«Il a énormément marqué Ris-Orangis» : Daniel Perrin, maire durant 24 ans, est décédé

Cet ancien ouvrier communiste a été à la tête de Ris-Orangis entre 1971 et 1995. Quatre mandats successifs au cours desquels il a impulsé la construction de nombreux équipements sportifs et culturels.

 Daniel Perrin a façonné Ris-Orangis (Essonne) entre 1971 et 1995.
Daniel Perrin a façonné Ris-Orangis (Essonne) entre 1971 et 1995. DR

La piscine, le centre culturel Robert-Desnos ou encore la MJC. « Tout ça, c'est Daniel Perrin, résume Daniel Rouiller, le président de plusieurs associations de Ris-Orangis (Essonne). C'est lui qui a créé l'ensemble des structures culturelles et sportives qui manquaient à la ville. »

Une ville que Daniel Perrin, moustache noire et regard rieur, a façonnée pendant près de 24 ans. Entre 1971 et 1995, cet ancien ouvrier communiste a été à la tête de Ris-Orangis. Atteint du Covid-19, il s'est éteint ce mardi à l'âge de 82 ans.

«Il allait empêcher les expulsions des gens»

« C'est un maire qui a énormément marqué la commune », abonde Daniel Rouiller, qui a fait un mandat à ses côtés en tant que conseiller municipal entre 1971 et 1977. A cette époque, Daniel Perrin était déjà conseiller général du canton de Ris.

« Quand il a été élu à la tête de la ville, son prédécesseur avait engagé un développement urbanistique colossal avec la construction de barres HLM, sur le Plateau notamment, retrace cet ancien adhérent du PCF, qui était candidat lors des dernières élections municipales. Mais il manquait tous les éléments pour vivre dans cette ville. C'est Daniel Perrin qui a fait prendre à la commune ce tournant social, culturel et sportif. Tout ce qu'il a laissé est resté dans les mémoires. »

Daniel Perrin est entré à 16 ans à l’imprimerie Crété de Corbeil-Essonnes, où il était photograveur. DR
Daniel Perrin est entré à 16 ans à l’imprimerie Crété de Corbeil-Essonnes, où il était photograveur. DR  

Cet « homme simple, proche des gens et intègre », père de quatre enfants, était aussi connu pour ses convictions de gauche. « Jusqu'à ses derniers jours, il a conservé ses engagements en faveur de la paix et pour la souveraineté des peuples, notamment, assure Isabelle Perrin, l'une de ses deux filles. Il avait été profondément marqué par la guerre d'Algérie. C'était tellement contraire à ses convictions. » C'est d'ailleurs en 1960, à son retour d'Algérie, que ce fils d'une femme au foyer et d'un maçon communiste prend sa carte au parti.

Isabelle Perrin se souvient également du combat acharné de son père « contre les inégalités sociales ». « Régulièrement, il allait empêcher les huissiers d'expulser des gens, raconte cette enseignante. Quand il sortait son écharpe de maire, ce n'était pas pour parader mais pour éviter que les gens soient mis à la porte. »

«Il m'a fait croire à la noblesse de la politique»

Dans les années 1980, c'est cette manière de faire de la politique qui a donné envie à Christian Amar Henni de se lancer à son tour. « Je devais avoir environ 25 ans quand j'ai commencé à travailler en tant qu'éducateur pour la ville, rembobine celui qui menait également l'une des quatre listes lors des dernières élections municipales. J'ai tout de suite eu une grande admiration pour Daniel Perrin. C'était quelqu'un de loyal qui avait une grande empathie pour les plus vulnérables. »

« C'est à ses côtés que j'ai appris qu'une politique municipale pouvait changer la vie des gens », ajoute celui qui s'est présenté pour la première fois sur les conseils de « son mentor » en 2001. « Il m'a fait croire à la noblesse de la politique. Lors de toutes ces années de mandat, Daniel Perrin avait aussi réussi à faire l'union des gauches avec les communistes et les socialistes. »

« Qu'on soit d'accord ou pas avec lui, c'était quelqu'un de très respecté, enchérit son successeur à la tête de la ville, l'ex-secrétaire d'Etat socialiste, Thierry Mandon. C'était un grand visage de Ris, un bâtisseur. »

«Il nous a transmis cette joie de l'engagement»

Pourtant, sa fille en est convaincue : son père ne cherchait pas à faire carrière dans la politique. « Je ne sais pas trop ce qui l'avait conduit à se présenter au départ. Mais il a toujours été engagé. »

Un engagement sans failles qu'il a sans doute construit au fil de son histoire. Né à Corbeil en 1937, dans une fratrie de neuf enfants, Daniel Perrin entre à 16 ans en tant que photograveur à l'imprimerie Crété, l'une des institutions de la ville. Un poste qu'il occupera jusqu'à sa première élection au conseil général à la fin des années 1960.

« Parmi les réalisations dont il était fier, il y avait notamment la création de l'aire pour les gens du voyage, glisse encore Isabelle Perrin. A l'époque, ça n'allait pas de soi. Il s'était battu pour ça. » « Il a transmis à ses quatre enfants cette joie de l'engagement », poursuit-elle.

« Des valeurs et des convictions » que Stéphane Raffalli, le maire socialiste actuel, assure également partager avec celui qui était à la tête de Ris-Orangis quand il était enfant. « C'était pour moi une figure tutélaire et protectrice. Il a fait beaucoup de choses pour la ville. Je m'inscris dans une filiation avec lui, notamment dans cette croyance dans les vertus de l'action publique. »

Sur Facebook, de nombreux habitants de la ville ont rendu hommage à un « grand monsieur ».