Viols en forêt de Sénart : « Vous ne pouvez pas condamner Aïssa Z. à moins de 20 ans de prison »

L’avocat général a requis 20 ans de prison à l’encontre de cet homme de 45 ans, accusé d’avoir commis 34 viols ou agressions sexuelles entre 1995 et 2001. Ses avocats ont plaidé l’acquittement.

 Le violeur présumé aurait fait une trentaine de victimes dans cette forêt périurbaine, située à cheval sur l’Essonne et la Seine-et-Marne, entre 1995 et 2001.
Le violeur présumé aurait fait une trentaine de victimes dans cette forêt périurbaine, située à cheval sur l’Essonne et la Seine-et-Marne, entre 1995 et 2001. Leparisien

« J'aurais pu requérir l'acquittement de Monsieur Aïssa Z. Pourtant au vu de ce dossier je vous dis qu'il est coupable. » Ce mercredi matin, à l'avant-dernier jour du procès de l'affaire des viols de la forêt de Sénart, Marc Mulet, l'avocat général, déroule un réquisitoire sans appel à l'encontre de cet homme de 45 ans, accusé d'être le « violeur à la mobylette » ou encore « le violeur de la forêt de Sénart ».

Depuis le 15 septembre, la cour d'assises de l'Essonne juge ce quadragénaire soupçonné d'avoir commis 34 viols, tentatives de viols et agressions sexuelles entre 1 995 et 2 0 01 dans cette forêt périurbaine, située à cheval sur l'Essonne et la Seine-et-Marne.

Pour ces faits niés en bloc par l'accusé, le magistrat a requis la peine maximale, soit 20 ans de prison ferme. « Je ne vois pas comment vous pouvez le condamner à moins pour ces 34 viols, insiste l'avocat général, en s'adressant aux jurés qui devront délibérer ce jeudi. Monsieur Z. se moque de la justice et des victimes. » « On va vous poser 42 questions, poursuit-il. Je vous demande de dire oui à chaque fois à la culpabilité de Monsieur Z. »

« Ce ne sont pas des numéros mais des vies brisées »

Une culpabilité qui se fonde, selon lui, d'abord sur un élément crucial de ce dossier : l'ADN. « Face à cette évidence-là, il y a très peu de moyens de s'en sortir », tranche-t-il. En 2015, ce sont justement les analyses de traces de sperme retrouvées sur des vêtements de certaines victimes et dans un préservatif qui ont permis aux enquêteurs de remonter jusqu'à l'accusé vingt ans après les faits.

Mais la fiabilité de ces preuves scientifiques a été contestée à de nombreuses reprises dans ce dossier. « Toutes les expertises ont fait l'objet de recours, abonde le magistrat. Mais personne n'a réussi à faire annuler la dernière. Et on nous dit de celle-ci qu'il y a un milliard de milliards de risques que l'ADN ne soit pas celui de Monsieur Z. »

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Et pour Marc Mulet, ces analyses génétiques sont loin d'être les seules à accuser Aïssa Z. « Il y a aussi toujours ce même mode opératoire et cette même description physique », argue-t-il, avant de poursuivre sa démonstration par un examen méticuleux du dossier. Pendant plus de quatre heures, l'avocat général revient sur les agressions subies par chacune des victimes. « C'est long mais je crois que c'est important pour elles, justifie-t-il. Ce ne sont pas des numéros, ce sont des vies brisées, avec de l'autre côté de la balance une minable éjaculation. »

Marc Mulet ajoute à cette longue liste les témoignages de certaines femmes dont les plaintes n'ont pas été versées au dossier. « Nous avons 34 victimes mais une cinquantaine de plaignantes », rappelle-t-il. « Que les choses soient claires, vous ne jugerez Aïssa Z. que sur les faits qui lui sont reprochés, lance-t-il aux jurés. Mais si j'avais été juge d'instruction, j'aurais renvoyé plus de victimes devant la cour d'assises. Car si l'ensemble de ces agressions n'ont pas été commises par la même personne, cela fait naître un doute sur le fait qu'il y a peut-être un deuxième agresseur. »

« Je ne suis pas capable de montrer un zizi à un médecin ? »

Or, selon lui, le récit livré par les plaignantes démontre justement que l'auteur est le même. « Elles ont toutes vécu la même chose, c'est toujours le même scénario, répète-t-il à plusieurs reprises. C'est quelqu'un qui arrive à cyclomoteur, qui a un casque intégral, qui simule une panne, qui attrape ses victimes par derrière quand elles passent devant lui, qui les tire par les cheveux, qui les violente, qui demande un acte sexuel en menaçant, qui n'est pas en érection, qui se masturbe contre elles, qui éjacule très rapidement et qui s'excuse après les faits. »

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Un seul élément aurait, d'après lui, pu disculper l'accusé : la taille de son pénis. « Les victimes ont toutes décrit un micro-pénis. Si Monsieur Z. me prouve le contraire, je m'assois et je requiers l'acquittement. Mais il a toujours refusé cet examen médical. »

Or, pour l'avocat général, ce refus résonne comme un élément à charge supplémentaire. « Quand je risque 20 ans de prison, je ne suis pas capable de montrer mon zizi à un médecin ?, questionne-t-il. Si Monsieur Z. ne veut pas, c'est parce qu'il a -et je l'affirme - un micro-pénis. »

« Les victimes attendent qu'il dise pardon »

Face à lui, dans le box des accusés, Aïssa Z. ne sourcille pas. Carrure trapue, lunettes fines et crâne chauve, le quadragénaire garde les yeux rivés sur l'avocat général et écoute ce long réquisitoire, impassible. Deux jours plus tôt, lors de son dernier interrogatoire, il a, de nouveau, clamé son innocence et fermement nié les faits qui lui sont reprochés. Cet ancien chauffeur de bus a notamment accusé le laboratoire d'avoir commis des erreurs, ses premiers avocats de l'avoir mal conseillé et les psychiatres d'avoir menti.

« Les victimes, elles n'attendent qu'une chose : c'est que Monsieur Z. leur dise pardon, assure encore Marc Mulet. Ça arrive qu'il y ait des moments de grâce dans les cours d'assises. Mais là, ce moment d'espoir est devenu une mise en cause des témoignages, des experts et de l'institution judiciaire. Tout ça parce qu'Aïssa Z. n'est pas capable de reconnaître ce qu'il a fait. »

« Encore faut-il que la personne qu'on accuse soit celle qui ait réellement commis les faits », rétorque Maître Cloé Fonteix, l'une des deux avocates de l'accusé, en préambule de sa plaidoirie. « Peut-on avoir confiance en ces expertises, interroge-t-elle, avant de tenter de démontrer point par point le manque de fiabilité des analyses génétiques du dossier. « Il faut être prudent avec l'ADN », abonde-elle.

« Si c'était lui, on l'aurait arrêté avant »

Plusieurs éléments vont, selon elle, à l'encontre de ces preuves scientifiques. « Si c'était Monsieur Z., on l'aurait arrêté à l'époque, estime-t-elle. À ce moment-là, il y avait eu des investigations poussées dans son quartier à Corbeil-Essonnes. C'est un petit quartier, on ne peut pas ne pas voir cet homme faire des allers-retours avec 11 cyclomoteurs différents. »

Maître Fonteix s'attarde aussi sur certaines descriptions physiques qui ne collent pas au profil de son client. « Plusieurs victimes parlent d'un beau visage avec un nez fin, avance-t-elle. Or, un nez ça ne change pas et Monsieur Z n'a pas un nez fin. »

« Ce doute doit profiter à l'accusé », martèle Maître Gabriel Dumenil, son autre avocat, qui plaide, comme sa consœur, l'acquittement d'Aïssa Z. « Les témoignages des victimes divergent, certaines parlent "d'un sexe plutôt long" ou "hors norme" », pointe-t-il, avant de lister tous les détails qui diffèrent dans les récits des parties civiles.

« Trois autres personnes au moins peuvent correspondre au profil et aux faits qui sont reprochés à Monsieur Z., met-il en évidence. Or, rien ne correspond chez lui. » « Au vu des contradictions et des erreurs de ce dossier, je vous demande de considérer que Monsieur. Z est innocent », conclut-il en s'adressant à la cour.

Jeudi matin, son client aura la parole une dernière fois, avant que la cour ne se retire pour délibérer.