Ris-Orangis : pourquoi 5 ans après sa construction, la maison de santé est-elle toujours vide ?

Cet équipement qui a coûté 20 millions d’euros pourrait accueillir au moins 7 praticiens. Mais depuis 2015, les locaux ne sont toujours pas en service. Le maire dénonce la gestion de l’association en charge de cette maison médicale.

 Ris-Orangis, ce mardi 25 août 2020. La maison d’accueil spécialisée de la Briancière, qui accueille des handicapés, fait également l’objet d’une enquête pour « violences sur personnes vulnérables ».
Ris-Orangis, ce mardi 25 août 2020. La maison d’accueil spécialisée de la Briancière, qui accueille des handicapés, fait également l’objet d’une enquête pour « violences sur personnes vulnérables ». LP/B.S

Une balnéothérapie, une salle de soins de kinésithérapie et plusieurs cabinets pour des médecins et d'autres professionnels de la santé. « Cette maison médicale aurait de quoi faire rêver n'importe quel praticien, estime Stéphane Raffalli, le maire socialiste de Ris-Orangis. Les locaux sont lumineux et ultramodernes. »

Problème : depuis sa construction il y a cinq ans, cet équipement flambant neuf, qui se trouve à l'intérieur de la Maison d'accueil spécialisée (Mas) de la Briancière à Ris-Orangis, est toujours vide. « C'est inadmissible, s'indigne Stéphane Raffalli. Tout cela a été financé par de l'argent public et nous avons un manque criant de médecins dans la ville. »

«Inertie» et «gestion opaque»

En cause, selon lui, « l'inertie » et la « gestion opaque » de l'association Altérité, qui est en charge de ce centre où sont accueillis une cinquantaine d'adultes polyhandicapés. En 2015, lorsque cette structure a ouvert, Altérité devait également s'occuper de recruter des praticiens pour la maison médicale attenante. Au moins sept pourraient y proposer leurs services.

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« C'était le contrat de départ, rappelle l'élu. L'idée, quand nous leur avons vendu le terrain à un prix avantageux en 2012, c'était de créer des ponts avec la ville et d'avoir une logique inclusive. Il y a, par exemple, un auditorium au sein de cette Mas, qui accueille des spectacles ou des fêtes associatives. »

« Une partie des locaux de la Mas la Briancière devait être mis à disposition de ce projet de Maison de santé pluriprofessionnelle (MSP), appuie l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France, qui a financé en grande partie l'ensemble de ces équipements estimés environ à 20 millions d'euros. Néanmoins, l'association Altérité n'a pas réussi à fédérer une équipe de professionnels de santé pour intégrer ces locaux et monter ce projet de maison médicale. »

« J'ai reçu des refus systématiques »

Stéphane Raffalli assure pourtant avoir présenté à plusieurs reprises des candidats à Altérité. « Quand j'ai vu que le projet tardait à se mettre en place, je leur ai proposé plusieurs candidatures de médecins, retrace-t-il. Mais j'ai reçu des refus systématiques de l'association, sans avoir de réelles justifications. »

« En 2018, j'ai même financé un assistant à maîtrise d'ouvrage pour les aider à définir le projet, ajoute l'élu. Mais ça n'a pas fonctionné non plus. Ils n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur le type de maison de santé qu'ils voulaient mettre en place. »

Quelques mois plus tard, Stéphane Raffalli décide d'écrire à l'ARS pour dénoncer cette situation. « Je ne peux que vous alerter sur l'attitude des dirigeants de cette association qui, en plus du faible intérêt porté à l'ouverture de la Maison de santé, met clairement en échec toute tentative d'implantation de médecins dans son centre, leur indique-t-il dans un premier courrier, qui sera suivi d'une relance en septembre. Ainsi, l'inertie et la mauvaise volonté caractérisée des dirigeants de cette association rendent inopérants les investissements de l'Etat et de l'ARS d'ores et déjà réalisés. »

« Une commission travaille sérieusement dessus »

Dernièrement, le groupe Ramsay Santé s'est montré intéressé par le projet. « C'est une candidature qui présente de nombreux avantages, certifie le maire. Mais, là encore, nous avons reçu un refus catégorique d'Altérité, sans aucun fondement rationnel. »

En réponse à nos sollicitations, l'ARS confirme « des discussions avec un porteur privé de centre de santé en cours depuis une dizaine de mois » qui n'ont pas abouti « malgré leur intervention et celle de la mairie de Ris-Orangis ».

Contacté, le président d'Altérite, Jacky Besson affirme que l'association « travaille sérieusement sur ce projet depuis cinq ans avec la volonté d'aboutir ». « Dès que nous pourrons, nous ferons cette maison de santé. Mais toutes les propositions que nous avons eues pour le moment ne convenaient pas », martèle-t-il sans plus de précisions.

Enquête pour «violences sur personnes vulnérables»

Ces derniers mois, les dossiers s'accumulent contre cette association, qui gère une vingtaine de structures pour handicapés dans le département. Comme nous l'avions révélé fin août, Jacky Besson est visé par une plainte pour abus de biens sociaux. L'intéressé, qui est soupçonné d'avoir détourné près de 300 000 euros d'une autre structure, nie les faits.

Une enquête préliminaire a également été ouverte au sein de la Mas pour « violences sur personnes vulnérables » et « non-dénonciation de mauvais traitements sur personnes vulnérables ». Des affaires susceptibles d'expliquer l'ouverture tardive de cette maison médicale? « Il y a des enquêtes sur ces sujets, balaie Stéphane Raffalli. Je ne veux pas rentrer là-dedans. » L'élu reconnaît pourtant que les dernières révélations du Parisien sur les faits supposés de maltraitance à la Mas « ont contribué à libérer sa parole ».