L’accusé au procès de l’affaire des viols en forêt de Sénart : «Je suis victime d’une injustice»

Dans son dernier interrogatoire, Aïssa Z. a accusé le laboratoire d’avoir commis les erreurs, ses premiers avocats de l’avoir mal conseillé et les psychiatres d’avoir menti. Le verdict de la cour d’assises de l’Essonne est attendu en fin de semaine.

 Tigery. Aïssa Z. est poursuivi pour 34 viols ou agressions sexuelles commis entre 1995 et 2001.
Tigery. Aïssa Z. est poursuivi pour 34 viols ou agressions sexuelles commis entre 1995 et 2001. LP/F.L.

«Je n'ai jamais foutu les pieds en forêt de Sénart, au quartier, on avait un petit parc.» À ces mots d'Aïssa Z., les victimes présentes sur le banc des parties civiles sourient. Les avocats s'y mettent aussi. Un léger brouhaha envahi la salle d'audience de la cour d'assises de l'Essonne où cet homme de 45 ans est jugé pour 34 viols ou agressions sexuelles commis dans cette forêt entre 1995 et 2001. « Ça vous fait quoi quand vous entendez ces ricanements », lui demande Me Gabriel Dumenil, son avocat.

« Ce sont des victimes, je ne leur en veux pas, elles sont commissionnées pour dire que je suis coupable. Elles peuvent ricaner », répond Aïssa Z., petites lunettes et traits tirés par trois semaines de procès. D'ici vendredi, il sera fixé sur son sort. Il jette donc ses dernières forces dans la bataille pour essayer de faire pencher la balance de son côté, celui de l'innocence qu'il clame depuis 2017.

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Il le martèle ce lundi pour son dernier interrogatoire : « Je suis victime d'une injustice ». Et de charger le rapport du Dr. Olivier Pascal qui a extrait son ADN de 16 scellés. « Tous ses rapports sont faux », assène l'accusé. Pour preuve, son avocat Me Dumenil produit des articles relatant trois affaires jugées en France dans lesquelles les scellés avaient été contaminés par d'autres scellés dans le laboratoire nantais du pionnier des analyses génétiques.

« Depuis 20 ans, il n'y a que le Dr. Pascal qui intervient dans mon affaire alors qu'il y a cinq laboratoires de police scientifique en France, continue Aïssa Z. Je me pose des questions. Il y a un préservatif qui disparaît et réapparaît. C'est Gérard Majax (NDLR : nom de scène d'un célèbre magicien français) le Dr. Pascal. » Et d'ajouter : « On peut faire dire ce qu'on veut à l'ADN ». Marc Mulet, l'avocat général rétorque d'un simple : « Non ».

«Ça ne veut pas dire qu'il n'a pas commis les faits. Ça veut juste dire que ce n'est pas un malade»

Le représentant de l'accusation tente une démonstration statistique : « Autour de la forêt de Sénart, il y a un bassin de 500 000 habitants. Si on ne prend que les hommes nous sommes à 250 000 ». Il déroule sur la base de la description faite par les victimes et les proportions en France : pourcentage de magrhébins dans la population, de jeunes âgés entre 20 et 25 ans à l'époque des faits, de personnes mesurant 1,65 m, fichées au FNAEG (Fichier national automatisé des empreintes génétiques)… Au terme de sa démonstration, il arrive à 4 suspects potentiels. « Vous pouvez sortir toutes les statistiques que vous voulez, ce n'est pas moi », rebondit Aïssa Z.

Me Dumenil, lui, s'appuie sur les expertises psychologiques et psychiatriques pour démontrer que son client n'est pas coupable. En aparté, il note : « Il n'y aucune pathologie psychiatrique et la psychologue n'a rien trouvé non plus. Aux assises, c'est la première fois que je vois ça ». Le Dr. Pascal Forissier, l'un des deux experts psychiatres qui l'ont examiné tempère : « Ça ne veut pas dire qu'il n'a pas commis les faits. Ça veut juste dire que ce n'est pas un malade et ça, c'est une bonne nouvelle ».

«Je ne vais pas avouer quelque chose que je n'ai pas commis»

Malgré cela, Aïssa Z. dénonce le rapport des experts dans lequel il est écrit qu'il a expliqué la découverte de sperme dans un préservatif en forêt de Sénart par le fait qu'il avait recours aux prostituées. « Je n'ai jamais dit ça, j'ai été expertisé deux fois en un an par deux psychiatres différents. Je n'ai pas vu le premier rapport ». Le président tente d'expliquer qu'il s'agissait d'une expertise collégiale et qu'il n'y a rien d'exceptionnel à cela. Rien n'y fait. Car au premier expert, Aïssa Z. n'a pas dit qu'il allait voir les prostituées en forêt de Sénart et cela n'apparaît pas.

Et ses premiers aveux devant les enquêteurs de la direction régionale de la police judiciaire de Versailles (DRPJ) ? Un mauvais conseil du premier avocat et d'autres qui ont suivi considérant que tout jouait contre lui. « Je ne vais pas avouer quelque chose que je n'ai pas commis », argue Aïssa Z. aujourd'hui.

Reste qu'au cours de ce procès, comme durant l'instruction, il a refusé l'examen urologique qui permettrait de le disculper. L'avocat général lui a, en plein procès, proposé de choisir lui-même le médecin chargé de l'examiner et de dire si, comme l'affirment les victimes, il a un « sexe d'enfant ». Personne ne le saura. « Il préfère déconstruire les preuves qu'il y a contre lui », confie un proche de l'accusé. Les plaidoiries des parties civiles commencent ce mardi.