte-Geneviève-des-Bois, poursuit Manuel Deville. Elle nous met à disposition des profs de cuisine. En contrepartie, la société peut utiliser nos installations pour assurer ses formations. »

Aussi des formations de comédien-animateur

Plus loin, le plateau logistique et transports dispense des formations en alternance de préparateur de commandes et caristes. « Vu le nombre de plateformes logistiques en Ile-de-France, les débouchés sont nombreux, note Manuel Deville. Là comme en atelier cuisine, on s'efforce de mélanger les publics. On mêle nos jeunes suivis par la PJJ à un public plus classique de demandeurs d'emploi. Ça participe aussi à la réinsertion. »

Installée depuis près de 25 ans à la Ferme de Champagne, la Compagnie Ecole théâtre du Fil prend elle aussi sa part dans ce travail de réinsertion. « On propose des formations de deux ans de comédien-animateur aux jeunes PJJ mais aussi des ateliers oralités », indique Marielle Rémy, coordinatrice de ce théâtre. Passionné de cinéma, Jamil, 17 ans, suivi par la PJJ, semble y avoir trouvé sa voie. « C'est un espace de liberté où on croise des personnes de tous les milieux. On y développe la confiance en soi mais aussi ses capacités à s'exprimer. »

Plus de 70 ans de justice des mineurs

La Ferme de Champagne, site historique en termes de justice des mineurs, ouvre ses portes le 1er juillet 1945. La structure devient alors un centre d’observation public de l’Education surveillée (COPES) et le restera jusqu’en 1972. Sa vocation est d’accueillir durant trois mois les jeunes garçons âgés de 13 ans à 20 ans et ayant eu des démêlés avec la justice. Durant ce laps de temps, les pensionnaires sont évalués et soumis à une batterie de tests afin d’aider le juge des enfants à se prononcer sur leurs cas.

A partir de 1976, la Ferme de Champagne devient une Institution spéciale de l’Education Surveillée (ISES) qui prend son jeune public en charge pour une période plus longue. Elle est ensuite transformée en centre de placement immédiat avant de devenir centre éducatif fermé (CEF) en 2009. Il accueille aujourd’hui douze mineurs (16-18 ans) pour une durée de six mois renouvelable une fois.