«La ville est sale, et c’est de pire en pire» : grand nettoyage à la Cité de l’Air d’Athis-Mons

Une trentaine de personnes ont replié leurs manches ce dimanche pour redonner un coup de propre à ce quartier longtemps squatté par des migrants.

 Athis-Mons, dimanche 11 octobre 2020. Bénévoles de l’association Ose et habitants de la commune ont nettoyé ce dimanche matin les rues de la Cité de l’Air d’Athis-Mons.
Athis-Mons, dimanche 11 octobre 2020. Bénévoles de l’association Ose et habitants de la commune ont nettoyé ce dimanche matin les rues de la Cité de l’Air d’Athis-Mons. LP/Nolwenn Cosson

« D'habitude je suis un Ranger, mais aujourd'hui je suis un espion. Ma mission, ramasser un maximum de déchets. » Raphaël, 9 ans, prend sa tâche très à cœur. Comme une trentaine de personnes, le garçon est venu avec sa maman ce dimanche matin prêter main-forte à l'association Ose (Organe de sauvetage écologique). L'objectif du jour : nettoyer la Cité de l'Air d'Athis-Mons dans le cadre d'une opération lancée par la nouvelle municipalité.

« La ville est sale, et c'est de pire en pire », lâche Jean-Jacques Grousseau, le maire (PS), chiffres en main. En 2018, 443 tonnes de dépôts sauvages ont été ramassées par les services de la ville. Entre janvier et août 2020, c'est 800 tonnes qui ont dû être traitées. « Et l'année n'est pas encore terminée, souffle l'élu. Nous venons de lancer un diagnostic pour identifier ce qui fonctionne ou non, et des solutions concrètes, comme une brigade verte. En attendant, on a voulu mettre en place une opération en sensibilisant un maximum de personnes. »

Canettes, pelles, scies, couches… s'amoncellent

En plus des quartiers populaires du Noyer Renard et de la Cité bleue, la municipalité a souhaité mobiliser ses forces vives au sein de la Cité de l'Air. Ce quartier de 296 logements à proximité immédiate de l'aéroport d'Orly a, durant quatre années, était squatté par des migrants. Près de 350 personnes ont été expulsées en juillet 2019.

Autour de ces maisons, abandonnées du jour au lendemain, les détritus s'amoncellent. Des canettes se retrouvent même bloquées sous des racines. « Il y a des pelles, des scies, des couches pour bébé… », énumère Aurélie, une bénévole de l'association. « Moi j'habite ici. Je ramasse souvent ce que je trouve autour de ma maison, mais il y en a partout, raconte sa voisine de chantier. Le quartier a beaucoup souffert des squatteurs, mais il n'y a pas qu'eux. Je n'arrive pas à comprendre comment l'homme peut être aussi crado. »

À quelques rues de là, c'est le branle-bas de combat. Sous un panneau interdisant tout dépôt, et rappelant même où se trouve la déchetterie la plus proche, des déchets en tout genre prennent le soleil et la pluie. « On savait qu'ici, il y en avait beaucoup mais on ne s'attendait pas à autant, lâche consterné Laurent, un riverain. Ce qui me fait le plus mal au cœur, ce sont tous ces vêtements pour adultes et enfants. Ils auraient pu être donnés à des associations au lieu de se retrouver là. »

Plus de deux tonnes ramassées en une matinée

Soudain, un cri surgit. « Ah ! Il y a un rat, rugit en courant Corinne qui vit depuis 19 ans dans ce quartier. C'est fini pour moi ici, je laisse ma place. Je vais ramasser un peu plus loin. »

Selon les premières estimations, plus de 2 tonnes de déchets ont été ramassées durant la matinée. « On était à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) la semaine dernière. On a ramassé 1,7 tonne. On pensait que c'était beaucoup, mais ça n'a rien à voir avec ici. Il y en a partout, compare Edouard Feinstein, le président d'Ose, qui vient de fêter ses 30 ans. D'ordinaire, on intervient sur les quais de Seine mais la municipalité nous a sollicités pour intervenir ici. Aujourd'hui, on est tous bénévoles. On souhaite se rendre utile même si notre association est menacée. On ne sait pas si elle existera encore l'année prochaine. »

Inquiet mais déterminé à sensibiliser un maximum de personnes sur la cause qu'il défend depuis des années, Edouard Feinstein ne manque pas d'entrain. Et touche même ceux qui sont souvent montrés du doigt. « Je viens d'aller sonner ici, explique-t-il en montrant du doigt la maison voisine. Je pense qu'ils squattent la maison mais ils ont accepté de venir nous aider. » Le père de famille et ses enfants, après avoir enfilé des gants, se mêlent au groupe, sourire aux lèvres. « Oui, c'est important d'aider », confie à demi-mot un des hommes de la famille avant de se remettre à la tâche.

Soutenir ou devenir bénévole d'Ose : 06.13.83.94.71 ou [email protected]