«Il essaie juste de survivre» : en Essonne, un restaurateur interpellé en plein service clandestin

A Auvernaux, le café est le seul commerce du village. Les habitants sont partagés entre respect de la loi et soutien au gérant. Il a été placé en garde à vue vendredi pour «mise en danger de la vie d’autrui».

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 Auvernaux, le 30 janvier 2021. Les habitants soutiennent le gérant du café-restaurant «Le Village», placé en garde à vue vendredi pour «mise en danger de la vie d’autrui».
Auvernaux, le 30 janvier 2021. Les habitants soutiennent le gérant du café-restaurant «Le Village», placé en garde à vue vendredi pour «mise en danger de la vie d’autrui». LP/Bartolomé Simon

On y sert, paraît-il, une délicieuse tête de veau sauce gribiche le jeudi. Ce vendredi midi, une vingtaine de clients prennent place dans la salle du café-restaurant « Le Village », à Auvernaux, dans le sud de l'Essonne. Ils y dégustent un filet de lieu noir, un faux-filet ou du rougail saucisse. Dans une relative obscurité, car les volets sont tirés, discrétion oblige.

Leur repas est interrompu par l'arrivée des gendarmes de Ballancourt-sur-Essonne, prévenus par téléphone des activités clandestines du restaurant. Pendant que le gérant est interpellé, les clients s'enfuient par les fenêtres. « Mis à part le gérant, aucun client n'a été verbalisé pour l'heure, confirme la gendarmerie ce samedi. Ils sont toujours en cours d'identification. » Le restaurateur, lui, a été placé en garde à vue jusqu'à ce vendredi soir pour mise en danger de la vie d'autrui. Et il a donc également été verbalisé.

«J'espère qu'il évitera des sanctions lourdes»

A Auvernaux, son interpellation ne surprend pas, mais désole. « Il est très estimé dans le village, indique un couple d'habitants. De temps en temps, on allait lui prendre une barquette de frites. Franchement, la garde à vue, c'est disproportionné. Dans les grands magasins, les gens se bousculent ! On marche sur la tête. »

« J'espère qu'il évitera des sanctions lourdes et qu'il écopera juste d'un rappel à la loi, estime le maire (SE) et agriculteur, Wilfried Hilgenga. Je n'étais pas au courant de ses activités clandestines. C'est juste quelqu'un qui essaie de survivre. Avec la crise sanitaire, il faisait des plats à emporter, mais les charges sont toujours là. »

Pour l'élu, il est important de « se protéger » contre le risque sanitaire, mais « on ne pourra pas bloquer indéfiniment la société ». « Et puis, ce restaurateur rend service à tout le monde, c'est l'âme du village ! », ajoute Wilfried Hilgenga.

Dans cette commune de 400 habitants, ce bar-brasserie est le seul commerce. Il draine une clientèle d'ouvriers et d'habitués des communes alentour le matin et le midi. Ce samedi, son rideau de fer est tiré, barré d'une fresque représentant un plaquage sur un terrain de rugby. Dehors, on entend juste les balles des chasseurs siffler dans les bois environnants.

«C'est le seul lieu social du coin !»

« Ce café, c'est le seul lieu social du coin ! rappelle Nicolas, habitant d'Auvernaux. On n'a ni fêtes, ni kermesses, il ne reste plus que ça. » En tant que « chef d'entreprise », Nicolas comprend « le ras-le-bol » du restaurateur, que nous avons contacté sans pouvoir le joindre ce samedi.

« D'un autre côté, je suis partagé, car si tout le monde respectait les mesures comme moi, on n'en serait peut-être pas là », reprend Nicolas, qui affirme « ne plus voir d'amis, avoir arrêté les apéros » et fait une croix sur sa « vie sociale ».

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« Il a joué, il a perdu, résume Adeline, récemment arrivée à Auvernaux. C'est son gagne-pain, je comprends. Il veut juste travailler. Je le vois plus comme un geste de désespoir, c'est malheureux. »

Le restaurateur risque la fermeture administrative de son établissement pendant 15 jours et le retrait des aides gouvernementales. Suite à la multiplication des restaurants servant discrètement les clients, la préfecture de police de Paris (PP) a annoncé une intensification des contrôles. Selon la PP, depuis ce jeudi, 24 restaurants clandestins ont été identifiés.