Ile-de-France : ils se dressent face aux bulldozers pour sauver 3200 arbres fruitiers

Une quarantaine de personnes ont manifesté ce mardi pour défendre un verger situé entre Saint-Pierre-du-Perray (Essonne) et Lieusaint (Seine-et-Marne). Le terrain a été vendu à un promoteur pour la construction de bureaux.

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 Saint-Pierre-du-Perray, le 16 février 2021. Une quarantaine de personnes a manifesté contre la destruction des premiers rangs de ce verger.
Saint-Pierre-du-Perray, le 16 février 2021. Une quarantaine de personnes a manifesté contre la destruction des premiers rangs de ce verger. LP/Cécile Chevallier

Les bulldozers sont à l'œuvre ce mardi matin, en train de retourner de la terre un peu plus loin. Toujours menaçants après avoir, la veille, arraché quelques pommiers et fruitiers en enlevant une clôture.

De quoi susciter la colère et l'incompréhension parmi ceux qui se battent depuis plusieurs mois pour la défense du site. Ce mardi, une quarantaine de personnes s'est mobilisée pour défendre le verger situé entre Saint-Pierre-du-Perray (Essonne) et Lieusaint (Seine-et-Marne). Le terrain a été vendu à un promoteur pour un programme immobilier d'entreprise.

La manifestation s'est organisée à la dernière minute lundi soir, via les réseaux sociaux et par mails. « Tellement tardivement que nous n'avons pas pu la déclarer, confie Denis Rabourdin, le président de l'association Les Vergers vivants de Lieusaint, 250 adhérents. Mais nous voulions réagir. Nous sommes tombés des nues en découvrant le début des travaux lundi. Nous nous opposons à la destruction de ce verger pour la construction de bureaux. Il y a sûrement d'autres terrains disponibles. »

«Une aberration»

Alertés par les vigiles du chantier, les gendarmes sont venus sur place. Ils ont relevé l'identité des manifestants mais les ont laissés poser devant le verger avec leurs banderoles. « Stop à la bétonisation », « Un seul arbre vous manque et tout est dépeuplé », « Préservez notre terre nourricière » : les slogans sont clairs.

Saint-Pierre-du-Perray, le 16 février 2021. De nombreux manifestants sont venus avec des pancartes et des banderoles. LP/Cécile Chevallier
Saint-Pierre-du-Perray, le 16 février 2021. De nombreux manifestants sont venus avec des pancartes et des banderoles. LP/Cécile Chevallier  

« On a de belles déclarations politiques sur l'environnement en ce moment, raille François, un militant. Mais sur le terrain, tout cela s'envole. On a ici un verger qu'on va arracher pour y construire des bureaux. C'est une aberration de couper des arbres fruitiers alors qu'on n'arrête pas d'insister sur l'importance de développer des ressources alimentaires de proximité. On va bétonner des terres agricoles alors que le gouvernement vante son plan zéro artificialisation des sols … »

150 emplois locaux doivent être créés

L'Etablissement public d'aménagement (EPA) de Sénart rappelle que le promoteur « est chez lui ». « Le terrain lui appartient depuis 2018, souligne Agnès Ramillon, directrice générale adjointe de l'EPA. Ce programme va générer autour de 150 emplois locaux. Mais nous entendons aussi les associations et élus qui demandent la préservation de ce verger (NDLR : réparti sur quatre sites au total). C'est pour cela que nous avions signé avec Les vergers vivants de Lieusaint une convention pour qu'ils puissent l'entretenir et récolter les fruits. »

En septembre dernier, 20 tonnes de pommes et de poires ont été récoltées, dont une partie donnée à des associations caritatives par cageots ou transformée en jus. « Nous savions que la convention n'était pas automatiquement renouvelable, mais si elle ne l'était pas nous devions en être avertis par lettre recommandée, poursuit Denis Rabourdin. Cela n'a pas été le cas. Notre objectif désormais, c'est d'absolument préserver le verger de la phase 3 du programme. »

«On doit pouvoir trouver d'autres solutions»

C'est aussi la ligne de conduite de Dominique Vérots, le nouveau maire (sans étiquette) de Saint-Pierre-du-Perray, également adhérent de l'association des Vergers. « Je suis meurtri des arbres qui ont été arrachés avec le lancement de la phase 2 des travaux, précise-t-il. Mais le promoteur, qui ne touche pas pour l'instant aux trois rangées impactées par cette nouvelle étape, agit dans son droit. Il faut maintenant se battre par rapport à la phase 3, qui concerne 98 % du verger (NDLR : qui compte 3200 pommiers et poiriers). L'EPA et le promoteur semblent ouverts à la discussion. On doit pouvoir trouver d'autres solutions que de détruire ces arbres fruitiers. »

Lors de son déplacement le 16 janvier en Essonne, Eric Piolle, le maire (EELV) de Grenoble (Isère) avait fait escale sur le site alors enneigé. Pour ce potentiel candidat écologiste à la présidentielle de 2022, « c'est un exemple de défi de société et d'aménagement du territoire ». « Ces vergers symbolisent le choix politique entre un projet de développement déconnecté des citoyens, qui entraîne la bétonisation de terres agricoles et une perte de biodiversité irrémédiable, et un projet agricole intégré dans le territoire qui bénéficie aux habitants et aux associations caritatives locales », estimait Eric Piolle.

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L'EPA Sénart assure « faire tout ce qui est possible », avec le promoteur, pour sauvegarder le verger implanté dans une zone « dédiée au développement économique ». Outre des réflexions avec le promoteur pour la préservation des arbres, une sécurisation du site avec la création d'un parking pour en faciliter l'accès, serait à l'étude.