Fronde contre le projet «pharaonique» de «ville nouvelle» sur des terres agricoles en Essonne

Les travaux pourraient débuter en 2021 dans la zone d’aménagement concertée de Saint-Pierre-du-Perray et s’étaler sur une quinzaine d’années. Des opposants dénoncent une «bétonisation excessive».

 Sur ce terrain de 36 hectares, 1270 logements devraient être construits dans les 15 ans à venir. Le projet prévoit des pavillons et des immeubles, avec un pourcentage de logements sociaux.
Sur ce terrain de 36 hectares, 1270 logements devraient être construits dans les 15 ans à venir. Le projet prévoit des pavillons et des immeubles, avec un pourcentage de logements sociaux. DR

Sur le vaste champ, les immeubles et les pavillons devraient bientôt remplacer les céréales qui y sont encore cultivées. La construction de 1 270 logements pourrait débuter d'ici quelques mois sur la « zone d'aménagement concertée » (Zac) de Villeray, un terrain de 36 hectares, situé à proximité du cimetière de Saint-Pierre-du-Perray.

Dans les quinze ans à venir, environ 3 000 nouveaux habitants viendraient ainsi rejoindre cette commune qui en compte actuellement un peu plus de 12 000. Porté par l'Etat, ce projet à 36 millions d'euros est jugé « pharaonique » par certains, qui dénoncent une « bétonisation excessive » qui « impacterait fortement l'environnement, le quotidien et la santé » des riverains.

A peine 1000 habitants en 1977

Récemment, un collectif a lancé une pétition en ligne pour « repenser » l'aménagement de cette zone et pour demander « un référendum local afin que les citoyens concernés donnent leur avis ». Des exigences qui ont d'ores et déjà recueilli près de 37 000 signatures.

« Saint-Pierre-du-Perray est une commune qui a déjà suffisamment donné en matière de construction, souffle Marie-France Winghardt, ancienne élue d'opposition communiste, à l'initiative de ce texte. Il y a 987 habitants en 1977, nous en sommes maintenant à près de 13 000, avec un patchwork de quartiers sans aucune cohérence. »

Mais d'autres problématiques préoccupent également cette militante. « Le risque, c'est aussi plus d'embouteillages, alors que nous en avons déjà matin et soir, mais aussi plus de pollution, une trame verte interrompue, des problèmes de sécurité, etc., abonde-t-elle. Le tout alors que nous avons très peu d'emplois sur place et des infrastructures vieillissantes. »

« Pourquoi pas construire mais il faut le faire de manière intelligente, complète Marie-France Ducroquet, conseillère municipale d'opposition (divers gauche) à Saintry - une commune limitrophe - qui a rejoint le collectif avec d'autres membres de son groupe. Ce sont de vieux schémas, il faut repenser ce modèle. »

Un modèle qui date des années 1970. À cette période, l'Etat décide de lancer la construction de plusieurs villes nouvelles pour faire face à une démographie croissante. Créée en 1973, l a ville nouvelle de Sénart regroupe 12 communes - deux en Essonne et dix en Seine-et-Marne. L'Etat rachète alors l'ensemble des terrains et exproprie les agriculteurs concernés qui sont indemnisés en compensation.

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Depuis, des projets urbanistiques voient régulièrement le jour sur certaines zones, comme celle de Villeray. Par l'intermédiaire de l'Établissement public d'aménagement (EPA), l'Etat revend alors ses terrains à des promoteurs. Et est censé construire en contrepartie les infrastructures sportives, culturelles ou scolaires nécessaires. « Tout cela est très encadré, assure Aude Debreil, la directrice générale de l'EPA Sénart. Il y a des exigences très fortes en termes de concertation et de prise en compte de l'environnement. »

Le projet de la Zac de Villeray a, lui, été initié par l'ancienne maire de Saint-Pierre-du-Perray en 2014. « Il a ensuite suivi toutes les étapes requises, détaille Aude Debreil. Il y a eu une phase de concertation avec des réunions publiques, des ateliers avec les riverains… Puis des études d'impact environnemental avant que la Zac ne soit approuvée en 2019. »

Cette professionnelle veut aussi rassurer. « C'est une opération qui va se faire au moins sur 15 ans. Nous sommes bien loin de la bétonisation massive annoncée. »

2200 demandes de logements en attente

Reste désormais à définir les infrastructures qui devront être construites en contrepartie. « Je négocie actuellement avec l'EPA, explique Dominique Verots, le nouveau maire (sans étiquette). Il faut voir à quoi l'Etat est prêt à s'engager. Car le projet doit être pensé dans sa globalité. Il faut qu'on ait les équipements nécessaires à côté. »

« L'ancienne majorité avait négocié un relais d'assistants maternels et une maison des jeunes, mais ce n'est pas suffisant, estime-t-il. Nous avons, par exemple, absolument besoin d'un lycée. Mais il faut aussi suffisamment d'agents municipaux, une Francilienne qui passe de deux à trois voies, etc. » Quant au référendum local, l'édile assure ne pas y être opposé, « mais il faut poser les bonnes questions ».

« Je ne suis pas pour construire pour construire », insiste-t-il, tout en rappelant qu'il a actuellement 2 200 demandes de logements en attente dans sa commune.