«Pour aller au parloir, je fais du stop» : à la prison de Fleury-Mérogis, le bus principal ne passe plus

Pour fluidifier le trafic, Keolis a supprimé cet arrêt de bus de la ligne DM05 utilisée par les familles et le personnel pénitentiaire depuis la rentrée. Une pétition réclame son retour.

 Fleury-Mérogis, ce vendredi 18 septembre 2020. L’arrêt de bus de la ligne DM05, principale ligne d’accès à la prison, n’est plus desservi.
Fleury-Mérogis, ce vendredi 18 septembre 2020. L’arrêt de bus de la ligne DM05, principale ligne d’accès à la prison, n’est plus desservi. LP/Bartolomé Simon

On les reconnaît aux nombreux sacs plastiques qu'elles portent à bout de bras, la démarche lente. Les proches des détenus de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, souvent des femmes, des mères ou des sœurs, parcourent la longue avenue des Peupliers pour leur rendre visite. Depuis la rentrée, leur chemin s'est encore allongé : l'arrêt de bus « Maison d'arrêt de Fleury-Mérogis », sur la ligne principale DM05, n'est plus desservi.

« J'ai été obligée de faire du stop pour venir, j'ai failli être en retard au parloir, déplore une femme de détenu, croisée devant la prison. J'ai découvert qu'ils avaient supprimé l'arrêt ce matin. Avec mes deux enfants, c'est galère, il faut faire toute la marche depuis le Quick (NDLR : environ 20 minutes à pied). Déjà que le bus n'était pas régulier, alors s'il n'existe plus… »

La galère des familles pour rejoindre la prison

Avant le 31 août, le bus DM05 reliait Paris aux portes de la prison. Ce vendredi, ses arrêts sont désespérément vides. « J'ai pris un Heetch pour venir aujourd'hui, confie une proche de détenu, masque sur le nez, sur le parking de la maison d'arrêt. Je viens assez souvent, parfois je m'y fais conduire, mais le bus, je vais devoir oublier. C'est pas du tout pratique. »

Le DM05, « c'était la desserte la plus simple pour Fleury », résume Manon Ventura, de l'association Faresol, qui a lancé une pétition pour sauver la ligne. Elle cumule plus de 1600 signatures ce lundi. Pour l'association, supprimer cet arrêt est une hérésie. « Deux détenus ont été libérés cette semaine, ils sont sortis, ont attendu le bus devant la prison… en vain », regrette-t-elle.

Deux autres lignes de bus insuffisantes

Faresol juge les alternatives à la ligne DM05 très peu pratiques. Deux autres lignes subsistent : la 510, au départ de la gare RER de Grigny, « qui ne passe jamais dans les faits », selon Manon Ventura, et la 109, depuis la porte d'Orléans, « une fois par heure, de 10 à 16 heures ». « Les familles sont obligées de prendre le RER très tôt pour aller à la gare de Grigny », déplore l'associative.

Alors, pourquoi les bus ne s'y arrêtent-ils plus ? « Le crochet par le centre pénitentiaire de Fleury-Mérogis a été enlevé pour améliorer le temps de trajet des voyageurs », répond Keolis Seine Essonne. Le groupe affirme avoir par ailleurs renforcé le nombre de bus sur la ligne DM05, auparavant saturée. Elle transporte entre 6000 et 8000 voyageurs par jour.

Selon Keolis, seules « 190 personnes environ » descendaient à l'arrêt chaque jour. « Soit 2 % du trafic de la ligne », précise le groupe. Dès lors, « ce crochet rallongeait le temps de parcours de 7 minutes pour les autres voyageurs ». Une employée de la prison s'étonne : « Il y a quand même du monde qui utilise cet arrêt, souvent des mamans seules, note-t-elle. C'est déjà dur, psychologiquement, de rendre visite à des détenus, alors sans l'arrêt… ».

La région Ile-de-France interpellée à ce sujet

Considérant que le maintien de la ligne relève d'un « service public », l'association Faresol a sollicité l'agglomération Cœur d'Essonne. Vendredi 18 septembre, cette collectivité a envoyé un courrier à Valérie Pécresse, présidente (Libres !) d'Ile-de-France Mobilités, pour l'alerter sur la situation. Dans cette missive, que nous avons pu consulter, les élus expliquent avoir validé la suppression de l'arrêt à Fleury sur la ligne DM05 en concertation avec Keolis. Mais à condition qu'il soit compensé par des arrêts du bus 510 à la prison. Qui se font trop rares.

« Il semble malheureusement […] que cette ligne n'offre pas le même niveau de service que la ligne DM5, avec des bus fréquemment supprimés et des horaires irréguliers », s'alarme l'agglomération. Elle réclame « une amélioration de la desserte de la maison d'arrêt, soit par une desserte de la ligne DM5 aux heures de pointe du matin et du soir, soit par une amélioration du service sur la ligne 510. »

Des difficultés de desserte dans d'autres prisons

Des problèmes d'accès aux prisons souvent signalés à la section France de l'Observatoire international des prisons (OIP). « En Ile-de-France, cela concerne Fleury, mais aussi le centre pénitentiaire de Réau ou la maison d'arrêt de Bois d'Arcy, indique Sarah Bosquet, chargée d'enquête à l'OIP. Pour les proches, se rendre à un parloir d'une demi-heure représente un investissement émotionnel et parfois plusieurs heures de transports. »

Pour Sarah Bosquet, les familles « n'ont pas attendu que l'arrêt ferme pour s'organiser en co-voiturage ». Pour autant, sa suppression risque d'en dissuader certaines de se rendre aux parloirs. « Ils représentent pourtant un soutien matériel très concret pour les détenus », note-t-elle.