Plateau de Saclay : encore en travaux, la résidence provoque la colère des étudiants

Des familles ont préféré retirer leur enfant, estimant que les conditions d’accueil étaient déplorables. Le promoteur évoque des retards causés par l’arrêt des chantiers lors du premier confinement.

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 Palaiseau. Cette résidence accueille déjà des étudiants alors que les travaux ne sont pas encore finis. Des familles ont retiré leur enfant trouvant la situation inadmissible.
Palaiseau. Cette résidence accueille déjà des étudiants alors que les travaux ne sont pas encore finis. Des familles ont retiré leur enfant trouvant la situation inadmissible. LP/Cécile Chevallier

Au-dessus de la porte d'entrée, une affiche annonce « résidence ouverte ». Sage précaution car de prime abord, le doute est permis : des barrières de chantier encadrent le bâtiment, un engin est stationné devant et plusieurs ouvriers s'activent. Sur le plateau de Saclay, au cœur du quartier Polytechnique à Palaiseau, la résidence All Suites Study accueille des étudiants alors que le chantier, lui, n'est pas fini. A tel point, que certaines familles ont préféré quitter les lieux.

700 euros par mois pour vivre dans le bruit

Pour Frédéric Canto, la découverte a été un choc. « Nous y avons installé mon fils à la rentrée de septembre, témoigne ce père de famille, également maire de Saint-Aubin-sur-Scie (Seine-Maritime). Il est en 3 e année dans une école d'ingénieurs. En lui cherchant un studio, on avait trouvé cette résidence. Sur Internet, ça avait l'air top. »

Malgré les 700 euros de location mensuels, ils font une demande de logement. « C'était parmi l'une des résidences les chères du coin, mais ça avait l'air vraiment bien sur le papier. On a vite déchanté quand on a emménagé notre fils à la fin des grandes vacances. Jamais on nous a prévenus de la situation. »

Sur place, le père et le fils découvrent un immeuble encore en chantier. « Toutes les parties communes sont en travaux, poursuit Frédéric Canto. On entre dans la résidence comme dans un moulin car la porte d'entrée n'est pas encore sécurisée. Des fils pendent de partout, il manque des garde-corps sur des passerelles… Après la tempête Bella fin décembre, de la tôle ondulée avait volé de partout, des fenêtres ont été cassées… Heureusement, les studios sont impeccables. »

La porte d’entrée n’est pas encore sécurisée. LP/Cécile Chevallier
La porte d’entrée n’est pas encore sécurisée. LP/Cécile Chevallier  

Après avoir alerté à plusieurs reprises le groupe Pichet, promoteur de la résidence, Frédéric Canto a préféré rendre le studio de son fils après les vacances de Noël.

Aucun des services promis n'est disponible

Il n'est pas le seul à critiquer cette résidence. Sur Internet, All Suites Study Saclay récolte à peine une étoile. Dans les avis déposés, les mêmes arguments reviennent : « un accueil des plus surprenants : sur un chantier ! Venez payer des prix affolants pour des services qui n'existent pas : laverie, parking, Internet et salle de sport », fulmine un ex-locataire. Pour Samuel, la « résidence affiche un loyer extrêmement cher malgré le fait qu'elle soit pour l'instant quasiment inhabitable à cause de travaux permanents ».

Des panneaux « travaux de finition en cours » sont collés partout dans la résidence. LP/Cécile Chevallier
Des panneaux « travaux de finition en cours » sont collés partout dans la résidence. LP/Cécile Chevallier  

Sur place, un étudiant qui préfère garder l'anonymat confirme que « ce n'est pas l'idéal ». « Mais étant en école, la plupart de mes cours sont en présentiel, confie-t-il. Je ne suis donc là qu'en fin de journée, et le studio est vraiment bien. Par contre, j'ai une voisine qui reste quasiment tout le temps dans sa chambre car elle n'a que des cours à distance. Elle n'en peut plus du bruit permanent des travaux. »

Le chantier de cette résidence a démarré l'été 2017. Elle est composée de 284 lits pour 231 logements. Les premiers locataires sont arrivés le 24 août 2020. Fin janvier, 126 étudiants y vivaient.

Le promoteur dit avoir fait de son mieux

« Suite à l'arrêt de l'ensemble des entreprises du chantier lors du premier confinement, les livraisons et acheminements de matériels et matériaux ont été très impactés, notre planning de travaux a été modifié de manière irréversible et notre chantier a accusé un retard non rattrapable, reconnaît le groupe Pichet. Afin de respecter les engagements d'accueil pris vis-à-vis des étudiants dès cette rentrée et dans un contexte de pénurie de logements étudiants sur la zone, nous avons concentré les efforts sur les parties privatives et sécurisé les accès à ces dernières. »

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Le groupe Pichet indique qu'une entreprise indépendante est venue constater « la conformité des lieux et ainsi confirmer que tout avait été mis en œuvre pour accueillir correctement nos premiers étudiants ».

« En revanche, il est exact que la résidence est située dans une zone encore en cours d'aménagement, ce qui génère certaines nuisances, et c'est la raison pour laquelle nous avons consenti de larges compensations, complète le groupe. Nous regrettons de ne pouvoir pour le moment mettre à la disposition des étudiants les équipements mutualisés telle que la cuisine partagée pour des raisons évidentes de réglementation liée à la pandémie actuelle. Il en va de même pour le rez-de-chaussée actif qui ne sera équipé que lorsque le contexte et les conditions sanitaires seront plus favorables. »

Le maire furieux

Grégoire de Lasteyrie, maire (LR) de Palaiseau et président de l'agglomération Paris-Saclay, estime que le groupe Pichet a commis « une erreur d'appréciation dans le choix d'ouverture ». « La résidence a été ouverte bien trop tôt, déplore l'élu. Les services ne sont pas arrivés, les parties communes sont en zone chantier… On est au-delà de quelques coups de peinture à donner. »

Au côté de l'Établissement public d'aménagement Paris-Saclay (EPAPS), Grégoire de Lasteyrie assure avoir « redit au promoteur et au gestionnaire son insatisfaction ». « Nous nous attendions à une meilleure qualité, poursuit-il. Il existe une pression car les écoles ouvrant sur le plateau de Saclay, les étudiants ont besoin de se loger sur place. Mais cela ne signifie pas qu'il faille les accueillir dans n'importe quelles conditions. »