Ferme préférée des Français : chez les Barberon, le cresson est une affaire de famille

La famille Barberon, Serge, Ghislaine et leurs fils Orian et Gatien, est sélectionnée pour représenter la région Ile-de-France dans la nouvelle émission de Stéphane Bern sur France 3. Leur exploitation est située au Mérévillois en Essonne.

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 Le Mérévillois, le 28 janvier 2021. La famille Barberon fait partie des 14 exploitations en lice dans la nouvelle émission de Stéphane Bern « La Ferme préférée des Français ». Elle va représenter l’Ile-de-France pour son exploitation de cresson depuis trois générations.
Le Mérévillois, le 28 janvier 2021. La famille Barberon fait partie des 14 exploitations en lice dans la nouvelle émission de Stéphane Bern « La Ferme préférée des Français ». Elle va représenter l’Ile-de-France pour son exploitation de cresson depuis trois générations. LP/Cécile Chevallier.

Penchés sur leur culture le dos courbé, Serge et Orian font penser aux « Glaneuses » du célèbre tableau de Jean-François Millet. Sauf qu'eux, ils ne récoltent pas du blé, mais du cresson de fontaine au Mérévillois, une commune située aux confins de l'Essonne. Leurs cressonnières de la vallée de la Juine font partie des 14 exploitations agricoles sélectionnées pour participer à la nouvelle émission de Stéphane Bern sur France 3 : « La Ferme préférée des Français ». Les votes sont ouverts depuis le 26 janvier et se terminent le 12 février*. La date de diffusion n'est pas encore arrêtée.

Ghislaine, Serge, Orian et Gatien Barberon représentent l'Ile-de-France, à leur grande surprise. C'est est pourtant la première région productrice de cresson en France. « L'Essonne est le premier département producteur, indique le site du ministère de l'Agriculture. La production très délicate du cresson explique le chiffre peu élevé des exploitations : 3 845 tonnes ont été récoltées en 2019 (source : Agreste) ». Dont 30 % l'ont été en Essonne.

«L'or vert», une expression trompeuse

Outre les cressiculteurs du Gâtinais, c'est dans la région de Méréville (dont le nom est devenu Le Mérévillois après une fusion ) que l'on trouve la plus grosse concentration de cressonnières en France, ce qui lui vaut le surnom de « capitale du cresson » depuis les années 1960. Mais n'allez pas pour autant dire à la famille Barberon qu'ils cultivent de « l'or vert ». Comme tous les cressiculteurs, ils exècrent cette expression qui laisse, à tort, penser que cette filière est lucrative.

Mais ils sont très flattés d'avoir été choisis pour l'émission. « C'est une reconnaissance, sourit Ghislaine, 56 ans. C'est déjà un grand honneur d'avoir été sélectionnés, pour nous c'est déjà une victoire. » Pour son fils Gatien, 28 ans, installé en 2015 grâce à Terres de liens, un mouvement citoyen qui aide les agriculteurs à trouver du foncier, c'est carrément « une fierté ». « Je veux que le cresson soit connu partout en France, clame-t-il. J'espère représenter tous les cressiculteurs en participant à cette émission, les rendre fiers. Je veux aussi montrer que le cresson, ce n'est pas que pour de la soupe ou de la tarte. »

Soupe, purée, pâtés végétaux

En 2015, sa mère a ouvert un laboratoire dans lequel elle transforme les bottes de cette plante potagère qui pousse les pieds dans l'eau. En plus de bocaux de soupe et de purée, elle propose des pâtés végétaux, des fricassées ou encore des confits au cresson.

Gatien, qui a suivi une formation en brasserie, espère pouvoir bientôt vendre de la bière au cresson. « Des producteurs belges le font déjà, sourit-il. Je veux aussi créer de la mayonnaise, du ketchup et de la moutarde au cresson. Il faut donner un coup de jeune à cette culture. »

Avec 1 000 à 1 500 bottes coupées chaque jour sur leurs cressonnières réparties sur un hectare dans le sud Essonne, la famille Barberon est une des plus réputées de la région. En 1998, Serge Barberon est le premier en France à se lancer dans la culture biologique du cresson de fontaine. Un label auquel il est resté fidèle jusqu'au bout et que ses fils perpétuent.

Le Mérévillois, le 28 janvier 2021. Orian et son père Serge Barberon coupe des bottes de cresson. LP/Cécile Chevallier.
Le Mérévillois, le 28 janvier 2021. Orian et son père Serge Barberon coupe des bottes de cresson. LP/Cécile Chevallier.  

Officiellement à la retraite, Serge Barberon garde encore les pieds dans l'eau quasiment tous les jours, un couteau à la main et des liens dans les poches pour attacher les bottes. « Faut y aller sinon on n'aura jamais terminé la commande », ronchonne-t-il après le café pris à la maison familiale où trônent quelques-uns des tableaux qu'il a peints, notamment inspirés par… ses cressonnières.

Producteurs de cresson de génération en génération

Cet agriculteur à l'accent beauceron se destinait à devenir boulanger quand il était jeune. Mais à 18 ans, il reprend avec ses frères Jacky et Gérard la cressonnière créée par son père à Méréville. « Mes parents ont accompli un boulot de forçats, se souvient avec émotion Serge Barberon. Ils ont dû creuser les fosses, il n'y avait rien. Mon père a tellement cravaché pour cette cressonnière. C'est un honneur pour moi de la voir mise en lumière dans La Ferme préférée des Français. Et de voir mes fils David, ainsi qu'Orian et Gatien, sourds-muets, poursuivre cette tradition pour la 3e génération. »

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Son cresson est cuisiné par de grands chefs : Yannick Alléno, Jean-François Piège, Cyril Lignac, plus récemment Jean Imbert… Serge Barberon a régulièrement reçu de grands noms sur son exploitation. Même Gérard Depardieu n'a pas résisté à goûter à son cresson.

Lors du tournage en septembre dernier, l'équipe de « La ferme préférée des Français » en a profité pour évoquer les autres trésors de la région : le domaine de Méréville, un des derniers exemples de jardins pittoresques du XVIIIe. L'animateur Stéphane Bern le connaît bien car il figure parmi les 250 monuments listés dans sa mission menée en 2018 pour l'Etat.

C'est d'ailleurs grâce à son entremise que l'actrice Catherine Deneuve a accepté d'en devenir la marraine et ambassadrice de l'opération de mécénat lancée par le conseil départemental de l'Essonne et la Fondation du patrimoine pour la restauration du château et de son parc.

« J'ai hâte de rencontrer Stéphane Bern, confie Gatien. Je suis passionné d'histoire, de châteaux… Je suis heureux qu'outre le cresson, l'émission nous permette de parler du domaine et des beautés de Méréville. C'est une région incroyable à moins d'1h30 de Paris, malheureusement trop méconnue. »

Pour voter, c'est jusqu'au vendredi 12 février à 12 heures. Par téléphone au 3 245 ou en ligne sur www.francetelevisions.fr (il faut cliquer dans l'étoile de la ferme choisie, puis aller en bas de la page et cliquer sur « valider »). Vous pouvez participer autant de fois que vous voulez.