La mobilisation contre «un climat de violence» à Etampes annulée après des menaces

Les organisateurs voulaient dénoncer la politique menée depuis plusieurs années dans cette ville de l’Essonne. Et pointent directement du doigt le maire (LR) actuel, Franck Marlin.

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 Etampes, le 17 janvier 2021. Une marche blanche avait été organisée en hommage à deux frères décédés dans un accident de la route en fuyant un contrôle de police.
Etampes, le 17 janvier 2021. Une marche blanche avait été organisée en hommage à deux frères décédés dans un accident de la route en fuyant un contrôle de police. LP/Nolwenn Cosson

Il recule mais il assure que « la bataille continue ». Trois jours après avoir lancé un appel à la mobilisation ce dimanche pour dénoncer « un climat de violence » grandissant à Etampes, Rémi Lavenant, élu (SE) d'opposition à Lardy, ville voisine dans le Sud-Essonne, préfère annuler ce rassemblement républicain. Deux cents personnes y étaient attendues.

En cause, « des menaces d'une extrême violence » et un risque d'émeute dans les rues de la ville. « Nous avons pris cette décision dans un esprit de responsabilité. Nous ne voulons faire courir aucun risque aux manifestants et aux habitants », justifie-t-il.

Dans sa ligne de mire, le comportement de Franck Marlin, dont la politique « impacte tout le Sud-Essonne ». « Il donne une image détestable des élus », tacle Rémi Lavenant. Il est l'un des premiers à s'être publiquement indigné par la marche blanche organisée le 17 janvier par la municipalité en hommage à deux frères morts lors d'un accident de la route sur la N20, alors qu'ils fuyaient un contrôle de police. Un événement qui a provoqué de vives polémiques, qui pourraient expliquer en partie certaines menaces. Dans des messages virulents reçus après l'annonce du rassemblement républicain, certains dénonçaient un manque de respect envers la famille en deuil.

«Ce climat de violence, c'est son bilan»

Or, si cette marche blanche a été comme un électrochoc pour Rémi Lavenant et ses soutiens, elle symbolise surtout à leurs yeux une politique dont ils ne veulent plus. « La participation active de la ville à ce rassemblement est la démonstration d'un manque d'éthique politique dont le maire (LR), Franck Marlin, est devenu un habitué. » Elu pour la première fois à la tête de cette commune de 25000 habitants en 1995, il avait dû laisser sa place en 2018 dans le cadre du non-cumul des mandats avant de reprendre les rênes en juin dernier.

« Depuis qu'il est à la tête de cette commune, elle s'est paupérisée, dégradée, insécurisée. Les quartiers se montent les uns contre les autres. Cette marche blanche fait suite à des années d'ultra-violence sur la ville où les incendies, les intimidations et les menaces se sont multipliés. Ce climat de violence, c'est son bilan », dénonce Rémi Lavenant, qui rappelle les différents faits divers qui ont marqué la commune. Durant les fêtes de fin d'année, deux écoles ont été volontairement incendiées. En remontant le temps, ce sont aussi le refuge pour sans-domicile-fixe, les véhicules du Secours populaire et de la Croix-Rouge, le restaurant de l'île de Loisirs, le domicile de l'opposant Mathieu Hillaire (LFI) qui ont été ravagés par les flammes.

Contacté sur ces attaques de ses opposants, Franck Marlin assure que « ce n'est pas ainsi qu'on fait de la politique ». « Il faut savoir respecter et comprendre. Cet individu-là (NDLR : Rémi Lavenant) n'a rien compris à la vie. La façon de vouloir imposer sur ma commune son diktat est de la récupération politique. Il ressemble surtout à quelqu'un qui veut faire campagne pour avoir une place lors des élections régionales. Je vais lui offrir une boussole. »

D'autres actions à l'étude

Dans les faits, rares sont ceux qui publiquement se dressent contre Franck Marlin. Mais, sous couvert de l'anonymat, certains témoignent : « Ce qu'a fait Rémi Lavenant en voulant organiser cette manifestation est très courageux. Tout ce qu'il dénonce est vrai, confirme un élu du Sud-Essonne. Malheureusement, les menaces qu'il a reçues ne me surprennent pas… J'ignore comment nous allons pouvoir régler ces problèmes. Il y a un grand ménage à faire. » Il y a quelques années, un représentant de l'Etat avait fait part de ses difficultés à collaborer avec Franck Marlin, se disant décontenancé par la politique menée dans cette commune.

« Cela pose un vrai problème de démocratie qui fonctionne par la peur. La preuve en est : de nombreux élus m'ont assuré partager mon sentiment. Mais personne ne s'exprime ouvertement. Ils craignent les conséquences sur leur vie politique comme privée », analyse Rémi Lavenant.

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Grégory Courtas, maire (EELV) de Pussay, lui, n'a jamais caché son opposition à Franck Marlin. L'élu, né à Etampes, se dit inquiet pour l'avenir du territoire face à ce qui se déroule dans la « ville mère » de l'agglomération. « On vit dans un climat surréaliste, avec une politique de la peur. C'est un cri d'indignation que nous lançons. Dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Quand on fait le point sur toutes les affaires qu'il y a eues sur une seule commune, on ne peut que s'interroger. »

Et ils n'ont pas dit leur dernier mot. D'autres actions, où la sécurité des participants pourra être assurée, sont à l'étude. « De nombreux habitants sont venus nous remercier d'avoir osé briser la loi du silence, conclut Rémi Lavenant. C'est un combat de longue haleine qui nous attend. »